Le Grenier de Rythmes bat son plein à Dakar

Réunir des artistes éthiopiens, mauritaniens, sénégalais, américains, ghanéens, martiniquais, sud-africains et congolais, c’est ce que propose le collectionneur d’art Bara Diokhané dans son Grenier de Rythmes, une exposition ouverte le 7 décembre dernier à la Galerie Ourrouss aux Almadies à Dakar.

Affiche de l’Expo by Bara Diokhané

Pendant trois mois, c’est-à-dire jusqu’au 7 mars 2019, la galerie Ourouss accueille des artistes de la diaspora et des artistes issus de la fameuse École de Dakar. À l’initiative de cet évènement, Maître Bara Diokhané a voulu rendre hommage à Issa Samb (Joe Ouakam) et Randy Weston, deux artistes de légendes chacun dans leur domaine, décédés respectivement en 2017 et 2018.

Sur quatre étages sont exposées une Afrique et une diaspora en miniature. Des œuvres d’une beauté et d’une originalité rares. L’exposition réussit la prouesse de réunir quatre générations d’artistes sénégalais imprenables. Iba Ndiaye, qui participa à la création de l’École des Arts du Sénégal, Pape Ibra Tall, responsable de la Section de Recherches Plastiques Nègres en 1959, et Mor Faye, peintre de l’abstrait décédé à la fleur de l’âge à 37 ans. En plus de ces trois artistes, sont aussi présents Alpha Waly Diallo, avec ses tableaux de figures historiques (ici Maba Diakhou Ba), Ibou Diouf, Jacob Yacouba, El Hadj Sy… Kalidou Sy et son travail sur le bogolan… ou encore l’inimitable Kré Mbaye.

« Pour vous donner une idée, Iba Ndiaye a enseigné Mor Faye, qui a enseigné Elhadj Sy, qui est l’aîné de Moussa Traoré » explique Bara Diokhané qui a réussi ici un coup de maitre.

Iba Ndiaye, né en 1928 à Saint Louis (Sénégal) et décédé le 4 octobre 2008 à Paris.

L’avocat, basé à New-York, sort du grenier des pépites issues de l’École de Dakar et rappelle l’existence d’une véritable réflexion sénégalaise autour de l’art. L’École de Dakar est un mouvement artistique lancé au moment des indépendances et qui connut une période faste jusqu’en 1974.

 « Sont présents ici donc, des créations de quatre générations du siècle précédent, qui établissent les lettres de noblesse et la pertinence d’un art moderne sénégalais, collectionné par des Sénégalais avertis, que les historiens de l’art doivent reconnaître et enseigner. Qui enseigne par exemple l’œuvre du sculpteur sénégalais Moustapha Dimé ? Qui sait que cette œuvre figure dans la collection du Museum of Modern Art de New York ? » finit-il par plaider.

Coté Diaspora, le sculpteur Lorenzo Pace, co-commissaire du Grenier de Rythmes, présente des œuvres témoignant de la générosité extrême de leur auteur.

« Ce qui me motive à créer, c’est l’opportunité précieuse d’inciter les autres à penser plus haut, plus profond et plus grand, réfléchir à la valeur et à la nécessité de prendre soin d’eux-mêmes, des autres et de la  planète » disait-il dans une interview. Présent à Dakar, il porte toujours en lui cette volonté de transmettre et de motiver la jeunesse noire à se prendre en charge.

Prendre soin de la  planète, c’est aussi le souci de Bara Diokhané, l’exposant. Oui, monsieur n’est pas qu’avocat, collectionneur et commissaire d’exposition. Il peint. Le portrait de Joe Ouakam sur les affiches et les flyers c’est lui. Sa toile réunissant des éléments de la nature (sable, feuillage ect) est une pure merveille.

« J’ai mis ce tableau autour de la piscine, à l’air libre, parce qu’il n’a pas peur des intempéries. Il vient de la nature » fait-il remarquer. Joe Ouakam, qui a ses œuvres exposées aussi dans le Grenier, de l’au-delà, a sûrement apprécié la réponse. Pareil aussi pour le beau « brûlé », signé Thabiso Phokompe, artiste sud-africain. Bouna Medoune Seye, autre artiste génial disparu, aurait apprécié les lumières émanant du tableau de Noah Jemison, qui restitue merveilleusement une scène ordinaire d’une cité quelconque.

L’un des artistes les plus touchants de l’exposition est sans nul doute Tesfaye Tessema. Cet artiste d’origine éthiopienne, qui se définit comme un peintre jazz, a su par le jeu de son pinceau proposer des œuvres fantastiques, offrant notamment, pour l’occasion, un beau portrait de Cheikh Ahmadou Bamba.

Par le jeu harmonique de ses couleurs, l’artiste mauritanien Ba Djibril Ngawa, également présent, rythme le Grenier et apporte une fraîcheur exquise. Makudy Sall également, par ses tableaux mais aussi par son histoire singulière, racontée par Bara Diokhané, touche le visiteur.

Le Grenier de Rythmes, ce n’est pas que des peintures et des sculptures, il y’a aussi de très belles photos. Ming Smith, Eugene Cain, Cassandra Griffen ou encore Fatime Ba exposent des photos d’une rare beauté.

Cassandra Griffen rend hommage ici aux migrants et nous dévoile là-bas une Nina Simone telle la statut de la liberté. Quant à Fatime Ba, elle expose un hommage à la femme travailleuse et maman. Cette dernière est une concitoyenne qui fait un travail remarquable, souffle Bara Diokhané.

Courez-vite à la galerie Ourrouss, un voyage inattendu vous y attend. Un grenier plein de rythmes. Les nostalgiques de l’École de Dakar seront ravis et les amoureux des arts impressionnés de voir les œuvres d’artistes de renom, qui sont pour la plupart passés soit par le Metropolitain Museum, le fameux (MET), soit par le Museum of Modern Art (MoMA), deux hauts lieux de la culture.

Devenir un haut lieu de la culture, c’est l’ambition de la nouvelle Galerie Ourrouss. Mention spéciale donc à la Sénégalaise Zeynabou Guéye, initiatrice de ce beau projet. En accueillant le Grenier de Rythmes, cette exposition internationale de haute facture technique, académique et historique, elle place déjà la barre très haut.

AFFICHE-A5 (1)  Le programme c’est ici 

 

UNE: Mor Faye,-OUA Sauvée-1984. Crédits: Papa Alioune Dieng

 

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