Le Sénégal en chute libre : de Eva Marie Colle Seck à Adji Sarr

Cette sordide affaire Sonko-Adji Sarr a mobilisé durant ce mois de Février tout le pays. Pendant ce temps beaucoup de choses, d’une très grande portée symbolique et historique se sont passées au Sénégal, en Afrique et dans le monde.

Ce 7 Février, marquait le trente cinquième anniversaire de la disparition du Professeur Cheikh Anta Diop. Dans un pays normal, quarante ans après le symposium sur l’ensemble de son oeuvre,  cette date devait faire l’actualité. Elle devait nous servir de formidable prétexte pour réfléchir sur la place du Sénégal, et de l’Afrique dans le monde.

Ce même 7 Février le Tchadien Moussa Faki sans concurrent, se voyait être réélu à la tête de la Commission africaine. Quatre ans auparavant il était en lice avec le candidat du Sénégal l’imminent Professeur Abdoulaye Bathly, qui, depuis son adolescence a été de toutes les nobles luttes au Sénégal. Il perdit face au candidat du dictateur Idriss Dèby à cause du manque de leadership de son pays. Voilà où nous en sommes sur le plan international, sous le règne de Macky Sall. Aucun leadership !

Le 15 Février la nigériane Ngozi Okonjo-Iweala est élue Directrice Générale de L’OMC. Une élection saluée dans et par le monde entier parce que femme et africaine. Notre compatriote Awa Marie Colle Seck devait occuper vingt ans auparavant le poste de Directrice Générale de l’OMS, si  elle n’avait pas préféré répondre à l’appel de son pays, pour être Ministre de la Santé en 2000.

Aujourd’hui recroquevillés sur nous même la seule « candidate » du pouvoir en place est une certaine Adji Sarr. Pauvres de nous.  Le leadership de Macky Sall se résume à Adji Sarr.

Actuellement la situation politique et sociale est très tendue. J’ai vu (à travers les médias) des manifestants et des policiers blessés par des pierres et des grenades lacrymogènes. J’ai vu des machettes sorties des chambres des étudiants à l’université. J’ai vu un Monsieur (député de surcroit) exhorter une catégorie de la population à garantir un troisième mandat au Président avec leurs machettes. J’ai vu des chars et autres véhicules d’assaut quadrillaient des zones, j’ai vu des policiers habillés comme des goujats défenestrer des citoyens pour les arrêter avec délectation comme s’ils étaient membres d’une milice. J’ai vu la police épier un opposant avec une méthode digne de la stasi. J’ai vu un activiste qui appelle  à la résistance dans une conférence de presse dire haut et fort : « vous les policiers sachez raison gardée, car nous savons ou vous habitez, et ou habitent vos pères, vos mères, vos épouses et vos enfants ».

Pendant que le pouvoir cherche à installer la terreur par la violence d’un côté voilà que de l’autre, un de ses Ministres l’ancien journaliste d’investigation et sonneur d’alerte (devenu dame de compagnie du couple présidentiel – le propos n’est de moi) Monsieur Abdou Latif Coulibaly décide de se charger de museler par voie écrite toute voix dissonante. Lui l’ancien Ministre de la Culture qui devrait croiser le fer même contre ceux de son propre camps pour assurer aux artistes et intellectuels la libre expression, se met s’attaquer à un symbole universel à travers la personne du cinéaste et peintre Moussa Sène Absa dont le seul ‘’tort’’ a été d’écrire une lettre ouverte au Président pour lui parler de la gravité de l’heure. Dans sa lettre-réponse à MSA, Latif donne l’impression finalement que tout ce qu’il veut dire, est : « tous les régimes précédents ont eu droit à l’usage de la violence, pourquoi pas nous, maintenant c’est notre tour ».

Les  moments que traverse le pays nécessitent de la part de chacun, surtout de la part de son Président un leadership affirmé, un management  basé sur une démarche inclusive. Il s’agit d’avoir un souci d’apaiser les tensions au dessus de toutes autres préoccupations. Il s’agit aussi d’avoir une réelle volonté de faire régner la stabilité et la paix sociale. Celle ci reposant évidemment sur une indéfectible impartialité et un très haut sens de la responsabilité et de la justice. Je doute fort bien (bien que je le souhaite ardemment) que Macky Sall soit capable d’avoir de telles attitudes, lui qui gère le pays comme un arbitre de tennis, haut perché sur sa chaise, sans contact ni avec le terrain ni avec les joueurs.

À chaque fois que le pays et la nation vivent des moments cruciaux, c’est par le biais des médias occidentaux, (français en particulier) que Macky Sall informe les sénégalais. On l’ a rapproché à Diouf et Wade, mais sous Sall c’est d’une constance exagérée.

  Sur les ondes de RFI avec une fausse assurance qui en réalité ne cache que sa peur, avec  une pseudo-conviction qui ne fait que trahir sa frilosité, il dit sur l’affaire Sonko,  «… C’est une affaire regrettable. Je ne sais pas ce qu’il en est dans le fond, je ne peux pas souhaiter à mon pire adversaire une telle situation ».

Depuis 2012, ses communicants ont tellement bien étudié et compris l’homme qu’ils lui ont conseillé de ne pas s’épancher lorsqu’il est en mode improvisée. Chaque fois qu’il a parlé sans lire un discours écrit par ses experts en communication,  une bourde est sortie: « je vais réduire l’opposition à sa plus simple expression – je suis un lion qui dort – la France nous respecte beaucoup car pendant la colonisation nous étions les seuls qui avaient droit à des desserts –  Je respecte les investisseurs étrangers car ils amènent leur argent dans nos pays pauvres qui n’ont rien. On doit tout vous offrir parce que vous prenez des risques- Nous venons de nous vacciner… j’espère que les autres vont suivre, sinon je vais donner les vaccins aux pays africains qui en ont besoin».

Les propos tenus dans l’interview accordée par la première Dame à une journaliste de la RTS renseigne à profusion sur le degré d’étourdissement du couple qui dirige le Sénégal. « Faites vite, avant que Macky ne vienne, s’il arrive, il voudra savoir ce que je dis, il va me perturber…. ».

L’heure est gravissime. En de pareilles circonstances, il faut, entre autre, que des voix se lèvent. Je voudrais en cette occasion, très solennellement faire des interpellations sélectives, à certaines personnalités de ce pays.

Président Abdou Diouf, le Sénégal vous a tout donné. Vous l’avez dirigé pendant 19 ans. Venez à son secours. Lorsque la France de Jacques Chirac a eu besoin de vous, vous êtes sorti de votre retraite pour lui régler son problème qui consistait à avoir un homme de confiance à la tête de l’OIF. Aujourd’hui plus que jamais c’est le Sénégal qui se retourne vers vous, et vous dit parlez Monsieur le Président. Parlez avant qu’il ne soit trop tard. Sortez de votre retraite !

Monsieur Youssou Ndour (mais aussi Tourè Kunda, Baaba Maal, Omar Pène, Iso Lo etc) quand, avec rien, vous hissiez haut les couleurs du Sénégal, Macky Sall qui veut aujourd’hui y installer le Chaos était à l’époque un quidam qui échappait de temps en temps à ses dures conditions de vie grâce à vos oeuvres. Votre responsabilité est engagée. Chaque fois que vous aviez besoin des sénégalais ils ont répondu présent. Cette fois c’est le Sénégal qui a besoin que vous fassiez quelques chose pour dissiper la tension. Certains diront je suis naïf d’interpeller ces éternels affidés…

Pendant que de jeunes africains sans espoir dans leurs pays, sur la route de l’Europe étaient vendus comme de viles marchandises en Lybie, seul Alpha Blondy avait haussé la voix. Quand IBK se contentait être l’heureux valet de Macron, Salif Keita avait tonné, pour lui dire : « grand frère trop c’est trop » . Alpha et Salif (seeni nawle la nu )– sont vos alter-égos.

Omar Pène (may nu lu siggee ci yeneeni rééw) donne nous des motifs d’avoir la tête haute partout dans le monde (pour vous paraphraser).

Youssou Ndour, vous plus que tous les autres, vous devez faire entendre votre voix, parce que partout dans le monde à côté de votre grand talent de musicien vous avez fini de vendre une image d’un homme engagé pour les causes de son peuple. Mettez en avant l’intérêt commun et parlez à votre mentor en politique. Dites lui que : « (jaay doole baaxul, ndax kenn xamul fooy mujje), ce n’est pas bon de vouloir régler les situations par la force, car nul ne sait de quoi demain sera fait. »

Elhadj Momar Samb (alias Mon Fama et quand je dis Mor Fama c’est pour interpeller tous les hommes et femmes de l’ancienne gauche qui n’ont pas vendu leur âme au diable comme Ibrahima sene), ceux qui comme vous ont fait la prison, subi des tortures, enregistré des pertes pour que la liberté d’expression et l’Etat de droit soient une réalité au Sénégal. Vous ne pouvez pas renier votre héritage sans réagir. Et Dieu sait qu’à bien des égards le régime de Macky Sall a dépassé en manquements tout ce que vous aviez combattu.

l’Histoire vous regarde et son jugement et sa condamnation seront implacables.

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