HOMMAGE À SAMBA FÉLIX NDIAYE : « JE FILME LES GENS QUE J’AIME » (PART II)

Moctar Ndiouga Ba le producteur de ce film, me dira que « tous les jours le matin, Samba m’écoutait dérouler ce qui devrait être le plan de la journée pendant notre séance de briefing. Après il laissait tout ça de côté et se mettait avec l’équipe technique à une véritable ‘’chasse à l’homme’’ pour trouver coûte que coûte Abdoulaye Wade dans Dakar ».

Samba était comme disait Sartre « un homme fait de tous les autres Hommes, qui les vaut tous, et que vaut n’importe qui ». Ce qui faisait qu’il était toujours à hauteur d’homme. Pourvu simplement que son interlocuteur ne se met pas à débiter des choses dont il ne comprend pas grand-chose. Samba avait une sainte horreur des gens qui parlent de choses qu’ils ne maitrisent pas. Sinon il était un homme qui était convaincu qu’il a toujours des choses à apprendre des autres. Que ces autres soient d’imminents intellectuels (comme dans son film Questions à la terre natale), ou qu’ils soient des petites gens (ce terme si cher à Djibril Diop Mambety) comme dans sa série « trésors des poubelles ».

Sans doute cette attitude il a dû la transmettre à Mamadou Khouma Guèye qui a été son étudiant à la défunte ESMA. Ce jeune réalisateur très prometteur qui une fois à Kédougou pour une escapade avec des amis tombe sur un artisan forgeron qui squatte une ancienne prison. Un homme qui par ailleurs a beaucoup de difficultés à joindre les deux bouts, au point qu’il ne peut pas se marier, ne peut non plus retourner en Guinée pour voir sa mère. Mamadou Khouma  Gueye voit tout de suite un personnage de film pour raconter l’Histoire politique du Sénégal notamment en revenant sur la crise de 1962 qui avait poussait Senghor à emprisonner Mamadou Dia dans cette ville. Ce film de 23 mn sauva l’honneur du Sénégal (où le Président de la République et ceux chargés de gérer le Cinéma réduisent le Cinéma à l’obtention de prix – et rêvent de prix comme un enfant rêvent de bonbons) en remportant le Tanit d’argent du court métrage de l’édition 2018 pendant lequel le Sénégal était invité d’honneur sans aucun film sélectionné officiellement, si ce n’est justement « Kédougou ». Il faut souligner que Mamadou Khouma Gueye a fait ce film spontanément malgré beaucoup d’écueils, notamment la canicule qui empêchait la caméra (appareil photo en réalité) de filmer plus de douze minutes consécutives.

Ce n’est pas pour rien que Samba est le ‘’père’’ du documentaire africain. Depuis le début alors même que le documentaire n’était pas considéré comme du cinéma (en tout cas sous nos cieux), il était clair dans son esprit c’est ce qui l’intéressait, c’est ce qu’il voulait faire.

L’auteur de ce livre « Samba Félix Ndiaye – cinéaste documentariste africain » Henri-François Imbert dit : « Samba Félix est un cinéaste au sens où semble l’entendre Jean Claude Biette… qui oppose le cinéaste à d’autres fabricants de films, que seraient les auteurs, les metteurs en scène et les réalisateurs. Le travail du cinéaste participe d’une manière constante sur les formes à construire… »

« Samba Félix Ndiaye a déconstruit la prétendue objectivité du documentaire en s’appropriant un genre longtemps associé aux films de propagande coloniale et aux films ethnographiques comme ceux de Jean Rouch. C’était un pourfendeur du regard colonialiste qui pèse encore sur ce continent », dit Clémentine Dramani-Issifou, chercheuse et membre du comité de sélection de la Semaine de la critique du Festival de Cannes.

 

Crédit-Photo: N.Ndiaye

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