Comment le système capitaliste produit ou aggrave la faim dans le monde

Le dernier rapport SOFI 2026 (FAO, PAM, UNICEF, OMS, FIDA) montre une légère amélioration : environ 645 millions de personnes souffraient de la faim en 2025, contre près de 659 millions en 2024. Un progrès réel, mais insuffisant dans un monde qui produit déjà de quoi nourrir l’ensemble de sa population.

La faim demeure avant tout une question d’accès, de répartition et de pouvoir. Entendu ici non comme la simple existence de marchés, mais comme un système d’accumulation fondé sur la recherche du profit, la concentration du pouvoir économique, des rapports de domination politique et des règles internationales asymétriques, le capitalisme contemporain tend à traiter l’alimentation comme une marchandise davantage que comme un droit humain fondamental.

Cette logique se traduit par la spéculation sur les marchés à terme des céréales, qui peut accentuer la volatilité des prix ; par l’accaparement de millions d’hectares de terres agricoles au profit de productions d’exportation ou d’investissements financiers ; par l’orientation des agricultures du Sud vers des cultures de rente plutôt que vers les productions vivrières ; par la concentration de l’industrie semencière et les régimes de propriété intellectuelle qui renforcent la dépendance de nombreux producteurs ; ou encore par des politiques d’austérité qui fragilisent les investissements agricoles et les systèmes de protection sociale.

À cela s’ajoute un double standard : tandis que de nombreux pays du Sud ont été incités à libéraliser leurs marchés agricoles, les États-Unis, l’Union européenne et d’autres puissances continuent de soutenir massivement leurs propres agricultures par des subventions, des protections tarifaires et divers soutiens publics.

Enfin, les guerres, les violences, la corruption et l’insécurité, souvent liées à des logiques de contrôle des ressources stratégiques ou exploitées au service de rapports de domination économique et géopolitique, détruisent les systèmes agricoles, déplacent les populations et aggravent durablement la faim.

Comme l’écrivait Jean Ziegler dans L’Empire de la honte (2005) : « Un enfant qui meurt de faim est un enfant assassiné. » Une formule qui rappelle que, dans une humanité capable de nourrir tous ses membres, la faim est moins une fatalité qu’une conséquence de choix politiques, économiques et géostratégiques.

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Martial Ze Belinga est un économiste et sociologue camerounais. Son travail porte spécifiquement sur l’épistémologie de l’histoire africaine, les préjugés et les silences qui biaisent la compréhension du passé de l’Afrique et des diasporas africaines. L'art et la culture tiennent une place centrale dans son travail. À ce titre il est l'auteur de plusieurs ouvrages parmi lesquels: "Au-delà de l’inculturation. De la valeur propositionnelle des cultures africaines". Pour l'économie, ses travaux ont beaucoup porté sur la monnaie notamment le FCFA. il est l'auteur entre autres de: "Afrique et mondialisation prédatrice". Expert associé au comité scientifique international de l’UNESCO pour l’Histoire générale de l’Afrique, Belinga est éditorialiste et avait lancé le site Afrikara dédié à l'histoire, la culture et l'avenir du monde noir. Il a été par ailleurs sélectionné parmi les 20 « Experts » représentatifs de la diversité (Club XXIe siècle, France)

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