La 3ᵉ édition du colloque international « Réfugiés académiques et savoirs en exil : dialogues Afrique – Europe – Amérique latine » se tient à Dakar, au Sénégal, du 3 au 5 novembre 2026. Trois sites vont accueillir les échanges : L’Institut Français, le Goethe-Institut et le WARC.
Selon les données fournies par l’ONG Scholars At Risk (SAR), 350 attaques ont visé des communautés universitaires dans une cinquantaine de pays à travers le monde.
Ce chiffre était au cœur des réflexions lors de l’ouverture de la première journée du colloque, mardi, à l’Institut français de Dakar.
La rencontre met en dialogue les expériences de l’exil académique, les libertés universitaires, la production de savoirs en contexte de crise et la construction de solidarités scientifiques intercontinentales, en croisant analyses scientifiques, récits biographiques, arts et pratiques institutionnelles.
À l’initiative d’un consortium international réunissant l’Institut Convergences Migrations / CNRS (France), l’Universidade Estadual de Campinas – Unicamp (Brésil), le Laboratoire d’Études et de Recherches sur le Genre, l’Environnement, la Religion et les Migrations (GERM) et l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis au Sénégal, le séminaire réunit des chercheurs venus d’une dizaine de pays, de trois continents : l’Afrique, l’Europe et l’Amérique
Les travaux ont débuté par une table ronde intitulée : « Construire des ponts scientifiques entre l’Afrique, les Amériques et l’Europe ».
Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, directrice de l’Institut Convergences Migrations (ICM) — un consortium de recherche créé en France en 2017 —, a souligné la portée symbolique du choix de Dakar pour cette troisième édition, organisée pour la première fois sur le continent africain. Il convient de rappeler que le Sénégal a ratifié l’ensemble des conventions relatives à la protection des réfugiés et constitue, à ce titre, une terre d’accueil historique.
« La question des libertés académiques ne se pose pas de la même manière sur tous les continents. Les deux premières éditions, qui avaient structuré notre réflexion, s’étaient tenues en Amérique latine puis en Europe. Venir en Afrique constitue un déplacement géographique, mais aussi analytique, et c’est ce que nous voulons mettre en évidence : réfléchir et analyser avec vous à partir de travaux menés depuis le Sud, essayer de penser des équilibres structurels et, surtout, sortir des perspectives eurocentrées », a expliqué la directrice de l’ICM.
Auparavant, le Pr. Aly Tandian, directeur du GERM-UGB et maître d’œuvre de cette rencontre dakaroise, avait invité dans son mot d’introduction à faire de ce colloque non seulement une tribune scientifique, mais également un espace de réflexion pour influer sur les politiques publiques.
L’ambition est de décentrer le regard traditionnellement porté sur l’exil académique.
Introduite par l’archéologue et anthropologue Alexandra Galitzine-Loumpet (Cessma), la conférence inaugurale, intitulée « Art et mémoire, exil et résilience… au-delà de la valeur d’une expérience », a été prononcée par le Dr Abdarahmane Ngaïdé, enseignant-chercheur au département d’Histoire de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD).
Originaire de Mauritanie, arrivé au Sénégal dans le sillage de la crise d’avril 1989, il a trouvé sa voie grâce à l’Université.
« Je suis issu d’un terroir qui enjambe deux territoires. Et dans ma démarche, j’ai essayé de detorialiser mon exil. Ce qui veut dire que la défaite du foyer originel était inscrite dans ma démarche. Puisque ce n’est plus les régimes familiaux qui priment mais la familiarité d’un environnement nouveau. Comment s’approprier cet environnement pour anéantir toute possibilité de tristesse » a soutenu le conférencier qui a tenu en haleine le public durant une bonne heure.
L’objectif pour le professeur Ngaïdé est de ne pas s’inscrire dans la résilience puisqu’elle dépend surtout l’interlocuteur, mais plutôt participer à la vie de son nouvel environnement.
Il a invité par ailleurs à réfléchir sur l’exil de Cheikh Ahmadou Bamba au Gabon, en faisant allusion au fait que le guide religieux, à son retour au Sénégal, après 7 ans dans les forêts d’Afrique centrale, décida de pardonner et de célébrer son départ d’exil, comme pour dire que finalement il s’agit de chercher continuellement la rencontre, la construction et le dialogue afin de participer pleinement à sa société.
Enseignant chercheur, écrivain, auteur de plusieurs ouvrages et aujourd’hui sculpteur, Ngaïdé avoue aujourd’hui avoir le sentiment de poursuivre la même quête à travers toutes ses facettes. Quête de dialogue, quête de sens, quête pour trouver l’espace tiers, cet espace interstitiel, dont l’objectif est, finalement, de devenir ce «quelconque».
Le conférencier a salué l’organisation de ce colloque à Dakar, invitant par ailleurs ses organisateurs à réunir davantage de réfugiés académiques du continent afin que l’on puisse comprendre cette vague de nationalisme étroit qui envahit de plus en plus nos pays et aider les générations qui arrivent à ne pas sombrer dans ces dérives.
Le ton était donné pour le colloque international Réfugiés Académiques et Savoirs en exil. Alexandra Galitzine-Loumpet remerciera Ngaïdé d’avoir complexifié le statut du refugié et d’avoir ouvert plusieurs champs de réflexion.
Dans les débats qui ont suivi, la question de l’exil et de l’exilé est naturellement revenu. Qui est éxilé et qui ne l’est pas ? Si certains intervenants ont avancé l’idèe selon laquelle nous étions tous des exilés quelque part, d’autres ont defendu le contraire. Arguant du que le bachelière qui quitte son pays pour aller chercher le savoir dans un autre espace de façon volontaire ne vit pas un exil dans le sens réfugié.
Un exil, c’est violent, un exil c’est la blessure, un exil c’est le déchirement. Quand on est expat volontaire ou étudiant à l’étranger on peut avoir la nostalgie du pays mais est-ce réellement le même ressenti que l’exil ? Autrement dit l’exil volontaire est-il un exil ?








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