Le conte des Princes « misérables » et les milliards

Le conte des Princes « misérables » et les milliards. Chronique de l’Étoile et la Cité – Université de l’Hivernage – Amphi du Débat citoyen et de la Révolution du Discernement.

Le conte des Princes « misérables » et les milliards, Information Afrique Kirinapost

Khalifa Sall, ancien ministre du Sénégal sous l’administration Abdou Diouf

Il est des déclarations qui, sous couvert de nostalgie mémorielle, agissent comme de formidables révélateurs d’un logiciel politique à l’agonie. La récente sortie de Khalifa Sall, déplorant la « misère » des ministres sous l’ère du Président Abdou Diouf, appartient à cette catégorie d’orfèvrerie sémantique.

Évoquer une époque où un ministre « ne gagnait que » 500 000 FCFA par mois, assortis de 250 000 FCFA d’indemnité de logement et d’une royale dotation de 10 litres d’essence par jour, relève soit d’une amnésie clinique, soit d’une éclatante provocation sociologique.

Heureusement, la mémoire des chiffres est une science froide que les stratagèmes de l’entre-soi ne peuvent corrompre. Remettons les pendules à l’heure de l’année 1991.

L’arithmétique de l’opulence déguisée

Pendant que la haute nomenclature socialiste gérait sa « modeste portion », la Direction de la Prévision et de la Statistique situait le revenu médian d’un ménage dakarois autour de 90000 FCFA par mois.

Le calcul est d’une simplicité chirurgicale : le seul salaire indiciaire d’un ministre représentait plus de cinq fois les ressources d’une famille entière pour survivre dans la capitale. Mieux encore, enfonçons-nous dans la succulence des détails de l’époque.

En 1991, le pain de 200 g coûtait 60 FCFA, le kilo de riz s’échangeait à 130 FCFA, et un loyer en location-vente à la SNHLM exigeait moins de 20 000 FCFA par mois pour accéder, à terme, à la propriété foncière.

À cette échelle, l’indemnité ministérielle de logement de 250 000 FCFA permettait de s’offrir chaque mois l’équivalent de douze mensualités de logement social.

Quant à la dotation de 10 litres d’essence par jour — à une époque où le supercarburant oscillait autour de 320 FCFA —, elle représentait une injection mensuelle de près de 100 000 FCFA de carburant. Soit, pour le seul plaisir de rouler, plus que le revenu global d’un foyer dakarois ordinaire.

Parler de « misère » face à un tel grand écart relève d’une violence symbolique inouïe. Si le sommet de l’État qualifiait d’indigence ce qui constituait déjà une opulence insolente, quel mot restait-il alors dans le dictionnaire républicain pour décrire le quotidien du souverain primaire ?

Le miracle de la multiplication des pains politiques

Mais le véritable chef-d’œuvre de cette fable réside dans la trajectoire patrimoniale de ses narrateurs. Comment un serviteur de l’État, ayant fait ses premières armes sous le giron du Parti Socialiste avant d’essaimer sa propre formation, peut-il aujourd’hui être crédité d’une fortune digne de Crésus, s’étendant des parcelles stratégiques de Dakar jusqu’aux appartements huppés de la banlieue parisienne ?

Par quelle alchimie mystique passe-t-on du misérabilisme d’État à l’accumulation de biens immobiliers internationaux ?

La réponse n’est pas à rechercher dans les miracles, mais dans les mécanismes d’un système tentaculaire.

– L’indemnité transformée en capital : Quand les barèmes de compensation de l’État dépassent de loin les réalités du marché, la fonction publique cesse d’être une charge pour devenir une machine à générer du patrimoine privé sur le dos du contribuable.

– Le secret des tiroirs-caisses : La fortune de ces dinosaures ne s’est pas bâtie sur leurs fiches de paie officielles, mais à l’ombre des fonds politiques, de ces enveloppes souveraines et discrétionnaires à l’abri de tout audit. C’est l’illustration parfaite de l’« État par le droit », où l’opacité est légalement organisée pour protéger le Prince.

– Le capitalisme de l’entre-soi : Un pouvoir de distribution des licences, des dérogations foncières et des marchés publics crée inévitablement un système de renvois d’ascenseur avec les intermédiaires financiers, consolidant des fortunes spontanées.

Clore le cirque : L’exigence de l’Université de l’Hivernage

En cet hivernage 2026, cette sortie médiatique enfumante se prend le mur d’une réalité économique implacable.

Selon le classement de Countryeconomy, le Sénégal est désormais le deuxième pays le plus cher d’Afrique, juste derrière la Côte d’Ivoire.

À Dakar, la cherté ne se négocie plus : elle agresse à travers des loyers prohibitifs et vient de culminer avec la hausse drastique du supercarburant à 990 F CFA et du gasoil à 755 F CFA à la pompe.

Le désenchantement de la jeunesse face au méli-mélo politicien s’enracine dans cette déconnexion historique. Le temps où les populations écoutaient sagement les récits de chasteté de leurs dirigeants est définitivement révolu.

Sous l’égide de notre label « L’Étoile et la Cité», nous affirmons que la reconstruction du Sénégalais nouveau exige d’abord de désacraliser le statut de ces « Princes nus ».

Tant que la transparence budgétaire ne sera pas un automate froid, tant que chaque franc reçu du contribuable ou chaque litre d’essence ne passera pas sous le scalpel de l’OFNAC et du contrôle citoyen, les mêmes circuits toxiques produiront les mêmes milliardaires de fonction.

L’arbitre est sur la pelouse, sa carte d’identité en bandoulière. Il est grand temps de siffler la fin de la récréation des appareils et d’imposer, enfin, la vérité des comptes.

 

 

 

 

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Khady Gadiaga est une communicante de profession. Elle a capitalisé 25 ans d'expérience professionnelle dans différentes entreprises où elle a respectivement occupé les postes de Product Manager, Directrice Commerciale et Marketing, notamment dans les secteurs de l'industrie médicale et textile en Europe et en Afrique. Ancienne directrice du marketing du Festival Mondial des Arts Nègres (FESMAN) de 2005 à 2010, elle a coordonné et orchestré le volet communication et marketing de ce grand rendez-vous culturel. Khady est passionnée de culture, des grandes idées et des mots, elle met sa plume au service des causes justes, parmi lesquelles, la paix et la concorde et la liberté. À ce titre, elle a été directrice de la rédaction, à Debbo Sénégal. Cette ancienne étudiante en Langues étrangères Appliquées à l'économie et au droit à University of Nice Sophia Antipolis, est aujourd'hui Directrice générale à Osmose (Agence de communication Globale) et depuis 2011, met en pratique sa riche expérience en qualité de Consultant expert Sénior en accompagnant les organisations du secteur privé, public et institutionnel en terme de conseils, de coaching et de suivi-évaluation de projets et programmes. Les chroniques de cette dame de aux centres d'intérêts éclectiques, sont désormais sur Kirinapost.

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