Nana Addo: « Notre responsabilité en tant que leaders est de nous pencher sur le développement »

le président ghanéen Nana Akufo-Addo a en 2017 devant son homologue français a tenu un discours mémorable que tout africain devrait entendre. Un acte de souveraineté et d’indépendance que l’on aimerait voir plus souvent chez les dirigeants des anciennes colonies françaises. 

« Il est temps que les Africains cessent de conduire leur politique sur la base de ce que soutiennent ou souhaitent les Occidentaux, l’Union européenne ou la France. Ça ne marche pas, ça n’a jamais marché, ça ne marchera jamais. Arrêtons de nous demander ce que la France peut faire pour nous.

La France fait de son mieux pour elle-même d’abord. Il est anormal que, soixante ans après l’indépendance, la moitié du budget ghanéen en matière d’éducation dépende de la charité des contribuables européens. Il est temps que les Africains financent eux-mêmes leurs dépenses de santé et d’éducation. Il est urgent de rompre avec notre mentalité d’assistés et de mendiants éternels.

On devrait être maintenant capable de financer nos besoins basiques nous mêmes. Et si nous devons considérer les prochaines 60 années comme une période de transition, une transition à partir de laquelle on pourra se tenir debout de nous mêmes, notre préoccupation ne devrait pas être ce que le contribuable français décide de faire pour nous quelque soit la simplicité qu’ils ont en France, ils sont les bienvenus, on apprécie les interventions du contribuable français à travers les actions que leur gouvernement fait à notre endroit. On ne va pas cracher sur une aide.

Mais ce continent, avec tout ce qui arrive est toujours le réservoir d’au moins 30% des plus importants minéraux du monde. C’est le continent des vastes terres fertiles. Ce continent a la plus jeune population de tous les continents au monde. Donc il y a une énergie nécessaire, il y a le dynamisme, on l’a déjà constaté.

Et nous allons avoir ses énergies au service de nos pays si nous mettons en place des systèmes qui montrent aux jeunes que nos pays regorgent d’opportunités pour eux, qu’il y a encore de l’espoir ici.
Le phénomène de migration est aujourd’hui présenté comme si c’était quelque chose de nouveau. Il n’y a rien de nouveau à propos du mouvement de populations. C’est aussi vieux que le monde, les mouvements de populations ont toujours été liés aux mêmes causes: l’échec de la patrie d’origine à procurer des opportunités et donc l’on va voir ailleurs.

Pour ceux qui connaissent l’histoire du 19 ème siècle en Europe, ils savent que le plus grand mouvement de populations s’est fait à cette époque, ces mouvements provenaient essentiellement de l’Italie et de l’Irlande.
Des vagues après des vagues, des générations d’Italiens et d’Irlandais quittaient leurs pays pour rechercher le paradis Américain parce que l’Irlande et l’Italie ne fonctionnaient pas pour eux. Aujourd’hui on n’entend plus parler de cela. Les jeunes Italiens et Irlandais restent aujourd’hui dans leur pays respectifs.

Et cela veut dire que nous devons nous débarrasser de cette mentalité de dépendance, cette mentalité qui nous emmène à nous demander ce que la France peut faire pour nous. La France fera ce qu’elle a à faire pour son propre bien et si cela coïncide avec nos intérêts, “tant mieux”, comme disent les français.

Mais notre principale responsabilité en tant que leaders, citoyens, c’est de réfléchir à ce que nous devons développer pour nos propres pays.

Ou toutes les institutions fonctionnent correctement, cela va nous permettre d’avoir la bonne gouvernance, une gouvernance responsable qui rend compte et qui s’assure que l’argent mis à la disposition des leaders est utilisé dans l’intérêt de l’Etat (du peuple) et non pour les intérêts de ces leaders. Un système qui permet une diversité, qui permet au peuple de s’exprimer librement et qui contribue à encrer la volonté du peuple et les intérêts du public.

Le continent Africain devrait être en mesure de donner de l’aide à d’autres endroits si l’on se base sur les immenses ressources que nous avons. Nous avons beaucoup de richesses.
Et dans notre propre pays le Ghana, nous avons besoin d’une mentalité qui nous fait prendre conscience que nous pouvons y arriver. D’autres l’ont fait avant nous. On peut aussi le faire, dès lors que nous avons cette mentalité, nous verrons que cela va libérer notre potentiel.

La Corée, Singapour, la Malaisie, ces pays ont eu leur indépendance dans la même période que nous, on nous dit même que au temps de indépendance, le revenu par habitant du Ghanéen était supérieur a celui de la Corée. Aujourd’hui, la Corée fait partie du monde développé. C’est pareil pour la Malaisie et Singapour.

Qu’est ce qui s’est passe? Pourquoi ils ont fait cette transition? Et 60 ans après notre indépendance, nous sommes toujours à ce point là.
Voila les questions essentielles qui devraient être notre préoccupation, en tant qu’Africains, en tant que Ghanéens.

Et non… quand je le dis c’est avec beaucoup de respect pour le président français. Je pense que la coopération avec la France est quelque chose que j’apprécie, je suis…. Tu sais, un grand ami de la France. Je suis Francophile. Je n’ai donc pas de difficultés avec ça.
Mais je parle de notre propre motivation, de que ce nous devons faire pour mettre nos pays au travail afin que nous puissions créer les conditions qui permettront à nos jeunes d’abandonner ces efforts hasardeux pour se rendre en Europe.

Ils n’y vont pas parce qu’ils en ont envie, ils y vont parce qu’ils pensent qu’ils ne peuvent pas trouver des opportunités dans nos pays. Donc ceci devrait être notre préoccupation première. Et je pense avec ça…, si nous changeons nos mentalités, cette mentalité de dépendance, cette mentalité qui dépend de l’aide et de la charité, nous verrons que dans les décennies à venir, une nouvelle race de jeunes africains verra le jour. Et cette nouvelle mentalité africaine, dont on parlait à l’indépendance sera une réalité de notre temps.
Et c’est pourquoi, je dis que j’espère que je n’ai pas contourné la question. Mais c’est cela ma pensée.

Et c’est la raison pour laquelle, j’ai adopte pour slogan de ma présidence “Nous voulons construire un Ghana au delà de l’aide au développement, un Ghana qui est indépendant, qui se prend en charge, qui est capable d’être debout tout en construisant sa propre destinée”. Nous pouvons le faire, si nous avons la bonne mentalité pour le faire.

 

 

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