La violence électorale : valent-ils que l’on meurt ?

Jean Pierre Corréa « La violence sous quelque forme qu’elle se manifeste est un échec. La violence est un échec parce qu’on en use que lorsqu’on désespère non seulement de l’humanité de sa cible mais aussi de sa propre humanité » J.P. SARTRE « Mourir pour des idées, l’idée est excellente, moi, je trouve heureux de ne l’avoir pas eue », chantait Georges Brassens. A fortiori pour des hommes sans idées. Nous aimons nous glorifier d’être les leaders de la démocratie africaine et aimons aussi nous targuer de connaître depuis des lustres des élections. N’oublions pas les morts depuis 70 années de politique sénégalaise exacerbée depuis par l’acuité des combats, d’autant plus que ceux-ci sont plutôt destinés à la carrière personnelle des hommes qui nous demandent nos suffrages pour l’étayer matériellement parlant. N’oublions pas tout de même qu’au terme d’un combat politique, le vice-président du Conseil Constitutionnel a été assassiné et que le doute subsiste encore quant à ses commanditaires. Alors, trois morts en rase-campagne, quoi de nouveau sous le soleil sunugalien ? Le ministre de l’intérieur a décidé, mais un peu tard, que les caravanes des candidats seraient dorénavant sécurisées par la police et la gendarmerie. C’est heureux. Mais la question fut évoquée avant le début de la campagne, lorsqu’un ministre de la République, Mame Mbaye Niang, pour ne pas le nommer, se vanta dans les médias que ses « gros bras » étaient prêts et constitués pour aller au combat. Nul n’a pipé mot face cette dangereuse ineptie, il n’en était, c’est vrai, pas à sa première. Il était facile et responsable, face à nos préoccupations, de consacrer 20 policiers par candidat et d’assurer une campagne électorale à peu-près tranquille. Il a hélas fallu des morts pour enfin prendre une décision de bon sens, ce qui pointe à tout le moins une responsabilité du ministre de l’intérieur Aly Ngouille Ndiaye. Mais le plus grave réside dans l’irresponsabilité des candidats eux-mêmes, qui n’ignorent pas que les voitures dans lesquelles ont embarqué les brutes épaisses qui leur servent d’agents de sécurité sont emplies de coupe-coupe, poignards et autres objets contondants. Contrôlent-ils le niveau de savoir-faire de ces hommes auxquels on demande avant tout d’avoir des biceps et des muscles, plutôt que de montrer un certain quotient intellectuel ? Disons qu’ils ont un muscle dans le cerveau et deux cerveaux dans les biceps, et cela aura suffi pour être embauchés. Pourquoi ne condamne-t-on jamais les candidats dont la sécurité a causé des morts ? Parce qu’ils sont justement irresponsables. Il serait aussi temps que les Sénégalais auxquels on demande d’aller en première ligne de ces convois mortifères s’assurent avant d’obtempérer, que les enfants et proches parents des candidats sont eux-mêmes à l’avant de ce cortège dans lequel va s’inviter la mort. Pourquoi faut-il des morts pour s’apercevoir que des policiers et des gendarmes bien formés et dont c’est le métier valent mieux qu’une bande d’abrutis sortis tout droit des arènes de lutte, pour assurer la tranquillité et la sécurité d’une campagne électorale. « Mourir pour une idée, l’idée est excellente, je veux bien mourir pour celle qui mettra fin à ce cirque politicien et rénovera notre démocratie malade de ses hommes politiques ».

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Journaliste de formation, J.P.C est une voix radiophonique unique mais aussi une plume corrosive. Ses analyses fines sur la vie politique, sociale et culturelle du Sénégal font références. Ses éditos sont sur Kirinapost.

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