« Omar Blondin Diop un révolté », Le film

Mercredi a eu lieu la première nationale du documentaire “Omar Blondin Diop un révolté “, de Dieydi Djigo au théâtre national Daniel Sorano de Dakar. Prés d’un demi-siècle que la vie palpitante du normalien surdoué comme la mort tragique du jeune révolutionnaire dans les geôles de Senghor fascine et interroge. C’est dire donc si le film retraçant son parcours était attendu ! Il n’a point déçu !

 

« Omar Blondin Diop un révolté », Le film, Information Afrique Kirinapost

Le théâtre Daniel Sorano a refusé du monde le 6 juillet dernier, venu assister au film sur Blondin

 

D’Omar Blondin Diop, on a tout dit ou presque. Philosophe, révolutionnaire, militant, panafricaniste, anticapitaliste, tous ces aspects de la vie de ce martyr de l’ère Senghor, ont été évoqués ici et là, lors de symposiums, dans des livres, dans des articles et même dans des documentaires  notamment celui du Belge Vincent Meessen « Juste un mouvement ». Cependant, c’est la première fois qu’un documentaire montre aussi clairement l’assassinat du jeune leader du mouvement contestataire. Rien que pour le casting, cela vaut la peine de voir le film. Le papa et la maman d’Omar, ses frères Dialo, Lopi, Amala, ses compagnons Paloma, Alymana Bathily, Antoine Lefèbure, Antoine Gallimard, le Doyen des juges d’instruction à Dakar de l’époque Moustapha Touré ( Qui vient de disparaitre, que Dieu l’accueille), et le garde pénitencier Louis François tavares…on ne pouvait faire mieux ! Voir sa vie faire l’objet d’un documentaire était un souhait, une exigence. Oui, pour l’histoire, pour l’avenir, pour la vérité !

Le film met parfaitement en évidence, Omar Blondin Diop le penseur et Omar Blondin Diop l’homme d’action. En toile de fond, bien évidemment, les luttes pour l’émancipation de l’Afrique. Il faut dire que le Sénégal n’a pas encore 10 ans d’indépendance lorsque, Omar étudiant à l’École Normale, se révèle sur la scène militante et devient une figure marquante des mouvements de mai 68 à Paris. Cela lui vaudra une expulsion de la France et un retour au Sénégal. De ce séjour en terre africaine, il le mettra à profit pour nouer le contact avec les penseurs, les universitaires, les artistes africains jusqu’aux figures des mouvements d’émancipation hors du continent comme par exemple les Black Panthers. Il se radicalise même raconte le film.  À propos des indépendances africaines, Il est convaincu que la France n’a fait que transférer certains pouvoirs aux élites autochtones formées en Hexagone et complètement affidées à Paris. Oui, pour Omar, le Sénégal est toujours sous le joug colonial et il est du devoir des Africains de s’affranchir de la tutelle de Paris. Le discours que Senghor prononce à l’accueil de Pompidou en 1971 est assez édifiant sous ce rapport. 50 ans plus tard, la question est toujours d’actualité. Les Africains qui souhaitent prendre leurs distances avec la France se heurtent aux Africains qui ne voient pas l’avenir du continent sans Paris. C’est la ligne de fracture entre Senghor et Blondin. Mais pas que !

Sans faire de la psychologie à deux balles, Senghor passé par le Lycée Louis le Grand comme Omar, est recalé pour l’entrée de Normale Sup contrairement à son cadet. De là, naît une certaine jalousie du président à l’endroit de Blondin. Il a réussi là où Senghor a échoué. Senghor l’agrégée de grammaire, le modèle de réussite achevée l’exemple à suivre pour les jeunes étudiants, voit arriver un garçon brillant, marginal et qui propose un autre possible à la jeunesse. Le président tente même de le séduire et veut le recevoir au palais. Omar Blondin refusera. Le jeune normalien qui séduit le monde de la culture et des idées à Paris, échappe au président si friand de saveurs hexagonales. Omar Blondin n’est pas de ce moule, il veut libérer l’Afrique… justement de l’Hexagone. Ce futur grand philosophe est en train de montrer aux Africains, qu’une autre voie est possible. La peur, la colère, l’obsession, le remords, la jalousie, ces passions tristes chères à Spinoza ont-elles gâchées la vie d ce président si poète, si démocratique, si transparent et si ouvert aux intérêts français ?

L’historien Florian Bobin évoque bien dans un article cet « exemple démocratique » qu’était le Sénégal de Senghor.

« La mort d’Omar Blondin Diop ne peut cependant être isolée comme un malheureux accident de l’Histoire. Il s’agit, au contraire, d’un épisode tragique se situant dans une longue série de violences menées par l’État du Sénégal. Il est peu courant de mettre l’accent sur les mouvements de résistance au régime de Léopold Sédar Senghor, ou de leur donner du crédit, car le premier président du Sénégal (1960-1980) réussit à ériger le pays en « exemple démocratique ». Les récits officiels des décolonisations africaines ont souvent résumé le processus de libération du colonialisme européen à la naissance d’États nouvellement indépendants. Or, la persistance d’intérêts étrangers, soutenus et alimentés par nombre de classes dirigeantes nationales, fut un spectacle courant dès les années 1960. Suite aux indépendances politiques nominales, les autocraties du continent, soutenues par les anciennes métropoles coloniales, firent le pari de maintenir leur pouvoir en étouffant les perspectives révolutionnaires de mouvements appelant à l’émancipation de l’impérialisme et du capitalisme. »

Le Sénégal poursuit l’historien, n’a certes pas connu les mêmes crises politiques que ses voisins, mais la mythification de « l’humanisme républicain » du « poète-président » Léopold Sédar Senghor a brouillé notre appréciation de son action politique. Sous l’Union progressiste sénégalaise, le parti unique qu’il dirigea, les autorités déployèrent des méthodes brutales de répression : intimidant, arrêtant, emprisonnant et torturant ses dissidents, allant jusqu’à les « suicider ».

Blondin ne s’est pas suicidé. Il a été assassiné par le régime de Senghor. Omar Blondin aimait trop la vie pour se suicider. Le procureur Moustapha Touré, opiniâtre et tenace, bat en brèche cette thèse. Omar chérissait et respectait ses parents plus que tout pour se suicider. Surtout, il avait des ambitions et elles étaient plus grandes que sa cellule de Gorée, plus grande que le Sénégal. Il voulait aider l’Afrique à se libérer. Et cela dit en passant, s’il était encore en vie aujourd’hui, il ferait sans doute prévaloir son ascendance malienne pour devenir le sherpa d’Assimi Goïta le président de la Transition tant son combat entre en droite ligne de ce qu’il se passe dans le Mandé.

Tout au long des 80 minutes que dure le film, le spectateur est saisi par l’actualité des faits racontés qui eurent lieu il y a 50 ans. Lorsque l’avocat de la famille informe que quand l’opiniâtre procureur fut relevé et remplacé par un collègue mollasse, ce dernier mit le coude sur le dossier. À ce moment précis du film, tout le monde dans la salle a eu la même pensée… Dans la même veine, l’ordonnance de non-lieu et d’incompétence prononcé par le juge d’alors afin de clôturer le dossier  bien que des éléments probants ébranlent la thèse officielle du suicide.

Au sortir de la projection, un sentiment de tristesse, de révolte, de dégout mais aussi de fierté anime la plupart des spectateurs. Tristesse de voir un si jeune personnage, promis à un bel avenir tué en plein envol. Révolté de voir après Lumubumba entre autres, comment l’Afrique perd ses exceptionnelles ressources humaines. dégouté de constater l’absence d’Etat de droit dans le continent, mais fier de voir que des gens savent rester debout et digne ! Il est temps que le dossier soit rouvert est définitivement vidé comme l’a souligné Ousmane Blondin Diop au micro de l’APS à la fin de la séance.

 » Ce documentaire, met en lumière différentes pistes possibles pour le pouvoir, comme le disent les avocats, pour demander un réexamen de certains aspects de l’instruction inachevée depuis 1973. Si on veut que la justice sénégalaise soit crédible aux yeux de tout le monde, pas seulement aux yeux des puissants ou ceux qui ont des moyens d’influence, il ne faut pas laisser des dossiers inachevés dans les tiroirs de notre justice », a t-il-dit.
L’ Affaire Omar Blondin, énième injustice a participé à installer le pays dans une sorte d’impasse depuis 50 ans. Au regard de l’actualité brulante, cette impasse reste un des goulots d’étranglement du processus de développement et de stabilité du pays. Il est temps de rectifier cette terrible anomalie. Ousmane Blondin Diop toujours au micro de l’APS y invite vivement les dirigeants et acteurs politiques.
« si on veut vraiment que la vie politique ne soit pas soumise à des impasses, il faut qu’il y ait du droit qui s’applique même à la vie politique, que le traitement soit égalitaire pour tous » a plaidé le frère d’Omar Blondin Diop.

 

 

 

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