La médina de Casablanca est le théâtre depuis plusieurs mois d’opérations de destructions à grande échelle, en prévision de la construction, à l’horizon du Mondial 2030 de football, d’une « avenue Royale », censée changer le visage de la capitale économique du Maroc. Source: Oumar Kabbadj pour Orient XXI. Reportage.

Casablanca, 30 septembre 2024. Une femme fait une pause durant son marché, assise face au terrain vague qui a remplacé Derb Mouha Ou Saïd, quartier situé dans la médina.© Hiba El Mahdaoui
Ce qui était un secteur bouillonnant de vie populaire n’est plus qu’une esplanade gigantesque de parpaing et de poussière. En quelques jours, les bulldozers ont effacé toute trace de Derb Mouha Ou Saïd, quartier situé dans la médina, condamnant au départ forcé des centaines d’âmes. L’ampleur des démolitions offre, tristement, une vue totalement dégagée sur plus d’un kilomètre. L’on peut désormais apercevoir la grande mosquée Hassan II depuis le marché de Bab Marrakech, véritable fourmilière humaine, où la communauté subsaharienne a posé ses valises, ouvrant restaurants, salons de coiffure et autres échoppes.
D’ici 2030, une « avenue Royale » reliera la mosquée Hassan II à la place des Nations-Unies. Elle sera agrémentée d’un parc urbain d’à peu près 47 hectares, promu par les porteurs du projet comme le « poumon vert » de la métropole, dont l’objectif est de renforcer l’attractivité touristique et économique de Casablanca. L’avenue Royale devrait accueillir des espaces verts, des équipements culturels, ainsi que des activités commerciales et de loisirs, « dans un cadre architectural modernisé », souligne-t-on dans les communications officielles. Avec une enveloppe budgétaire de 2 milliards de dirhams (environ 187 millions d’euros), c’est un chantier monumental impliquant la mairie, la wilaya (préfecture) et des sociétés d’aménagement.
Le projet ne date pas d’hier : il est né en 1989, sous le roi Hassan II, père de Mohammed VI. Mais il n’a été lancé qu’en 2025. En septembre, le conseil communal de Casablanca a adopté une convention historique pour acter le retrait de la Société Nationale d’Aménagement Communal (SONADAC) de la gestion opérationnelle directe de ce chantier, afin de confier les missions de relogement, d’indemnisation et de démolition à la société de développement local Casablanca Iskane & Équipements, financée par la mairie mais gérée, via le wali, par le tout-puissant ministère de l’intérieur.

Graffiti des supporters du Wydad Athletic Club « Libres et insoumis », le 30 septembre 2024. La médina de Casablanca est fier de ce club de football. © Hiba El Mahdaou
La raison de ces trente-six années de pause ? L’impossibilité de reloger la population concernée par les démolitions de quartiers entiers, mais surtout des scandales à répétition de dilapidations des deniers publics, de trafic d’influence et de népotisme impliquant de hauts responsables de la Sonadac. Plusieurs personnalités ont fait l’objet de condamnations en justice – l’ancien directeur général de la société d’aménagement urbain, Mohammed Naïmi, a écopé en 2016 de trois ans de prison ferme.Lire La Suite ICI








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