Tout artiste doit pouvoir vivre de son art. Nos grands artistes encore plus. Elles ne devraient pas finir sans rien ! Ce n’est pas normal ! Elles ont fait chanter tout un continent pendant des décennies. Et pourtant, à l’heure de la retraite, nombre d’icônes de la musique africaine se retrouvent sans rien.
Le cas récent de la diva guinéenne Maciré Sylla vient de remettre un tabou sur la table. Beaucoup de divas finissent leur vie dans une grande misère. Un débat relancé par Saran Cissoko, qui dirige Kumbati, structure d’accompagnement des artistes.
Le constat est brutal, mais il est bien réel. En Afrique, des stars adulées pendant des années peuvent finir démunies. L’histoire de Maciré Sylla en est une illustration. Et elle est loin d’être une exception.
C’est Saran Cissoko, spécialiste de la gestion des droits et revenus des artistes et PDG de Kumbati, qui a rouvert la discussion. D’abord dans un article de Seneweb signé Alioune Badara Mané, puis lors d’un live TikTok, elle a mis les pieds dans le plat : nos légendes ne devraient pas finir leur carrière dans la précarité.
Pourquoi ce paradoxe ? En croisant son analyse et ses prises de parole, 3 constats s’imposent.
La notoriété ne fait pas le revenu
C’est la première idée reçue à tordre le cou. On peut cumuler des millions de vues sur YouTube, TikTok ou Spotify sans toucher un seul franc.
Souvent, tout se joue sur un détail administratif bâclé au départ : un nom d’auteur mal orthographié chez le distributeur, un contrat égaré, un accès perdu à une plateforme. Dix ans plus tard, il devient quasiment impossible de prouver qu’on est bien propriétaire de son œuvre et d’en réclamer les revenus.
À ce triste tableau, j’ajoute la piraterie, un fléau endémique qui continue de sévir sur le continent. Paradoxalement, maints artistes y perçoivent encore le gage d’une certaine reconnaissance, voire un hommage implicite. En réalité, ces flibustiers modernes tirent fréquemment un meilleur parti financier des œuvres que leurs propres auteurs.
La question n’est pas la charité, mais la créance
Quand une légende se retrouve en difficulté, le premier réflexe est de lancer une cagnotte. Or la bonne question n’est pas « comment l’aider ? », mais « combien lui doit-on ? »
Comme le rappelle Saran Cissoko, l’argent de la musique existe bel et bien. En 2025, plus de 13 milliards d’euros de droits d’auteur ont été collectés dans le monde. Pour l’ensemble du continent africain : à peine 90 millions.
Où passe la différence ? Qui exploite ces titres sans les payer ? C’est là-dessus que l’enquête devrait porter, avant tout appel à la solidarité.
Une chaîne de responsabilités partagées
Les producteurs d’abord : beaucoup sacrifient la carrière de l’artiste sur l’autel du profit immédiat. Entre contrats abusifs, clauses léonines et opacité financière totale, ils privent les créateurs de leurs revenus légitimes et coupent court à toute perspective d’avenir.
Les distributeurs ensuite : certains signent un artiste, mettent son catalogue en ligne, puis deviennent injoignables au moment de reverser l’argent.
Les artistes enfin : signer un contrat sans le lire, se contenter d’un accord verbal : des pratiques encore courantes, qui fragilisent tout un héritage et hypothèquent l’avenir des artistes africains.
Comment changer la donne ?
Les solutions existent et elles tiennent en 4 réflexes simples :Mettre de l’ordre, sécuriser son identité, ne plus rester isolé, enfin former et informer.
Mettre de l’ordre
Faire l’inventaire complet de son répertoire, centraliser et archiver tous les contrats au même endroit.
Sécuriser son identité
À chaque sortie, vérifier que son nom est correctement crédité en tant qu’auteur et compositeur.
Ne plus rester isolé
Adhérer à un organisme de gestion collective – comme la Sacem en France – pour s’assurer que ses droits sont bien collectés. Et s’entourer d’un tiers de confiance, neutre, capable d’arbitrer en cas de litige.
Former et informer
Former plus de juristes et de magistrats spécialisés pour faire appliquer les textes. Vulgariser ces enjeux auprès des artistes et des pouvoirs publics, en français mais aussi dans les langues locales. Et quand il le faut, oser saisir la justice.
Comme le résume Alioune Badara Mané dans son article : donner un poisson à un artiste le nourrit pour un jour. Lui apprendre à pêcher, c’est lui permettre de vivre de son art.
Je tiens à adresser une mention spéciale à Saran Cissoko et à Alioune Badara Mané. Chapeau bas à vous deux !








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