Tout en faisant appel à l’immigration, l’Europe vieillissante déploie une rhétorique anti-immigration !
Les chiffres sont têtus : avec 1,34 enfant par femme en 2024, son plus bas niveau depuis le début des statistiques comparables en 1961, l’Union européenne se situe très loin du seuil de renouvellement des générations (environ 2,1). Même des politiques natalistes très volontaristes n’inversent pas la tendance : 1,41 en Hongrie, 1,14 en Pologne. Le vieillissement européen est structurel.
Parallèlement, des pans entiers de l’économie reposent fortement sur les travailleurs immigrés. En Île-de-France, ils représentent environ 61 % des ouvriers du gros œuvre et 46 % des agents d’entretien. En France, 11 % des médecins en activité en 2025 ont obtenu leur diplôme à l’étranger, contre 7 % en 2012, sans compter ceux des étrangers qui ont des diplômes européens. Au Royaume-Uni, le NHS (service public de santé britannique) dépend largement des professionnels de santé formés à l’étranger, notamment africains — au point que Londres encadre désormais le recrutement dans certains pays (Ghana, Nigeria, Kenya) afin de limiter le brain drain sanitaire.
Voilà le paradoxe : tandis que l’immigration devient un repoussoir politique, les économies vieillissantes continuent d’avoir besoin de travailleurs étrangers.
Autre paradoxe, identitaire : on brandit une “Europe chrétienne”, oubliant que sa christianisation fut très progressive à partir de l’Antiquité tardive et que certaines régions de Scandinavie et de la Baltique restèrent non-chrétiennes jusqu’au Moyen Âge, la Lituanie ne se christianisant officiellement qu’en 1387.
Ceux qui par ailleurs invoquent promptement cette “Europe chrétienne” quelque peu fantasmée passent sous silence le fait que sa sécularisation est massive. En France, il est avancé que 76 % de la population a été baptisée catholique, mais, parmi ces baptisés, seuls 4 % déclarent encore assister à la messe tous les dimanches en 2025. Dans plusieurs sociétés très sécularisées d’Europe, la fréquentation hebdomadaire des offices se situe à des niveaux voisins de 5 %. Parallèlement, des communautés africaines et issues de l’immigration contribuent au renouvellement de nombreuses paroisses et Églises européennes. L’Afrique subsaharienne comptait environ 697 millions de chrétiens en 2020, contre 532 millions en 2010.
Toutes choses égales, il est vraisemblable que l’immigration ne supprimera probablement pas le vieillissement en Europe. Mais l’OCDE montre qu’elle peut le ralentir, augmenter la population d’âge actif, répondre aux pénuries de main-d’œuvre et contribuer au financement des systèmes sociaux, particulièrement lorsque l’emploi des immigrés est élevé. La contradiction est donc saisissante : une partie de l’Europe politique construit l’immigration comme menace pendant que l’Europe démographique et économique en organise la nécessité.








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