Une Maison soufie : quand le Sultan Moulay Ismail a réinstauré l’esclavage pour constituer l’armée nègre

Avec Une Maison Soufie (novembre 2020), ouvrage romanesque, historique et philosophique publié aux éditions Lys Bleu à Paris, l’écrivain marocain Rachid Elhachimi a pu transporter son lecteur de l’époque contemporaine au XVIIème siècle où l’Etat alaouite a fait recours à l’esclavagisme pour renforcer ses armées. Très Percutant et touchant, ce livre sur l’Amour inconditionnelle et l’amitié universelle se déploie par tranches de vies auquel chaque personnage participe à la cadence et au souffle.

Sans conteste, l’architecture originale du roman nous permet, au fil des chapitres, de voyager, les yeux fermés, au cœur du désert sud-est marocain, de sentir le sable sous les pieds et le ciel bleu et immense en haut des têtes, d’entamer l’expérience de la spiritualité de chacun des protagonistes, de vivre leurs sentiments et de voir avec leurs âmes cachées. Par le biais de ce prisme ingénieux, « les sept feuilles historiques » de Blal Bnou Mohammed Soudani, le roman incorporé, nous fait surtout découvrir et explorer les racines de la pratique de Gnaoua, sagesse ésotérique de l’Islam et de l’Afrique parue au XVIIème siècle.

Si L’étranger d’Albert Camus s’ouvre par la mort de la mère : « Aujourd’hui, maman est morte », chose qui conduit Meursault, le personnage principal, à vivre l’expérience de la perte existentielle et de l’absurde total et absolu, Une Maison Soufie est entamée par la mort du père : « Cette nuit, mon père est mort. »

Loin d’être triste et malheureuse à cause de ce malheur qui a frappé toute la famille, la fille Rahila était tellement joyeuse : « savoir que mon père mourut cette nuit-là ne semblait guère m’avoir affectée. En réalité, j’étais aux anges. Mon cœur était plein de joie et de contentement. » En effet, le voyage éternel du père vers l’autre monde lui a permis de trouver la liberté intérieure et la quiétude. C’est au cœur du désert fascinant ou devant les chants de Gnaoua que Rahila aime passer ses jours et ses moments. Mais son oncle Lkbir qui ne croit ni à la liberté ni à la scolarisation des filles va vendre la fille au palais pour qu’elle passe toute sa vie là-bas.

Les sept feuilles historiques de l’ancêtre de Rahila constituent une vraie découverte pour le lecteur. A travers ces feuilles, l’auteur nous fait découvrir le passé esclavagiste  de la traite négrière au Maroc pendant le XVIIème siècle. Ainsi, l’auteur relate les épisodes de la création de l’armée des esclaves d’Al-Bukhârî (Abid Lbokhari) par le sultan Moulay Ismail qui décide de réduire en esclaves tous les Marocains à la peau noire au royaume, y compris ceux qui étaient libres.

La magie du roman Une Maison Soufie réside dans la douceur et le mystère des chants et du désert, mais aussi dans la force des épreuves que les personnages traversent. C’est avec un style sobre et métaphorique que l’auteur nous dévoile la science sublime et subtile de Gnaoua, pratique soufie par excellence. Magnifiquement écrit, ce roman jongle avec les éléments, avec le temps, et révèle une sagesse universelle, inspirante et saisissante qui touche en plein cœur et redonne à la foi tout son sens.

©allibert-trekking.com

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Nada Jakimi est une étudiante marocaine en littérature française, à la faculté des lettres et sciences humaines (l'université Sidi Mohammed Ben Abdella ). Très passionnée par la lecture d'expression française, eIle s'intéresse à la critique littéraire et la culture de son terroir.

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