« Redevenir juif » pour s’émanciper du sionisme

La jeunesse juive étatsunienne s’éloigne de plus en plus du sionisme. Cette distanciation se traduit notamment par un regain d’intérêt pour des mouvements historiques tels que le Bund, qui prônait un judaïsme diasporique à l’opposé des dogmes de « l’État juif ». En France, un élan similaire, bien qu’encore timide, voit le jour. Le dernier livre de Michel Feher Redevenir juif s’en fait l’écho. Source: Sylvain Cypel pour Orient XXI 

« Redevenir juif » pour s’émanciper du sionisme, Information Afrique Kirinapost

Détail d’une affiche électorale du Bund, à Kiev, vers 1917. En yiddish : « Là où nous vivons, c’est là notre pays ! » Wikimedia Commons

On assiste dans la jeunesse juive américaine à une distanciation importante à l’égard de l’État d’Israël. Elle avait lentement commencé de progresser dès le début des années 2000, mais après le massacre du 7 octobre 2023 elle a littéralement explosé, au vu de la cruauté du comportement des gouvernants israéliens à l’égard des Palestiniens. L’une des manifestations les plus marquantes de cet éloignement est que le terme « sioniste » est devenu une insulte pour une partie de ces jeunes juifs.

 

Une des formes étonnantes de cette désaffection se manifeste dans le regain progressif de l’intérêt que porte une partie non négligeable d’entre eux à l’histoire du Bund, une organisation juive née à la fin du XIXe siècle. Ainsi, en avril 2026, l’autrice américaine Molly Crabapple a bénéficié d’un succès littéraire important avec la publication d’un livre titré Here where we live is our country (Là où nous vivons est notre pays). Son livre, qui raconte l’histoire du Bund, est resté plusieurs semaines parmi les meilleures ventes des best-sellers du New York Times.

Un judaïsme diasporique

Pourquoi ce soudain intérêt pour une organisation ouvrière et culturelle juive qui tenait à la fois du parti, du syndicat et de l’association communautaire ? Née à la fin du XIXe siècle dans la « zone de résidence juive » de l’Europe de l’Est1 elle a disparu à la fin des années 1940. L’intitulé du livre de Crabapple résume tout : les juifs n’ont pas besoin d’aller ailleurs que là où ils sont pour s’émanciper. Et certainement pas d’aller prendre la terre des autres. Ce qui caractérisait particulièrement le Bund2, c’était son progressisme et son antisionisme radical. Il se disait marxiste et prônait l’autonomie culturelle. En octobre 1938, son principal dirigeant, Henrik Erlich, écrivait :

Si un État juif est un jour fondé en Palestine, son climat spirituel sera le suivant : une peur éternelle de l’ennemi extérieur (les Arabes), une lutte sans fin contre l’ennemi intérieur (les Arabes) pour chaque petit lopin de terre, pour le moindre poste de travail. Est-ce là le genre de climat dans lequel la liberté, la démocratie et le progrès peuvent s’épanouir ? N’est-ce pas au contraire le climat dans lequel prospèrent le chauvinisme et les tendances réactionnaires ?

Bref, pour vivre dans un monde meilleur, les juifs n’avaient pas besoin d’établir un État en expulsant ses habitants. Cette idée mènerait au pire.

C’est ce « climat » désormais porté jusqu’à son paroxysme génocidaire par le sionisme qui amène les jeunes juifs américains à s’intéresser à ce que fut le Bund. Non parce ce parti pourrait aujourd’hui se régénérer : il a disparu dans le génocide juif, et ses quelques dirigeants qui sont restés, Joseph Staline s’est occupé de les assassiner. Mais le regain actuel d’intérêt pour le Bund incarne la possibilité d’une vie juive autre que guidée par le messianisme, le suprémacisme ethnique juif et le culte de « Tsahal, l’armée la plus morale au monde ». Ce regain aspire, à l’inverse, à pouvoir vivre un judaïsme « diasporique » intrinsèque. Sait-on qu’un phénomène identique se développe désormais aussi en France, certes à un niveau beaucoup moins développé, mais réel et croissant ? Le livre du philosophe Michel Feher, Redevenir juif, est l’un des premiers, en France, à poser les jalons d’une réflexion sur un possible nouveau « diasporisme » émancipé du poids du sionisme, après le manifeste du collectif Tsedek ! publié en février 2026. Lire la Suite ICI

 

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