Chronique médias…L’Information en Campagne…

Jean Pierre Corréa Il est normal de s’interroger : comment les citoyens sénégalais ont-ils été informés des divers programmes portés par les cinq candidats à la présidentielle, pour pouvoir faire leur choix en toute liberté et en toute conscience, ayant été équitablement informés de leurs propositions ? En lieu et place de ce combat politique du « seul contre tous », la presse ne nous a proposé que la chronique quotidienne de ce qui faisait l’actualité de la campagne. Et là forcément, l’impartialité de la presse a explosé et scindé cet espace entre les partisans du pouvoir et ceux qui ouvraient plus leurs colonnes et antennes à l’opposition. Il y a eu la presse qui a « construit » Sonko, à coups de portraits élogieux, et répercutant ses tournées triomphales, comme illustrant la venue d’un nouveau messie portant l’espoir de la jeunesse. Et il y a eu la presse qui a plutôt fouillé dans son placard à la recherche d’éventuels cadavres, et s’est fait l’écho avec gourmandise des supposés accointements coupables avec des juteuses commissions.

Avons-nous été informés justement ? Les chances des candidats d’occuper les espaces médiatiques étaient-elles égales ? Lorsqu’en avant-campagne, période durant laquelle l’expression politique était interdite, théoriquement s’entend, la RTS avant chaque JT nous offrait des clips vantant les réalisations du candidat-président Macky Sall. Ça n’est pas de la propagande, c’est un interlude.

Lorsque la TFM invite Macky Sall le dernier jour de campagne pour une émission animée par Dieynaba Seydou Ba, la chaîne dont le président sert de MC au candidat en question, les questions qui lui sont offertes sur un plateau d’argent induisent naturellement les réponses que l’animatrice naturellement conclut d’elle-même avec une grande complicité. Ça n’est pas de la propagande, c’est de la cohérence.

Lorsque des journalistes sont accusés d’avoir perçu des perdiems des candidats, il est clair que cela nuit à la démocratie que de mettre ceux qui doivent nous aider à faire notre jugement en situation de « dépendance idéologique » certaine. Or, qui étaient les plus riches ? La réponse est dans la question. Or, la seule question qui vaille est celle qu’on a du mal à se poser. Pourquoi n’a-t-on pas de presse indépendante qui financerait le coût de la campagne en ces nobles occasions où l’indépendance de la presse est cruciale, et qui nous éloignerait de l’esprit l’idée que nous avons plus des « groupes de pression » que des « groupes de presse ». Ça n’est pas de la propagande, c’est l’instinct de survie.

Ce 24 février était pour la presse comme une heure de vérité, celle où elle pouvait ressusciter l’esprit du 19 mars 2000, où le tout nouveau téléphone portable avait joué sa partition dans l’histoire. A Wattsapp de jouer ? Mais pour dragouiller c’est de première !!!
Il fallait à chaque étage de nos rédactions des hommes capables de résister aux manipulations de tous bords qui ont pu leur être soumises, et souvent de bonne foi. Ils ont tenu, par le sérieux ou non de leur travail, l’avenir paisible du Sénégal entre leurs stylos, micros ou caméras.

J’avais fait un rêve….
Nous étions le dimanche 24 février… Ma sieste s’étalait…il était 19 heures… Mon cerveau abritait une télévision dans laquelle je voyais des mines réjouies et satisfaites des cadres du pouvoir sur les plateaux… Les résultats s’égrenaient et concernaient l’étranger, les villes et villages de l’intérieur… BBY 65%… Idy 15 %…Sonko 5% et tout à l’avenant.

20 heures, tendances lourdes… BBY 57% élu…
22 heures, le président parle et remercie les Sénégalais pour ce plébiscite.
22 heures, les grands axes des grandes villes sont quadrillés par l’armée et la gendarmerie.
Je me suis réveillé… Mon Dieu, priez pour le Sénégal…
En fait des flics partout, c’était juste pour qu’on évite que le bonheur d’un tel plébiscite ne pousse des Sénégalais extasiés à conduire bourrés…
La gueule de bois, c’est pour demain… Nous sommes décidément nés après la honte…

Crédits: sanslimites

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Journaliste de formation, J.P.C est une voix radiophonique unique mais aussi une plume corrosive. Ses analyses fines sur la vie politique, sociale et culturelle du Sénégal font références. Ses éditos sont sur Kirinapost.

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