L’ECO: Trois CEDEAO, trois projets monétaires, du panafricanisme à la dépendance ? Rétrospective sur ces trois CEDEAO.
À chaque CEDEAO, son projet monétaire. Celle de 1975-1980 naît d’abord comme instrument d’intégration économique : commerce régional, libre circulation, infrastructures, coopération et « autosuffisance collective ».
Dans l’esprit développementaliste et panafricain de l’époque, il s’agit de réduire les fragmentations héritées de la colonisation et les dépendances extérieures. La Chambre de compensation de l’Afrique de l’Ouest, créée en 1975, doit favoriser les règlements en monnaies africaines et économiser les devises ; en 1983, la CEDEAO engage officiellement la marche vers une union monétaire ouest-africaine.
L’ambition est alors politique autant qu’économique : faire monnaie ensemble pour construire un espace économique africain plus autonome. La documentation de la CEDEAO de 1983 confirme explicitement cette orientation vers l’union monétaire.
À partir des années 1990 apparaît une deuxième CEDEAO, et avec elle une deuxième conception de la monnaie. Guerres civiles, ECOMOG, traité révisé de 1993, mécanisme de prévention des conflits de 1999, protocole sur la démocratie et la bonne gouvernance de 2001 : l’organisation économique devient également une institution de sécurité, de gouvernance et de surveillance des normes politiques. Parallèlement, sous l’influence du nouvel environnement international, l’intégration monétaire est davantage pensée à travers stabilité macroéconomique, convergence budgétaire, inflation, déficit et dette.
La ZMAO, créée en 2000, devait conduire les pays hors CFA vers une seconde monnaie avant fusion avec l’UEMOA. Dans le même temps, l’aide extérieure prend une place croissante dans les programmes régionaux : l’Union européenne finance notamment des dispositifs concernant paix, sécurité, gouvernance, intégration économique, transports ou énergie.
La monnaie panafricaine pensée comme instrument de transformation économique tend ainsi à devenir un objectif de convergence institutionnelle et macroéconomique.
Depuis 2019, l’« ECO » raconte une troisième CEDEAO. Son nom même — réduction d’ECOWAS, acronyme anglais d’une institution africaine — révèle peut-être l’appauvrissement de l’imaginaire monétaire.
Plus de référence aux histoires, langues ou philosophies monétaires ouest-africaines : l’ECO naît dans un univers conceptuel où dominent critères de convergence, crédibilité monétaire et modèles inspirés des expériences européennes.
La controverse s’aggrave lorsque la réforme du franc CFA de l’UEMOA reprend en 2019 le nom ECO, tout en conservant la parité fixe avec l’euro et la garantie française.
Entre-temps, sanctions, crises politiques, lutte contre les coups d’État et rupture avec les pays de l’AES occupent une place majeure dans l’agenda régional — le Burkina Faso, le Mali et le Niger ayant officiellement quitté la CEDEAO le 29 janvier 2025.
L’histoire de la monnaie commune pourrait ainsi raconter celle des trois CEDEAO : d’un projet d’autonomie économique panafricaine à une intégration de plus en plus normée par des référentiels extérieurs.
La question n’est donc plus seulement : quand naîtra l’ECO ? Mais : quelle souveraineté et quel projet de société cette monnaie est-elle encore censée servir ?








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