Il y a une foi qui féconde l’intelligence par le doute transfiguré, et une autre qui l’émascule par le dogmatisme rance.
Cette dévotion mécanique, prompte à scinder le monde entre élus et damnés, n’est que le déguisement de la peur. Ces arpenteurs de vérités absolues distribuent les châtiments pour s’éviter le courage de penser.
Craignons ces architectes de prisons spirituelles : ils ont remplacé la lumière par un verdict.
Hélas, cette pathologie de l’esprit a déserté les seuls parvis religieux pour s’emparer de notre espace public. Depuis quelques années, le Sénégal s’abîme dans un clivage féroce, un théâtre d’animosités et des débats de caniveau où les factions se vouent mutuellement aux géhennes de la politique.
Cette haine installée, où l’on se souhaite le pire au nom d’hégémonies dérisoires, est l’ancre lourde qui nous noie. Pourtant, en cette nuit de communion où le Sénégal fait vibrer son Gamou, une clarté plus haute vient balayer ces obscurités.
Célébrer la naissance du Prophète Mouhammad (PSL), c’est commémorer l’avènement d’une Clémence universelle envoyée aux mondes. C’est se rappeler que le message divin ne s’ouvre ni par le fer, ni par l’exclusion, mais sous le sceau immuable du Bismillah r-Rahman r-Rahim.
Si l’Absolu Lui-même se définit par la Miséricorde matricielle, d’où vient notre fureur humaine de l’intolérance ?
Comme l’écrivait si magnifiquement le poète Idrîs :
« Maintenant qu’en ma ronde, ô Taha, j’ai glané
Mille essences d’encens consumées à ta gloire,
Et que j’ai vu, des cœurs, l’oliban condamné
À s’embraser d’ardeur sur ton haut encensoir…»
Cet embrasement des cœurs n’est pas une piété abstraite, c’est l’hommage à l’humanité pure du Prophète.
Lamartine rappelait que son but était de «saper les superstitions interposées entre la créature et le Créateur, rendre Dieu à l’homme et l’homme à Dieu ». Or, restaurer l’homme, c’est d’abord retrouver notre lucidité. Nos ancêtres l’avaient résumé dans cette formule d’une sagesse absolue : Nit nitay garabam ( l’homme est le remède de l’homme).
Si nous devons nous guérir, c’est par l’autre, avec l’autre, et de notre vivant. L’amour du prochain n’est pas une utopie post-mortem, c’est une urgence immédiate.
À l’heure où le tumulte institutionnel et les passions partisanes menacent les fondations de notre vivre-ensemble, la Burda de nos cœurs doit devenir un traité de paix civique.
Pour nos dirigeants :
Que la solennité de ce Maouloud vous arrache aux calculs partisans et aux ivresses de puissance. Le pouvoir n’est pas un tribunal de l’exclusion, mais un sacerdoce de préservation. Diriger ce peuple exige de s’inspirer de la magnanimité sacrée de Celui qui fut envoyé comme une pure Miséricorde pour l’univers. Mettez de la clémence dans vos décrets, de l’écoute dans vos institutions et de la justice absolue dans vos arbitrages.
La véritable grandeur d’un chef ne réside pas dans sa capacité à briser, à s’approprier mais dans sa faculté à coudre les déchirures de la patrie.
Pour le peuple sénégalais :
Ne laissons pas les vents mauvais de la division assécher notre Yeurmandé légendaire. Notre foi ne doit jamais être une arme de destruction massive, mais cette boussole lumineuse en pleine nuit. Désarmons nos plumes et nos bouches. Refusez les verdicts hâtifs, les insultes de caniveau et les dogmes de la discorde que l’on tente d’instiller pour nous diviser. Retrouvons le courage de la lucidité.
En ce jour sacré, élevons nos prières par l’intercession de notre bien-aimé Mouhammad (PSL). Que le Seigneur inspire l’action de ceux qui nous gouvernent et accorde à notre peuple — avec une pensée ardente et douloureuse pour le peuple palestinien brimé — un esprit de justice, de concorde et de paix.
Rappelons-nous ces vérités éternelles :
Quand la présence de Dieu s’impose, tout est victoire.
Quand Sa grâce se manifeste, tout est guérison.
Quand la sagesse de Dieu se pratique, tout est Amour.
Et quand Sa main se pose sur nous, tout est bénédiction.
Que cette bénédiction infinie inonde nos vies, nos familles et notre cher Sénégal.








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