Relire Pulitzer

La liberté d’information n’est pas un privilège réservé aux journalistes, mais bien un droit pour tout citoyen d’être informé de façon loyale et rigoureuse.

« J’avais l’impression d’être en contact avec l’esprit public et que j’avais le devoir de faire quelque chose de bien chaque jour ». Ces mots de Joseph Pulitzer, l’inventeur de la presse moderne, il est bon de les rappeler en ces périodes assez sombres pour la profession de journalisme au Sénégal.

En apparence, la presse sénégalaise est libre. Mais que fait-elle de cette liberté ? Les journalistes écrivent, parlent, annoncent, révèlent… Mais sur quoi ?  Sur quoi portent leurs révélations, leurs critiques, ou plus simplement leurs informations ? Toute la question est là, car, il faut savoir faire la part des choses entre journalisme, communication et relations publiques, ce qui n’est pas toujours le cas au Sénégal.

Elle donne l’impression cette presse, de suivre plus les rumeurs publiques que d’informer. Mis à part quelques ‘’lâchées’’ de bons journalistes d’investigation, elle semble être surtout le réceptacle des saugrenuités dites sur la place publique. À titre d’exemple, le jour où Idrissa Seck a perdu ses portables, cela a fait la UNE de 9 quotidiens, et lorsque Ibrahima Fall a présenté son programme, jugé par beaucoup révolutionnaire, il n’a fait la UNE que d’un seul quotidien :’’La Tribune’’… Ça vaut tous les discours.

Le grand problème se situe au niveau des moyens et des compétences. Des dirigeants, souvent pas à la hauteur, qui accaparent les maigres bénéfices tirés de la publicité et qui, en hommes d’affaires peu vertueux, n’ont qu’une très petite idée du métier et de sa déontologie. Quand ils sont bien formés, comme c’est le cas au CESTI, nos reporters sont mal payés, mal protégés par le corps et les patrons de presse. C’est pourquoi quand ils font du bon travail et révèlent des malversations dans l’administration, les hommes politiques incriminés réagissent en disant  » Cause toujours » ! Naturellement, les journalistes ne s’approprient pas ces propos de Pulitzer :

« Le journalisme, loin d’être un métier parmi tant d’autres, est le plus noble d’entre tous ». Le journaliste, poursuit-il, « c’est quelqu’un tenu par un esprit de corps défendant, cet idéal ferait en sorte qu’aucun membre de cette profession qui se serait abaissé, devenant l’affidé d’un roi de la finance, n’oserait se montrer devant ses collègues ».

Voilà, il faut le dire et le répéter à souhait, comme le fait si bien Edwy Plenel, dont je reprends ici l’essentiel d’une récente chronique sur France-Culture. Rappeler la noblesse du journalisme, c’est un devoir : il y va de l’avenir de notre démocratie.

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