Karl Marx se moquait des utopistes qui rédigeaient des recettes pour les cuisines du futur. Mais dans le meilleur des cas, ces utopistes soulignent l’espoir malgré l’absence de garanties — une approche qui trace une voie médiane entre l’optimisme aveugle et l’inertie résignée du « réalisme ».Source : Jacobin, Matt McManus, Les Crises

Portrait de Thomas More réalisé par Hans Holbein le Jeune en 1527 (© provenant de la Collection Frick)
Les biens sont largement partagés et où il y a peu de gens pauvres. De plus, les peines infligées pour des crimes tels que le vol y sont bien plus clémentes qu’en Angleterre, ce qui témoigne encore davantage de leurs engagements humanistes. Avec un « humour caustique », Hythloday observe que les réalistes comme cet avocat piègent les pauvres dans une situation impossible, « en les transformant d’abord en voleurs, puis en les punissant pour cela ». Au lieu d’entreprendre des réformes pour instaurer davantage de paix et de justice – ce que l’avocat prétend vouloir et en quoi il dit croire –, il s’obstine à miser davantage encore sur ce « rêve chimérique » par lequel « l’Angleterre pourrait, grâce à l’incarcération et l’exécution, se débarrasser des problèmes liés à la pauvreté ». (Hélas, cette ruse fonctionne toujours à merveille.)
En ce sens, l’utopisme n’est pas un rêve de mondes qui ne pourraient jamais exister, mais un miroir accablant qui reflète à quel point nous sommes loin de respecter les principes auxquels nous prétendons croire. De plus, en s’abstenant de s’engager en faveur de la justice au nom du « réalisme », les élites au pouvoir sont responsables de la corruption même qu’elles présentent comme le principal obstacle à toute amélioration.
More souhaitait montrer comment cet attachement idéologique à l’ordre établi, avec toutes ses failles, constituait l’un des principaux freins au progrès. « L’Utopie de More confronte peu à peu ses contemporains européens à la question du “et si” et à son pouvoir de démystification », comme le soulignent Albertson et Blakely. « Les conceptions courantes de son époque concernant l’incarcération, la propriété privée, l’éducation et les soins médicaux sont tour à tour dénoncées comme inapplicables, insoutenables et, en réalité, irréalistes à la lumière des acquis de l’Utopie. »
Et pourtant, en l’espace de quelques siècles à peine, tout cela a changé : « Combien de principes qui allaient de soi dans le Londres de More ont perduré jusqu’à notre siècle, qu’il s’agisse de la peine capitale pour vol ou du droit divin des rois ? La réponse est claire : ils ont disparu. » Lire La Suite ICI








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