Djibril Tamsir Niane, un géant de la recherche historique africaine s’en va…

Djibril Tamsir Niane est mort le 8 mars, à 89 ans, à Dakar où il vivait. L’Afrique vient de perdre un de ses plus illustres fils. Emporté par la Covid-19, le patriarche laisse une contribution inestimable à littérature africaine et à la recherche historique concernant le continent.  Son oeuvre Soundjata ou l’épopée mandingue aux éditions Présence africain en 1960 a connu un immense succès en Afrique de l’Ouest. Djibril Tamsir Niane a participé à vulgariser la riche histoire du Mandé et la charte de Kurkanfuga, première déclaration universelle des droits de l’homme en 1236.

Djibril Tamsir Niane (1932-2021) ©madinamen.com

Né le 9 janvier 1932 à Conakry,  Djibril Tamsir Niane fait parti des premiers intellectuels qui accompagnent l’indépendance de la Guinée en 1958. Il soutiendra Sékou Touré. Djibril Tamsir Niane entre au Collège Classique de Conakry et obtient son baccalauréat en 1954.  Ensuite, il se rend en France précisément à Bordeaux pour étudier l’histoire. Il choisit comme thème de diplôme d’études supérieures l’histoire de l’empire médiéval du Mali. Auprès des griots, notamment Mamadou Kouyaté, l’historien collecte les récits de la tradition orale. C’est à partir de ces recherches qu’il publie en Soundjata, ou l’épopée mandingue, son ouvrage le plus connu.

Déterminé à faire connaitre l’histoire du Mandé, il fera parler les traditionalistes. C’est grâce à ces gardiens du temple, maitre de l’oralité que l’historien, avec d’autres, a pu reconstituer une partie de l’histoire de l’Afrique médiévale. Son travail a permis de reconnecter toute l’Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui, on sait que le Mandé est central dans l’histoire de l’Afrique subsaharienne. La Charte du Mandé est la preuve par exemple que le cousinage à plaisanterie bien connue au Sénégal vient de l’empire de Soundjata Keita.

Solennellement proclamée le jour de l’intronisation de ce souverain comme empereur du Mali à la fin de l’année 1236, transcrite en 1998 par le chercheur malien Youssouf Tata Cissé et inscrite en 2009 sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO, la Charte de Kurukan Fuga contient des prescriptions qui relèvent de la problématique moderne des droits humains, mais aussi de la gouvernance, de l’état de droit ou encore de la diplomatie.

Djibril Tamsir Niane qui a participé à l’écriture de l’Histoire générale de l’Afrique sous les auspices de l’Unesco avec Joseph Ki-Zerbo en 1999, a également participé à la rédaction d’une autre Histoire de l’Afrique en collaboration avec le Professeur Amadou Moctar Mbow, Jean Devise, et Joseph Ki-Zerbo à nouveau. Au chapitre des recherches sur l’Esclavage, l’historien nous fait découvrir « La Route de l’Esclave »  et la « Traite Négrière » avec des éclairages édifiants.

Djibril Tamsir Niane est également auteur de pièces de théâtre comme Les fiançailles tragiques. Son livre Soundjata ou l’épopée mandingue est quant à lui enseigné dans les écoles.

Toujours dans le domaine de l’éducation, l’écrivain participe à la construction d’un nouvel État, suite à l’indépendance de la Guinée. Il dirige, avec Jean Suret-Canale, le premier manuel d’histoire africaine utilisé par les écoles africaines du secondaire.

Par ailleurs, certains de ses écrits lui valent la prison sous le régime de Sékou Touré. C’est la raison de son exil au Sénégal en 1972 avant de revenir plus tard dans son pays.

Djibril Tamsir Niane fut enseignant à l’Institut Polytechnique de Conakry, à l’Institut Fondamental d’Afrique Noire (IFAN) à Dakar. Il a été également professeur émérite de l’université Howard (Washington, D.C.) aux Etats-Unis ainsi qu’à l’université de Tokyo au Japon.

Avec sa disparition, c’est un immense baobab qui s’écroule. Aujourd’hui, Djibril Tamsir Niane est allé rejoindre au ciel sa fille Katoucha, l’une des premières mannequins noires internationales et égérie de Yves Saint-Laurent, décédée le 1 février 2008 à Paris.

Repose en paix Djibril Tamsir Niane. Merci pour votre contribution. Merci de nous avoir fait découvrir le Mandé, merci de nous avoir fait découvrir l’histoire de Soundjata Keïta Mansa, roi des rois, merci de nous avoir fait découvrir Kirina…

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