Le ministre des Finances, Scott Bessent, a promis d’exercer une pression « sans précédent » sur Téhéran. Pourquoi cela n’a-t-il pas encore porté ses fruits ? Source : Les Crises, Responsible Statecraft, Djavad Salehi-Isfahani
Il est plus compliqué de déterminer l’évolution du PIB et en particulier du PIB par habitant, qui constitue un bon indicateur du niveau de vie moyen. On peut facilement commettre de graves erreurs lorsqu’on compare l’évolution du PIB iranien au fil du temps, notamment lorsqu’on convertit la production exprimée de rials en dollars. Selon le taux de change utilisé, les estimations obtenues peuvent varier considérablement.
Par exemple, évaluer la production iranienne au taux de change du marché libre, qui fluctue, donne une valeur en dollars bien plus faible et plus variable pour l’économie iranienne. Il ne faut pas confondre la dépréciation monétaire avec un effondrement équivalent du volume des biens et services que les Iraniens produisent et consomment réellement.
Pour comparer la production réelle au fil du temps, les mesures fondées sur la parité de pouvoir d’achat (PPA) constituent une référence plus pertinente. La conversion en PPA permet d’éviter les distorsions causées par les fluctuations du taux de change du marché et de comparer la production à prix constants. Selon la mesure de la PPA à prix constants de la Banque mondiale, le PIB par habitant, un indicateur couramment utilisé pour évaluer le niveau de vie, s’est redressé après l’imposition de sanctions plus sévères. En 2025, il était supérieur de 9,6 % à celui de 2018, année où Donald Trump a lancé sa campagne de « pression maximale », et de 5,5 % à celui de 2011, année où les sanctions ont été renforcées pour la première fois sous la présidence de Barack Obama et ont de plus en plus restreint le commerce international de l’Iran.
Ces taux de croissance sont loin d’être impressionnants. Si l’économie iranienne avait continué à croître de 5 % par an après 2011, son PIB par habitant aurait été plus de deux fois supérieur à ce qu’il était en 2011. Pour autant, ces chiffres ne décrivent pas une économie au bord de l’effondrement. Cette distinction est importante, car la stratégie politique de « pression maximale » repose en grande partie sur l’hypothèse qu’un nouveau resserrement de l’étau économique pourrait pousser une économie déjà épuisée (et donc le système politique) à basculer.
Dans quelle mesure la guerre a-t-elle aggravé ce tableau déjà sombre ? Les derniers chiffres du PIB couvrant la période de la guerre datent du printemps 2026. Ils révèlent une contraction étonnamment faible : la production n’était inférieure que de 0,21 % à son niveau du printemps de l’année précédente. Cette baisse limitée s’explique en partie par une croissance de 6,5 % dans le secteur des services publics, un secteur fortement subventionné et en grande partie géré par l’État. L’industrie manufacturière a progressé de 1,46 %, arrivant loin derrière.
Ces deux secteurs sont toutefois devenus de plus en plus vulnérables à mesure que la guerre se prolongeait. L’industrie manufacturière a souffert des perturbations dans l’approvisionnement dues aux bombardements massifs des installations sidérurgiques et pétrochimiques, tandis que les services publics eux-mêmes sont devenus la cible d’attaques américaines. Les chiffres du printemps nous renseignent donc davantage sur la résilience initiale de l’économie que sur la façon dont celle-ci résistera à une guerre et à un blocus prolongés.
Pour ce qui est d’une mesure plus directe du bien-être des ménages, l’enquête sur les revenus et les dépenses, réalisée chaque année, constitue un indicateur plus fiable. Malheureusement, les résultats de l’enquête sur les ménages portant sur la période de la guerre n’ont pas encore été publiés ; ils sont attendus le mois prochain.
Des enquêtes antérieures révèlent toutefois un élément important que le discours sur l’effondrement économique imminent passe sous silence. Au cours des trois années qui ont précédé la guerre de juin, de 2021/22 à 2024/25, les dépenses moyennes réelles par habitant ont augmenté et les taux de pauvreté ont baissé. Lire la Suite ICI








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