Le ciné-club Artviv-projection de l’association Èco-poète international a procédé, samedi 21 février, à la dernière projection de la saison 2025/2026 avec le film « Yambo Ouologuem, La blessure » du franco-sénégalais Kalidou Sy. Un film autour des mécanismes d’exclusion qui continuent de marquer les rapports entre l’Afrique et l’Occident. Venu de Paris assister à la projection, le réalisateur s’est posé un moment afin d’échanger avec Moustapha Saitque pour Kirinapost. Au menu de la discussion, évidemment le film, mais aussi la personnalité complexe de Yambo Ouologuem et son destin si romanesque: génie de la littérature à Paris qui finit muezzin dans une mosquée au Mali.
Kirinapost : Quand tu as fini de faire ce film, qu’est-ce que tu as ressenti ?
Kalidou Sy : Alors, quand j’ai fini de faire ce film, j’ai ressenti un soulagement. Parce que ç´est un film qui m’a pris 4 ans pour le faire. Ça a été des péripéties entre le Mali, la France et Montréal. Et chaque jour, je découvrais quelque chose de nouveau sur ce personnage. À travers son histoire, je raconte plusieurs aspects de de la société, comme la colonisation, le plagiat, la dépression et donc à la fin franchement ça a été un soulagement et une fierté.
Kirinapost : Tu as utilisé différents éléments et tu étais présent sur trois continents et interrogé des personnes de différents pays et de différentes générations pour raconter son histoire.
Kalidou Sy : Ouais, c’est ça…. et il y´a aussi la présence de la tradition avec le Griot. Chez nous en Afrique de l´ouest, ceux qui racontent les histoires ce sont les griots. C’est pour ça que j´ai choisis le griot pour la musique et pour raconter l´histoire de Yambo dans le film. Le dessin, je l´ai choisi parce qu’en fait je me suis rendu compte que je n’avais pas beaucoup d’images de lui et il fallait quand même le rendre visible, l’illustrer. Alors j´ai choisi le dessinateur Youssef Daoudi qui est un dessinateur marocain qui fait des dessins incroyables. Je lui ai donné mon scénario. Il a été tout de suite passionné et intéressé. Il a fait des dessins magnifiques. Et aussi, il faut saluer la musique originale de Christian Obam, le musicien camerounais qui est parfaite. Donc honnêtement je suis content du travail parce que c’est un mixte entre tous les continents, toutes les cultures, à l’image de Yambo. L’histoire de Yambo, c’est un peu une tragédie grecque. C´est comme un conte.
Kirinapost : Et Quelles ont été les demandes que tu as reçues jusqu’ici… ?
Kalidou : Les demandes par rapport au film…?
Kirina : Oui.
Kalidou Sy : C’est un film qui est demandé, qui a été sélectionné par des festivals, que ce soit en France, aux États-Unis, ou en Afrique. J’ai fait le fespaco, j’ai fait le Black Festival à Montréal, j’ai fait New York, l’université de New York. En fait, c’est un film qui dépasse le cinéma, un film qui peut être étudié dans les universités. C’est un film que j’ai voulu rendre accessible au plus grand public. On ne doit pas forcément être un expert de la littérature africaine ou de l’Afrique pour regarder ce film. Tout le monde peut regarder ce film, c’est une histoire commune finalement.
Kirinapost : Yambo ce n´est pas un homme dont se débarrasse facilement après la réalisation ou la projection d´un film. La preuve nous depuis lors il anime nos discussions. Pendant cette saison de notre cinéclub, il a été le film le plus débattu.
Kalidou Sy : Le film est sorti il y´a 4 ans, et jusqu’à maintenant, il y a plein de questions dont je n’ai toujours pas de réponse. Parce que c’est quelqu’un de tellement complexe. À la fois il nous ressemble, mais il est aussi tellement différent de nous. Tout le monde peut s’identifier aux multiples aspects de sa personnalité.
Kirinapost : Si tu l´avais en face de toi, qu´est-ce que tu lui aurais dit ?
Kalidou Sy : Pourquoi il ne s´est pas plus défendu et pourquoi il est rentré ? Pourquoi il a arrêté d’écrire tout simplement ? Parce qu’il a écrit 4 ou 5 livres tous étaient des livres remarquables, des chefs d’œuvre et c’est dommage qu’on ne parle plus de lui dans la littérature africaine. Pourquoi il a arrêté brutalement et pourquoi il ne s’est pas expliqué ?
Kirinapost : Est-ce que tu as senti depuis la sortie du film que tu as participé d´une certaine manière á la réhabilitation de Yambo ?
Kalidou Sy : De par la diffusion et la promotion dans les médias, on en parle bien sûr. Mais le souci c’est qu´à chaque fois que on reparlait de Yambo, donc á toutes les tentatives de réhabilitation, il retombe dans l’oubli des semaines et des mois après . Que ce soit, la réédition du devoir de violence aux éditions du serpent à plumes en 2015, la réédition des 1000 et une bibles du sexe ou le livre de Mohamed Mbougar Sarr, « la plus secrète mémoire des hommes » prix Goncourt 2021. qui raconte son histoire de manière romancée. Il y´a aussi le film du réalisateur malien Moussa Ouane en 2003.
Kirinapost : Que reste-t-il de lui au Mali ? Dans son village ?
Kalidou Sy : Dans son village certains le connaissaient. Mais ceux qui ne le connaissaient pas intimement, ceux qui ne sont pas des proches de sa famille, je pense qu’ils ont ignoré que c’était un écrivain. En fait il s’habillait comme le plus simple des villageois et à la mosquée, c’était quelqu’un de discret. Les gens le voyaient dans la rue marcher seul. C´était un homme séparé des autres.
Kirinapost : Tu es venu en Suisse, à Lausanne pour la première fois, pour les besoins de la projection du film dans notre ciné-club Artviv-Projection ce samedi 21 février, tu repars avec quel sentiment ?
Kalidou Sy : Franchement, ça a été une agréable surprise. Déjà ce que j’ai surtout aimé c´est que j´ai trouvé la salle remplie., ensuite les échanges et les discussions après le film étaient sincères. Les échanges ont duré pendant des heures et des heures. Vraiment je suis content d´être venu en Suisse. Je sais que les Suisses ne sont pas de nature exubérante, donc là, de les voir s´exprimer ainsi, je trouve cela magnifique.
Propos recueillis par Mustafaa SAITQUE
Ps : d´octobre 2025 à février 2026, le ciné-club a fait voir au public lausannois six films, qui sont :
1 – « Guédiawaye soul » de Caroline Pochon qui elle aussi avait fait le déplacement sur Lausanne pour discuter avec le public.
2- « Congo, un médecin pour réparer les femmes » de Angèle Diabang
3- « Laba Sosseh – el maestro » de Macky Madiba Sylla
4- « Lubumba – la mort d´un prophète » de Raoul Peck
5- « la noire de… » de Ousmane Sembène
6- « Yambo Ouologuem » de Kalidou Sy.









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