Abdarahmane Ngaïdé: « Faire attention à ne pas fragiliser les équilibres »

Au début de la crise de la Covid-19, il nous avertissait en ces termes: « Le virus n’a pas besoin de visa encore moins de passeport pour faire le tour du monde. L’homme doit juste arrêter de faire le malin sur terre. » Il, c’est Abdarahmane Ngaïdé l’historien. L’enseignant-Chercheur est sans doute, dans la sous-région, l’ auteur contemporain le plus prolifique. Spécialiste du discours, Ngaïdé est féru des lieux. Haut-lieu, endroit, site, itinéraires où se sont passées des « choses » mémorables, ou « repère » tout court, sont toujours pour lui des espaces qui se racontent, en nous racontant. Ils ne sont jamais « quelconques ». 

Mauritanien d’origine, sénégalais infini, ouest-africain accompli dans la simplicité qui guide tout acte adhésion, Abdarahmane Ngaïdé, doxkat revendiqué, errant entre espace et temps, aime sa sous-région et milite inlassablement afin que le vivre-ensemble millénaire, dans ce vaste terroir, résiste aux tremblements tectoniques de notre époque. En ces moments troubles donc, où le « hors-temps temps » de l’ethnicité instrumentalisée, par des irresponsables, nous avons souhaité relire cinq de ses pensées.

Abdarahmane Ngaïdé: penseur, historien, sculpteur, marcheur…artiste ©Tosh

 

« L’Afrique et ses hommes ont subi l’outrage d’une double déchéance, dont l’âme plonge ses racines dans la négation de l’être dans son essence, et en tant que lieu et nous devons nous surveiller et faire attention à ne pas fragiliser les équilibres ».

 « Les noms des lieux doivent refléter notre histoire, notre imaginaire. Un lycée qui porte le nom de maman Aminata Sow Fall, sera probablement un lieu vers lequel convergerait, plus facilement la littérature africaine et les œuvres de l’auteure. On ne peut pas être le cimetière des noms des autres ».

  « Nous sommes en tout lieu en train de faire de l’Histoire avec un grand H. Mais il faut bien saisir comment elle est construite, vécue, transmise et finalement objet d’enjeux mémoriels, qui finissent par en déchirer le manuscrit originel, en lui substituant d’autres. C’est cela certainement qu’on désigne en parlant de « réécriture » de l’histoire, contre laquelle je m’insurge. On ne réécrit jamais l’histoire, on l’écrit et c’est tout ».

  « Sur l’évolution de nos pays en Afrique, la mal gouvernance, les tactiques politiques, j’ai presque 60 ans, et je suis toujours triste d’assister de manière permanente à des événements et balbutiements qui ne cadrent pas avec ce que nous souhaitons réellement ».

« Aux présidents qui s’accrochent au pouvoir en pensant qu’après eux c’est le déluge, il faut dire : « On ne vous demande pas de partir, parce qu’on ne vous avait pas demandé de venir. Vous avez accepté d’entrer en politique, il faut en accepter également les règles du jeu ».

 

 

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