Aujourd’hui ma pensée vagabonde est allée capturer l’éclat minéral du diamant, la fluidité de l’étang et la verticalité de l’esprit, pour offrir à Hamet Baïla Diop une demeure de mots à la mesure de son érudition.

«Le meilleur hommage que l’on puisse rendre à un diamant, c’est de l’appeler un solitaire…».
Les voies du Seigneur demeurent d’insondables labyrinthes. La mort a percuté la vie comme une pierre brise le miroir d’un étang : il y eut d’abord l’éclaboussure, le tumulte des eaux, l’effroi dans les buissons et la fuite éperdue des oiseaux. Puis, vinrent les ondes circulaires, s’étirant vers des horizons de plus en plus vastes. Enfin, le calme est revenu, mais c’est un calme trompeur ; ce n’est plus le silence d’autrefois, c’est un silence assourdissant.
Hamet Baïla Diop (HBD) nous a quittés
Je ne l’ai connu que dans l’éclat fugace d’une semaine, un temps suspendu où nos esprits se sont frôlés sur des cimes existentielles. Nous étions des pôles opposés : je cherchais la ligne médiane, la tempérance ; il était l’interlocuteur incisif, une intelligence érudite et tenace, maniant un humour décapant, presque cryptographique. Ensemble, nous avons entrepris un voyage de l’imaginaire, oscillant entre une fascination médusée et le déchiffrement d’un sens que la psychanalyse la plus audacieuse n’aurait point désavoué.
Ses pensées étaient des énigmes que je désespérais de résoudre. Pourtant, j’étais captive de la chorégraphie de son esprit. Ses paroles portaient une sémantique profonde, une vibration subtile qui venait caresser ma sensibilité tout en défiant mon intellect. Il faut accepter de voir ses certitudes vaciller pour goûter à la saveur d’un tel échange. Lui, qui s’était autrefois muré dans un silence de cathédrale, avait trouvé en moi une petite muse pour ses saillies pamphlétaires et ses envolées philosophiques. Une connexion mentale déroutante, presque mystique.
Interagir avec HBD, c’était réapprendre à lire entre les lignes, à naviguer sur l’océan des non-dits et des dissonances. C’était réviser les classiques, invoquer les marginaux, et tenter de trouver la « notice » de notre atome crochu dans un monde qui s’accélère jusqu’à la paralysie. Avions-nous seulement le temps de polémiquer ? La mort est venue comme un couperet, un rideau de fer tombant sur une osmose naissante, une révolution avortée.
Ma prière se veut un acte de résistance
La rencontre, du vieux mot « encontre », est un heurt avec l’altérité. Si l’on ressort indemne d’un croisement, c’est qu’on n’a rien vécu. Mais cette rencontre-là fut un bouleversement, une prédestination. Le hasard n’a pas de place dans cet entrelacs de fils énergétiques ; c’était un message à décrypter, comme s’il m’avait légué son ultime souffle de vitalité avant de franchir le seuil.
Je me sens aujourd’hui sa débitrice. Je lui dois de résister à la « désanimation » du monde.
Ma prière se veut un acte de résistance, une manière de loger son souvenir dans un récit vivant. Car nommer le mort, le raconter, c’est prolonger son acte créatif et lui rendre sa vitalité. Dans le récit, le défunt continue d’agir, d’exister ; il demeure une présence vibrante plutôt qu’une ombre.
Seigneur, accueille l’âme de ton serviteur HBD dans tes jardins de lumière, de verdure et de fraîcheur. Qu’il soit soustrait à la douleur et aux gémissements. Accorde-lui le Paradis des braves et des véridiques, aux côtés de son guide éclairé, Seydina Mouhammad (PSL). K.G 26 février 2026
Photo Une: © Boubacar Touré Mandémory








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