Avec Une histoire africaine de l’Afrique, qui paraît en français le 18 septembre, la journaliste et réalisatrice anglaise d’origine soudanaise entend raconter l’histoire du continent sous un prisme autre qu’occidental. Un travail réalisé grâce à ses entretiens avec des dizaines de chercheurs africains. Source:Victoria Brittain pour Afrique XXI

Après une série télévisée en vingt épisodes sur l’Afrique, « The History of Africa», un livre, Zeinab Badawi veut continuer à raconter l’Afrique.
Zeinab Badawi est une journaliste né au Soudan et élevée en Grande-Bretagne à partir de l’âge de 2 ans. Elle a mené une longue carrière à la télévision (ITV Yorkshire, Channel 4 News, BBC…) et comme réalisatrice. Elle a notamment réalisé pour la BBC une série télévisée en vingt épisodes sur l’Afrique, « The History of Africa », diffusée en 2020. Elle s’est ensuite tournée vers le monde universitaire et est devenue présidente de la prestigieuse School of Oriental and African Studies (SOAS) de Londres en octobre 2021. Elle est également membre honoraire (honorary fellow) de son ancien collège d’Oxford. Elle siège dans plusieurs conseils d’organisations influentes, dont l’International Crisis Group, l’Afrobarometer (basé au Ghana), et le Mandela Institute for Development Studies.
Son père, Mohammed-Khair El Badawi, était un journaliste et militant soudanais très impliqué dans la vie politique soudanaise pré-indépendance, avant de rejoindre le service en arabe de la BBC, à Londres. Elle est également l’arrière-petite-fille de Babikr Bedri, pionnier dans l’émancipation des femmes au Soudan.
À 66 ans, Zeinab Badawi s’est éloignée des plateaux de télé et du journalisme. Elle dirige désormais une société de communication, Kush, du nom du puissant royaume (1070 av. J.-C. – 350 après J.-C.), qui s’étendait aux confluences du Nil bleu, du Nil blanc et de la rivière Atbara dans ce qui est maintenant le nord du Soudan et le sud de l’Égypte. Sa société produit des documentaires et conseille des organisations et des entreprises.
Le 18 septembre, les Éditions du faubourg (Paris) publient en français son ouvrage An African History of Africa (Une histoire africaine de l’Afrique, traduit par Eric Faye), sorti il y a un an chez W.h.Allen. Elle s’est appuyée sur des dizaines d’entretiens réalisés avec des chercheurs et des chercheuses africain·es sur le continent, notamment à l’occasion du tournage des épisodes pour la série sur la BBC.
Elle ne cache pas sa volonté de proposer un récit « désoccidentalisé » (et décolonisé) de l’histoire du continent, accessible à toutes et tous. Elle prépare, d’ailleurs, une déclinaison pour les plus jeunes. Son travail a été inspiré, en particulier, de la somme en huit volumes produite pas l’Unesco, Histoire générale de l’Afrique.
Au total, l’ensemble du projet, TV et écriture, m’a occupée pendant près d’une décennie.
Victoria Brittain : Quelle a été l’étincelle qui a déclenché cette grande entreprise ?
Zeinab Badawi : Je ne me doutais pas, un après-midi ensoleillé de l’été 2013, alors que j’étais assise dans le bureau de mon ami Getachew Engida, un Éthiopien qui occupait alors le poste de directeur général adjoint de l’Unesco, que j’étais sur le point de me lancer dans un grand voyage intellectuel. Pendant que nous buvions du thé, j’ai aperçu derrière lui une bibliothèque contenant une série de volumes intitulée Histoire générale de l’Afrique, la HGA. Il m’a expliqué qu’il s’agissait de l’histoire de l’Afrique écrite depuis les origines jusqu’à l’époque moderne, rédigée en grande majorité par des intellectuels africains.
C’était un projet lancé au début des années 1960, à cette époque de décolonisation rapide de l’Afrique durant laquelle les dirigeants des pays africains nouvellement indépendants estimaient que, étant désormais décolonisés, il fallait aussi décoloniser leur histoire et la faire écrire du point de vue des Africains. L’Unesco a favorisé cette ambition et mis en place un comité d’universitaires africains pour superviser cet extraordinaire projet. J’ai dit à mon ami que je voulais réaliser une série télévisée pour la BBC en m’appuyant sur les travaux de ces volumes pour raconter l’histoire de l’Afrique avec des Africains. J’ai ainsi voyagé, sur six années et demie, dans une trentaine de pays du continent, interrogeant des dizaines et des dizaines d’historiens, d’anthropologues, d’archéologues et d’experts culturels sur l’histoire de leur région.
Après vingt émissions de « The History of Africa », il restait beaucoup de travail inexploité. J’ai eu le sentiment de ne pas avoir rendu justice aux universitaires africains que j’avais interviewés, et j’ai donc décidé d’écrire ce livre. C’est ce qui a été l’étincelle de An African History of Africa. Bien entendu, pour le livre, je ne pouvais pas me contenter des transcriptions d’entretiens ; j’ai dû faire beaucoup plus de recherches – heureusement, nous disposons de la SOAS, l’une des meilleures bibliothèques du Royaume-Uni. J’ai mis environ deux ans à écrire ce livre. Au total, l’ensemble du projet, TV et écriture, m’a occupée pendant près d’une décennie. Lire La Suite ICI








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