NATHALIE YAMB EXPULSÉE DE CÔTE D’IVOIRE, À QUI LE TOUR ?

La militante suisso-camerounaise Nathalie Yamb a été expulsée de Côte d’Ivoire, lundi 2 décembre. Membre du parti d’opposition ivoirien LIDER (Liberté et Démocratie pour la république) dirigé par Mamadou Koulibaly , elle avait vertement critiqué la « Françafrique » lors du sommet Russie-Afrique à Sotchi. Expulser une personne pour ses idées est toujours contre-productive. Certains pays africains, affidés des anciennes puissances coloniales, en sont devenus des spécialistes.

La militante en compagnie de son leader Mamadou Koulibaly et l’ancien président du Ghana Jerry Rawlings

Je n’ai pas particulièrement suivi les activités de cette dame, mais du peu que je sais d’elle, c’est une personne qui affirme de manière claire que l’Afrique francophone est sous contrôle.

Elle s’est fait remarquer d’ailleurs pour son franc-parler récemment à Sotchi.

Que reprochent les autorités ivoiriennes à la conseillère de Mamadou Koulibaly, ancien président de l’Assemblée nationale et ancien ministre aujourd’hui dans l’opposition? D’avoir dit une évidence?

Chasser des activistes devient une spécialité des élites politiques de l’Afrique francophone qui semblent avoir bien appris de leurs devanciers de la métropole.

Dans les 1920, les autorités coloniales avaient fait la même chose avec des partisans de Marcus Garvey un peu partout en AOF.

Dakar a été le théâtre d’expulsions répétées.

En 1922, trois garveyistes d’origine sierra-léonaise sont expulsés de Dakar : John Camara, Wilson et Doherty. Le journal de Marcus Garvey, le Negro World, est également saisi. Le gouverneur de l’AOF craignait l’influence du garveyisme dont les ramifications s’étendaient en Afrique.

Dans une lettre, il déclare que le but du garveyisme est « de créer dans les populations africaines un état d’esprit favorable à leur émancipation ultérieure ». Pour lui, ces gens sont venus troubler la tranquillité publique en ayant « apporté en territoire français des idées de révolution sociale ».

Les autorités vont lancer la contre-offensive en mobilisant des « indigènes » comme Blaise Diagne pour riposter contre la propagande garveyiste.

Blaise Diagne refuse de se rendre à la Convention de l’Universal Negro Improvement Association (UNIA) de Marcus Garvey, qui devait se tenir à New York en août 1920.

Dans une lettre, il répond sèchement à Garvey : « Nous, noirs français, nous sommes partisans de rester Français, la France nous ayant donné toutes les libertés et nous confondant sans arrière-pensée avec ses propres enfants européens. Aucun de nous n’aspire à voir l’Afrique française livrée exclusivement aux Africains comme le deman­dent sans autorité d’ailleurs les noirs américains à la tête desquels vous vous placez. Aucune propagande, aucune influence de noirs ou de blancs ne nous enlèveront le sentiment net que la France, seule, est capable de travailler généreusement à l’avancement de la race noire. L’élite noire française, qui a la responsabilité de collaborer loyalement à l’éducation de la masse des populations indigènes de nos colonies, ne saurait accepter, sans manquer à son nouveau devoir, que les théories de séparatisme et d’émancipation révolutionnaire auxquels on donne voix viennent jeter le trouble et le désordre là où le calme et l’ordre sont les indispensables facteurs de la sécurité de tous… »

Au slogan « Africa for Africans » (l’Afrique aux Africans) des garveyistes, Diagne répondait par une sorte de « Les Africains aux Français ».

Les historiens Okonkwo et Patrick Dramé reviennent plus en détail sur ces tristes épisodes respectivement dans un article « The Garvey Movement in British West Africa » et dans un livre « L’Afrique postcoloniale en quête d’intégration ».

Lire aussi Blaise Diagne « Les Noirs français contre Marcus Garvey », dans La Dépêche coloniale et maritime d’octobre 1922.

Expulser des Africains qui apportent une parole contradictoire est donc une spécialité des autorités coloniales et postcoloniales.

NB: la Jamaïque a introduit l’enseignement de la pensée de Marcus Garvey dans ses écoles.
Les chanteurs de reggae ont presque tous dédié une chanson à cet homme à la parole libératrice.

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