Barbarie… (Morin & Ramadan)

En 2017, Edgard Morin et Tariq Ramadan echangent sur les grandes questions et defis de l’humanite. Les deux penseurs invintent l’humain à accepter la complexite des mouvements du monde. Morin et Ramadan abordent leurs divergences et desaccords dans un but de construire une reflexion capable de repondre aux problèmes essentiels de notre humanité et de résister au pire. Economie, art, anthropologie, sciences, philosophie, modernite, aucun domaine n’est laisse de cote. Extraits sur la barbarie…

 

Edgar Moran : Il y a deux types de barbarie que j’ai définis, nous connaissons très bien le premier type : la barbarie de guerre, de meurtre, de mépris… qui ne viennent pas de l’intérieur mais de l’extérieur, avec des conflits qui se multiplient et qui viennent de Il est probable qu’elle devienne largement répandue. Le deuxième type de barbarie vient de notre civilisation occidentale. Qu ‘ est-ce que ça veut dire ? Il se manifeste dans ce que vous appelez l’accélération ou la priorité de l’économie, qui peut aussi être vu sous l’angle du calcul et du profit qui épuisent la civilisation, mais faites attention ! De quelle civilisation parlons-nous ?

Nous devons dire que notre civilisation repose sur trois principes : liberté, égalité et fraternité. Il y a eu une liberté surtout après la Deuxième Guerre mondiale, et plus encore, il y a eu un pluralisme au niveau de la presse et de l’opinion publique, comme il y avait de nombreuses inégalités, mais aujourd’hui nous assistons à une hausse spectaculaire de ces phénomènes. Concernant la fraternité, nous en avons parlé lorsque nous avons abordé le sujet de la fin de la solidarité sous toutes ses formes.

Les valeurs fondamentales de la République et les valeurs de notre société occidentale, s’il est vrai, sont victimes de cette barbarie. Je sais très bien que les autres civilisations ont leur propre barbarie qui se manifeste dans leur autorité inconditionnelle, non seulement leur autorité théologique, mais aussi l’autorité du père tyrannique, alors que nous trouvons que même le monde occidental n’a pas été totalement libéré Parmi ces choses, mais le minimum de démocratie a eu le mérite de réduire ces manifestations autoritaires. Il s’agissait d’une civilisation dans laquelle les jeunes pouvaient se marier librement et choisir leur profession.

Nous trouvons aussi la barbarie du pouvoir dans les civilisations traditionnelles avec des manifestations plus positives chez les peuples et la solidarité sous toutes ses formes. Cette barbarie qui se manifeste dans le pouvoir, le mépris et le mépris continue à résister pour survivre. Je mentionne ici une certaine contradiction ; l’Islam exhorte à s’intéresser beaucoup aux pauvres, mais les comportements pratiques et réalistes dans certaines villes comme Marrakech montrent que les riches bourgeois méprisent complètement les pauvres.

En d’autres termes, malgré les avantages des civilisations traditionnelles, elles conservent toujours leur propre barbarie. Dans le contexte d’une civilisation que nous pensions fondée sur la liberté, l’égalité et la fraternité, nous avons perdu progressivement de nombreux avantages présents dans cette recette ; je dis que cette barbarie est le calcul économique et le profit, spécifiquement ou tangiblement, ce qui vise à répandre tous les comportements humains La détérioration de la pensée politique qui devient simplement conforme aux lois idéologiques économiques qu’elle prétend être une science et se concentre sur la croissance économique, la compétitivité et le produit intérieur brut.

Tous les problèmes de l’humanité réduisent ces choses que nous avons mentionnées, au point de transformer l’homme en outil Dans notre civilisation, il y avait une certaine forme d’ouverture à l’autre. Par exemple, il y a des années, je suis venu ici, il y a des années, la tragédie de certains immigrés sans papiers détenus dans une église parisienne. Cet événement a suscité un mouvement de solidarité fort. Aujourd’hui avec l’afflux de migrants arrivant du Moyen-Orient, d’Afrique et d’autres pays, nous remarquons une baisse spectaculaire dans cette solidarité…

Tariq Ramadan : […] La façon dont nous avons adopté pour faire le diagnostic est très importante. À quel niveau recule-t-on ? C ‘ est quoi la barbarie ? Où reposent nos contradictions et nos déviations ? Nous devons savoir comment rester clair au moment où nous essayons d’entourer le caractère complexe de ces problèmes. Nous avons parlé des caractéristiques de la régression, ainsi que de la priorité accordée par l’économie, l’emprunt, les défauts de l’éducation, les politiques de la peur, les tentatives d’adopter la mentalité de la victime, les processus qui expérimentent l’humanité, etc.

Il me semble que ces choses sont correctes, et de nombreux faits objectifs confirment ces analyses. Cependant, je pense qu’il est essentiel de ne pas analyser les capacités humaines modernes à la lumière de ces résumés. Il y a de l’énergie chez les peuples, et il y a un énorme potentiel d’éveil, de résistance, de générosité et de bonté qu’il ne faut pas ignorer, et il faut œuvrer à la récupération de ces valeurs, ce qui nécessite une prise de conscience au sens des priorités et de la créativité civile et politique L ‘ un des deux. Il faut redécouvrir le discours citoyen et politique et travailler à sa réconciliation avec le voyage de recherche du sens. Cela commence par le respect des peuples tels qu’ils sont et le respect de leurs capacités.

« L’urgence et l’essentiel »-2017 (Don Quichotte)
Edgar Morin, Tariq Ramadan

 

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