Cheikh Hamidou Kane, gardien du temple et témoin majeur de notre aventure ambiguë, tire sa révérence

L’écrivain Cheikh Hamidou Kane célèbre pour son roman l’aventure Ambiguë a tiré sa révérence ce dimanche tôt le matin à l’âge de 98 ans apprend-on de source familiale.

Un immense penseur vient de quitter ce bas-monde. Cheikh Hamidou Kane était un auteur majeur du continent. Ses écrits et ses  réflexions sur les problématiques contemporaines, ont grandement participé à façonner les imaginaires postcoloniaux.

Né à Matam le 2 avril 1928, Cheikh Hamidou Kane fréquente d’abord l’école coranique avant d’entrer à l’école française à 10 ans. Il fera son bac au lycée Van Vollenhoven avant de s’inscrire en 1951 à l’Institut des Hautes Études de Dakar, l’ancêtre de l’Université Cheikh Anta Diop. C’est à cette période qu’il débute l’écriture de ce qui va devenir l’Aventure ambiguë.

Il commence ses études de droit et de propédeutique lettres dans l’ambition d’entamer des études universitaires. Par la suite, il intègre le Lycée Louis Le Grand à Paris et ensuite la Sorbonne. Kane fera une Licence de droit, une autre en lettres et une troisième en philosophie. En 1956, il entre à l’École nationale de la France d’Outre-mer d’où il sort diplômé en 1959.

ll retourne au Sénégal pour commencer une longue et brillante carrière de haut-fonctionnaire dans un pays nouvellement indépendant. Son ouvrage, entamé en 1952, voit le jour en 1961 aux Éditions Julliard et Présence Africaine. L’Aventure ambiguë, lui vaut le grand prix littéraire d’Afrique Noire en 1962 et il est reconnu comme un écrivain majeur.

Parallèlement, il poursuit sa carrière dans l’administration: commissaire au Plan auprès du président du Conseil Mamadou Dia et gouverneur de la région de Thiès. Lorsque la crise éclate en 1962 entre Dia et Senghor. Il choisit le camp de Dia et demande une disponibilité. Il quitte alors le Sénégal.

Son idée et de ne revenir qu’une fois Dia libéré. Il rejoint alors l’UNICEF à  Abdijan et Lagos. À la libération de Dia en 1974, il accepte de devenir vice-président du Centre de Recherche pour le Développement International (CRDI) basé à Ottawa, une fonction qui le fait voyager à travers le monde, des Philippines à l’Amérique Latine en passant par l’Inde et d’autres pays du Sud.

C’est en 1976 qu’il revient au Sénégal. Senghor lui confie Dakar Marine un projet grandiose de chantier de construction navale à Dakar, conçu avec le Shah d’Iran. A l’issue de la réalisation de ce projet en 1978, Senghor nomme Cheikh Hamidou Kane Ministre du Développement industriel et de l’Artisanat. Puis, de 1981 à 1988, Cheikh Hamidou occupera le poste de Ministre du Plan et de la Coopération sous le Président Abdou Diouf.

Après trente ans de service public, comme le souligne  le site booknode, Cheikh Hamidou Kane demande à être libéré de ses fonctions. Il est prêt pour la retraite, mais une retraite active. En effet, pendant de nombreuses années, il fut le président d’ENDA Tiers-Monde et d’autres associations non gouvernementales à vocation culturelle, comme Tabital Pulâgu, une organisation vouée à préserver l’héritage peul, ou d’initiative caritative comme le PARRER, œuvrant pour le retrait et la réinsertion des enfants de la rue.

Son second roman, Les Gardiens du Temple, arrive en 1995 aux Éditions Stock. Selon l’auteur, « L’Aventure ambiguë témoigne de ma vie et des trente dernières années de la colonisation. Quant aux Gardiens du Temple, il dépeint les trente années qui ont suivi l’indépendance. » 2019, le Grand Prix des Mécènes a couronné l’ensemble de son œuvre.

Cheikh Hamidou Kane laisse un immense héritage. En seulement deux ouvrages, le romancier a exercé une influence considérable sur la littérature africaine. L’Aventure ambiguë reste étudié dans les classes et les universités du continent et d’ailleurs. Il a grandement participé à la réflexion sur la rencontre et la cohabitation dans le continent entre valeurs africaines, valeurs islamiques et culture occidentale.

A l’annonce de son décès, une pluie d’hommages lui est rendue de par le monde. La plupart mettent en exergue, le rôle important de Cheikh Hamidou Kane dans l’affirmation des identités. L’hommage de Mouhamed Abdallah Ly, ancien directeur du Musée des Civilisations Noires, le met bien en évidence.

« L’Afrique a perdu l’une de ses boussoles intellectuelles parmi les plus intransigeantes contre la dépossession de soi. À travers son œuvre, il a permis à plusieurs générations de s’arrimer au temps du monde sans pour autant se perdre dans un ailleurs incontrôlé. Sa littérature restera une des armes de notre combat pour la libération des esprits, l’émancipation culturelle et la dignité de nos peuples ! » Que Janatul Firdawsi soit sa dernière demeure !

Profondément croyant et habitué de la mosquée Omarienne sur la Corniche de Dakar, Cheikh Hamidou Kane a mené une vie marquée par la dignité et l’attachement à son terroir. Il repose désormais au cimetière de Yoff. Repose en paix gardien du temple !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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