KU AMUL YAAY NAMP MAAM…

“Le bonheur n’est peut-être rien d’autre qu’un passage. J’ai été heureux, en sortant des brumes, à la rencontre du soleil”. Jean d’Ormesson (Cf. Philippe Le Guillou, Les plus belles citations de Jean d’Ormesson, Paris, Folio, 2019, p. 68).

Je suis arrivé devant ce bâtiment imposant, le 10 septembre 1989, que je connaissais déjà. Durant l’année 1988, je venais régulièrement à Dakar pour les besoins de recherches aux archives nationales du Sénégal. J’étais en année de maîtrise et mon thème de recherche exigeait ces voyages. Le mémoire de maîtrise sera soutenu en juillet 1989, trois mois après les événements d’avril.

Donc je connaissais déjà quelque chose. Et j’aimais déjà ce que j’avais découvert. Mais je n’appréhendais pas encore la réalité de la vie estudiantine sénégalaise. Car en Mauritanie l’université, en tant que telle, existait à peine. Il n’y avait ni cité universitaire, ni BU, où les étudiants pouvaient se rencontrer, échanger et consolider leurs rapports interindividuels.

La politique battait son plein. Mais je n’ai jamais milité dans quoi que ce soit. Je connaissais à peine les courants qui se tiraillaient au sein des étudiants mauritaniens. Bref, j’étais hors de la “lutte”, et en même temps dans son “vrai” dedans. Naïveté ou choix ?

C’est donc ici à Dakar que j’allais appréhender les discours de tous ces mouvements qui traversaient la masse informe des étudiants de cette université, qui a vu le jour en 1981. Nous étions lâchés à nous-mêmes, tout en fréquentant des aînés engagés et qui le sont encore… gardant leur ligne… Dakar est à moi et il faut agir en conséquence, par rapport au choix opéré : poursuivre…

Mohamadou Abdoul DIOP, ami d’enfance qui m’a inoculé le goût de l’histoire, allait me recevoir et me “subir” dans l’humilité qui le caractérise. Je deviens donc son “clando”, dans cette chambre, petit sanctuaire de musique, de livres et de discussions autour de notre devenir. Mohamadou Abdoul DIOP a soutenu sa thèse en 1994 sous la direction du professeur Abdoulaye Bathily.

Aujourd’hui, il vit à ADDIS ABEBA et s’occupe entre autres des frontières, en appuyant l’Union Africaine dans son programme.

J’admirais son courage, sa capacité d’écriture, son intelligence et surtout son humilité. Il était aussi plus “branché” et allait donc participer à me civiliser, en me transmettant les réflexes estudiantins.

Je rappelle, qu’il fut le premier de ma classe d’âge à décrocher son Bac. C’est pas petit ! Je garde encore par dévers moi, ses cours de français qui m’ont beaucoup aidé dans l’appréhension de la littérature occidentale, qui n’était point mon “lacciri e haako”… j’étais plutôt littérature “indigène” que je dévorais. D’ailleurs, Matraqué par le destin de Amar Samb fut, je crois, le premier roman que j’allais dévorer… mes frères aussi. Il trônait là dans la petite bibliothèque du father. Je me demandais toujours pourquoi papa nous avait fait lire ce livre ?

Eh bien, un matin je me suis réveillé dans ma cité (y’a 4ans)… en pensant que lui-même (le father) était venu au début des années 1950 poursuivre ses études à Saint-Louis, avant de les écourter…et d’être “reversé” au bureau militaire… je me suis rappelé qu’il avait un petit frère, décédé dans ses pérégrinations de talibé. Il était devenu le seul garçon de sa famille.

Donc le father voulait certainement faire revivre l’âme de son frère ! C’est trente ans après que je fais cette liaison étrange ! Il était le premier scolarisé de son village, THIDE, situé à 5 où 6 kilomètres de la ville de Boghé, où il finira par s’installer….Bref !

Ce sera dur, parce qu’il fallait bien manger alors que je ne bénéficiais pas des œuvres universitaires. Il fallait jongler avec les contrôleurs pour accéder au restaurant argentin…

Hier 10 septembre je suis repassé au lieu-dit. D’ailleurs depuis quelques années, je visite la chambre et donne un “ataya” aux occupants. Comme un rituel !

Bonne visite…

 

Crédits-photo: Abdarahmane Ngaïde

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Il écrit et ne s'arrete jamais d'écrire. Avec humour, philosophie, il raconte les lieux comme personne. Enseignant-Chercheur à UCAD, Abdarrahmane Ngaidé est un historien de formation.

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