Croissance mondiale : L’Afrique à la traine cette année (CNUCED)

L’économie africaine est en train de se redresser des effets ravageurs de la pandémie Covid-19. Toutefois, elle continuera à subir lourdement les séquelles de cette crise. C’est ce qui ressort du rapport sur le commerce et le développement 2021 publié, hier, par la Conférence des Nations Unies pour le Commerce Et le Développement (CNUCED) qui table sur une croissance économique de 3,2% en 2021 et de 2,9% en 2022 en Afrique. À l’échelle mondiale, le PIB augmenterait de 5,3% cette année, soit le rythme le plus rapide depuis près de 50 ans.

L’économie africaine se remet relativement des effets dévastateurs de la pandémie Covid-19. Elle enregistrerait un niveau de croissance honorable cette année. Toutefois, elle continuera à endurer d’une manière évidente les conséquences de cette crise. C’est ce qui ressort du rapport sur le commerce et le développement 2021 publié, hier, par la CNUCED.

Cette crise a, certes, touché tous les pays de la planète, mais son impact a été plus ressenti en Afrique.

« Dans le monde entier, mais en particulier dans les régions en développement, les dégâts de la crise de la Covid-19 ont été plus importants que ceux de la crise financière mondiale (Ndlr en 2008-2009), notamment en Afrique et en Asie du Sud », note la CNUCED dans son « Trade and Development Report 2021. »
Ainsi, relève l’organisation onusienne, la plupart des économies africaines sont entrées dans une phase de reprise cyclique en 2021 après que la pandémie a entraîné une récession sans précédent (-3,4%), qui « a anéanti des années de gains de développement. »

Dans son ensemble, le continent devrait enregistrer une croissance économique de 3,2% en 2021, avant de ralentir à 2,9% en 2022. Toutefois, nuance le rapport, « le niveau d’activité sous-jacent reste déprimé et les cicatrices perdureront». Ce qui est «particulièrement regrettable », selon la CNUCED, car, relève-t-elle, plusieurs grandes économies d’Afrique subsaharienne, comme l’Angola, le Nigeria et l’Afrique du Sud, étaient déjà bloquées sur des trajectoires de faible croissance depuis le milieu de la dernière décennie. Par conséquent, les estimations actuelles prédisent que le PIB régional par habitant ne reviendra pas, même dans le meilleur des cas, à son niveau d’avant-pandémie avant 2024. Il en est ainsi, en particulier, pour l’Afrique du Sud dont l’économie a connu une contraction de 7% en 2020 et qui devrait enregistrer une croissance modérée de 4% en 2021 et de 2,3% en 2022. La CNUCED déplore surtout qu’un tel développement rende les ODD (Objectifs de développement durable) encore plus insaisissables, alors que des dizaines de millions de citoyens africains sont déjà retombés dans l’extrême pauvreté (Banque mondiale).

L’amélioration des conditions extérieures déterminante
Le rapport note que la reprise économique en Afrique a, dans de nombreux cas, reposé sur l’amélioration des conditions extérieures, en particulier dans les économies développées et en Chine, qui ont soutenu les exportations africaines. En parallèle, relève-t-il, les taux de change ont continué de rebondir, par exemple au Botswana, au Maroc et en Afrique du Sud, après avoir été durement touchés en mars-avril 2020. À la mi-2021, les taux de change de ces trois économies ont atteint des niveaux proches de leurs niveaux post-pandémiques, sinon plus élevés. En revanche, ajoute le document, les taux de change ont suivi un trend baissier dans plusieurs autres pays, notamment au Nigeria où la rareté aiguë des devises fortes a contraint à de multiples dévaluations depuis le début de la crise Covid-19.

« Trade and Development Report 2021 » relève également que dans des situations d’activité économique atone et de pressions inflationnistes généralement faibles en Afrique, les politiques monétaires ont souvent été accommodantes, malgré la flambée des prix alimentaires qui a créé des tensions, notamment en Afrique centrale et de l’Ouest. Toutefois, plusieurs pays ont enregistré une inflation à deux chiffres (voire à trois chiffres dans le cas du Soudan).

Sur le plan budgétaire, la « poignée de pays » qui avaient initialement pu mettre en place des mesures de soutien (limité) en réponse au choc du Covid-19 ont subi une pression grandissante qui les a poussés à les réduire, voire les retirer totalement. De plus, le fait que de nombreux gouvernements « ont perdu le contrôle de la trajectoire de la dette publique » en raison du creusement des déficits budgétaires (atteignant parfois des évolutions à deux chiffres) et de la croissance de la dette publique (souvent d’au moins 15 points de pourcentage du PIB) a considérablement contraint la demande publique.

Pas de reprise sérieuse sans vaccination
Pendant ce temps, l’aide financière extérieure est tombée nettement en deçà de ce qui était jugé nécessaire pour faire face aux besoins sociaux, sanitaires et économiques. L’augmentation progressive de la production pétrolière des pays africains de l’OPEP+ soutiendra également les recettes d’exportation. Pourtant, ces éléments positifs ne parviendront pas à sortir de nombreuses économies africaines de leur environnement de faible croissance.

Le comble est que la faible reprise a récemment été compromise par la 3e vague de Covid-19, à partir de juin 2021, compte tenu du retard dans le déploiement du vaccin, déplore la CNUCED qui craint la parution de nouveaux variants à propagation rapide. Pour elle, « il ne fait aucun doute qu’aucune amélioration sérieuse ne sera apportée tant que les campagnes de vaccination n’auront pas atteint le seuil d’immunité collective. »

La CNUCED prévient, par ailleurs, que la situation restera dramatique dans la plupart des économies africaines dépendantes du tourisme, qui ont déjà connu les chocs les plus importants.Par ailleurs, elle déplore le manque de prise de conscience par les pays avancés de cette situation qui concerne aussi de nombreux pays en développement. Au niveau mondial, l’organisation onusienne table sur une croissance économique de 5,3% en 2021, la plus rapide depuis près de 50 ans.

Photo UNE: Siège de la CNUCED à Genève ©news.un.org
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