Tchad: entre urnes et armes

es résultats des élections présidentielles qui se sont déroulées au Tchad le 11 avril dernier devaient être sans surprises. Tout le monde attend la victoire de Idriss Déby président sortant. La commission électorale a publié les premiers résultats partiels concernant huit communes d’arrondissement de N’Djamena, la capitale. Ces premiers résultats confirment les prévisions. Résultats tout de suite contestés par l’opposition et la société civile. La tension est vive. Cette tension liée au scrutin vient s’ajouter celle liée à  l’offensive des rebelles du Front pour l’Alternance et la Concorde au Tchad (FACT). Elle n’est pas encore terminée même si l’armée assure ce dimanche avoir détruit la colonne vertébrale de la rébellion.

Déby devant dans les urnes

Dans huit communes d’arrondissement sur dix que compte N’Djamena et quatre provinces à savoir : les Mayo Kebbi Est et Ouest ainsi que les provinces du Kanem et du Ouaddaï au Nord, Idriss Déby Itno est arrivé en tête avec une large avance devant les autres candidats.

Il faut dire que le taux de participation annoncé par la Commission Electorale Nationale établi à 75 % à N’Djamena, contrairement au manque d’affluence des électeurs dans les bureaux de vote observée alimente les commentaires. C’est ainsi que des voix s’élèvent pour l’annulation du scrutin.

« Nombre d’inscrits : 167 312. Nombre de votants : 108 865. Bulletins nuls : 1 658. Taux de bulletins nuls : 1,52%. Suffrages exprimés : 107 207. Taux de participation : 65,7%. « , a annoncé le rapporteur de la Commission électorale tchadienne.

La CENI en question

Sosthène Mbernodji, le coordonnateur du Mouvement citoyen pour la préservation des libertés (MCPL) pointe du doigt l’incompétence de la CENI dans cette élection et demande l’annulation du scrutin.

‘’On n’a rien à attendre de cette Commission électorale nationale indépendante qui n’a rien d’indépendant. De toutes les CENI, celle-là elle est la plus médiocre, la plus incompétente. Je crois que les autorités doivent simplement procéder à l’annulation de ce scrutin. Puisque sur le terrain on a constaté que les électeurs ne sont pas sortis. C’est donc le boycott qui a gagné. Quels que soient les résultats qui sortiront de ce vote, il y aura un problème de légitimité qui va se poser. Et c’est bien dommage pour le président qui sortira de ce scrutin’’ a réagi ce membre de la société civile.

Le Tchad est en proie à des tensions. L’offensive des rebelles du Front pour l’Alternance et la Concorde au Tchad (FACT) n’est pas encore terminée. Même si l’armée assure avoir détruit la colonne vertèbrale des insurgés et ce scrutin vient s’ajouter aux incertitudes. En tout cas, l’ambassade américaine à N’Djamena a selon l’AFP ordonné à son personnel non-essentiel de quitter le Tchad, évoquant « la possibilité de violence dans la ville ». Le Royaume-Uni a également recommandé à ses ressortissants de quitter le pays « dès que possible ».

En 2006 la France est déjà intervenue pour repousser des rebelles

Une semaine après le début de l’offensive des rebelles du FACT dans le Nord ces derniers assurent contrôler un périmètre qui comprend la localité de Gouri, point névralgique à 200 km de Faya-Largeau. L’aviation tchadienne continue de bombarder les positions rebelles. Et les renforts seraient déjà arrivés pour mener une contre-offensive, selon des sources militaires. Désormais, tout le monde à les yeux rivés sur la France parce que Paris est déjà intervenu à plusieurs reprises contre des rebelles qui menaçaient le pouvoir de Idriss Déby. Kelma Manatouma, chercheur tchadien en sciences politiques à l’université de Nanterre le rappelle parfaitement.

 «En 2006 la France est intervenue militairement pour contrer une tentative de coup d’Etat et en 2019, des mirages français ont bombardé des rebelles dans le nord du pays».

Pour le moment, Idriss Déby est sûr de remporter la présidentielle. L’artisan de la « paix et la sécurité » dont il se réclame dans son pays mais aussi dans la région notamment en Libye, au Mali ou au Soudan, dirige le Tchad d’une main de fer. Déby est arrivé au pouvoir le 2 décembre 1990, lorsqu’avec l’appui de la France, il destitue le président Hissène Habré.

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