Ndiaw Macodou : « je fais parler les percussions à travers ma batterie »

Son jeu est tonique et épuré. Il faut dire qu’un sens aigu du tempo, lui permet de placer ses frappes de manière à donner du relief au rythme et à les varier en douceur. C’est ainsi qu’il peut passer d’un ghost note à une frappe puissante sans perdre le fil. Ces mots définissent parfaitement le jeu de Ndiaw Macodou et expliquent pourquoi le Thiessois, est devenu en un temps record, un des batteurs les plus courus de la scène afro parisienne. Aujourdhui, il enchaîne les collaborations à un rythme à donner le vertige. Mory Kanté, Jain, Oumar Pene, Touré Kunda, Oumou Sangaré, le pianiste Cheik Tidiane Sek, le bassiste Alune Wade, le guitariste Hervé Samb ou encore le prodige du piano Yéyé Faye.

Habitué des festivals jazz, il a partagé la scène avec Marcus Miller au Mix Jazz à Vienne dans le cadre du projet University of Gnawa. Ce même projet qui le fera participer au October Festival avec l’orchestre philharmonique MDR de Leipzig. Parmi ses performances inoubliables, il y a Solidays à Paris, ainsi que sa prestation dans l’émission «Pont des arts» aux côtés de Cheik Tidiane Sek, Meshell Ndegeocello ou encore Ibrahim Maalouf sur France Inter.

Ndiaw Macodou ne s’arrête jamais . En mai dernier,  il accompagnait le bassiste Samba Laobé Ndiaye au festival jazz de Saint-Louis avant de reprendre la route pour une tournée avec Cheikh Ndigël Lô …et en décembre, il sera à Dakar avec le Xalam ! Rien que ça !

Même s’il n’arrête pas de tourner, Ndiaw a trouvé le temps de préparer un album en solo. En prélude à ce projet trés attendu, il a sorti un premier single le 5 septembre dernier, dénommé « Saargal » ! Occasion rêvée pour échanger avec lui autour de son actualité… entretien ! 

Ndiaw Macodou : « je fais parler les percussions à travers ma batterie », Information Afrique Kirinapost

Ndiaw Macodou : « Quand je joue, je pense au langage, à la danse et non pas juste tenir le tempo.»

Kirinapost : Tu es venu à la batterie en étant fasciné par les percussions. Manu Katché, Mokhtar Samba, Paco Sery tous ces trois batteurs de légendes se définissent d’abord comme percussionnistes. Cette présentation te va aussi ?

Ndiaw Macodou : Absolument ! Cette présentation me convient à 100%, la batterie n’est pour moi qu’un ensemble de percussions regroupées pour être jouées par une seule personne. En tant qu’africain et sénégalais, je m’inspire de ces rythmes sabar, bougarabou et autres. Je pense au langage, à la danse et non pas juste tenir le tempo.

Manu, Mokhtar, Paco ont cette approche mélodique et organique de l’instrument. Je ne joue pas seulement de la batterie. Je fais parler les percussions à travers ma batterie.

Kirinapost : À quel moment, de ton apprentissage, tu t’es dit: Ça y est je suis un batteur maintenant. Je suis prêt ? 

Ndiaw Macodou : Honnêtement, on ne se dit jamais : ça y est, « je suis prêt« . Le doute fait partie de la vie quotidienne d’un artiste, mais mon premier déclic professionnel a eu lieu quand Feu Habib Faye (paix à son âme) m’a appelé pour jouer sur son premier album solo.Ce jour-là, j’ai compris que ma place était là, que je ne jouais plus seulement de la musique, mais que j’étais musicien.

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Ndiaw Macodou : « Sans le jazz, mon jeu n’aurait pas la même ouverture d’esprit.»

Kirinapost: Quelle place a eu le jazz dans ta formation ? 

Ndiaw Macodou : Le jazz a été ma plus grande école. Pour la iberté et l’écoute. C’est avec le jazz que j’ai vraiment appris l’art de l’improvisation, la nuance et la conversation musicale. Sans le jazz, mon jeu n’aurait pas la même ouverture d’esprit.

Kirinapost : Tu sors ton premier album. Pourquoi avoir senti le besoin de démarrer une carrière solo ?

Kirinapost : C’était une nécessité vitale de mettre en lumière ma propre voie. Accompagner les autres est un métier magnifique qui demande de se mettre exclusivement au service de la vision d’un autre. Mais au fil des années, des mélodies, des rythmes et des histoires s’accumulaient en moi que je tenais à partager. Ce premier album est en quelque sorte mon carnet de voyage.

Kirinapost: C’est un album Jazz, mbalakh, Afro ?

Ndiaw Macodou : C’est un album de fusion, un carrefour culturel. On y trouve la complexité rythmique du mbalakh, la liberté d’improvisation du jazz, c’est une musique sans frontière à l’image de mon parcours.

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Ndiaw Macodou un premier single en hommage à Cheikh Ahmadou Bamba

Kirinapost : Tu accompagnes beaucoup de chanteurs et de musiciens en tournées. C’est facile de surfer de l’univers d’un artiste à un autre ?

Ndiaw Macodou : Ce n’est pas toujours facile de passer d’un univers pop à de la musique traditionnelle ou au jazz par exemple. Cela demande une grande capacité d’adaptation. Il faut savoir s’effacer pour mettre en avant l’artiste pour lequel on travaille. Il faut comprendre l’égo et la sensibilité de chaque leader et capter l’énergie de son public. C’est un vrai challenge. J’adore ! C’est ce qui m’évite une certaine routine.

Kirinapost: Parmi tes nombreuses collaborations, il y a le Xalam.Tu es le batteur attitré du groupe légendaire. Qu’est-ce que ça représente de prendre la suite d’une icône comme Prosper ?

Ndiaw Macodou : C’est un immense honneur, mais aussi une grande responsabilité. Prosper Niang est un monument, un pionnier qui a révolutionné la batterie africaine et l’identité du xalam. Prendre sa suite, ce n’est pas essayer de ll’imiter,  car il est irremplaçable. C’est plutôt porter son héritage avec respect, tout en y apportant ma propre sensibilité pour faire vivre cette légende.

Kirinapost : Tu as commencé la batterie comme autodidacte. Pourquoi avoir senti le besoin, une fois à Paris, de faire une école de musique ?

Ndiaw Macodou : L’autodidacte m’a donné l’instinct, mais l’école m’a donné la structure et le vocabulaire.En arrivant à Paris, j’ai réalisé que pour collaborer avec des musiciens de tous horizons, l’instinct ne suffisait plus. Ce passage à l’école m’a permis de mettre des mots sur ce que je faisais naturellement. Cela m’a permis d’acquérir une discipline technique. C’est indispensable pour durer.

Ndiaw Macodou : « je fais parler les percussions à travers ma batterie », Information Afrique Kirinapost

Kirinapost : La musique sénégalaise est dominée par la présence aujourd’hui de nos frères d’Afrique Centrale. Que faire pour relèver le niveau de nos compatriotes ? 

Ndiaw Macodou : Je pense qu’il faut miser massivement sur la formation, la polyvalence et la curiosité. Nos frères d’Afrique centrale ont une rigueur dans l’apprentissage qui est incroyable. Ils ont une culture de la basse et de l’harmonie qui est impressionnante. Ce sont d’excellents musiciens, j’ai eu à travailler avec la plupart d’entre eux. Au Sénégal, nous avons un sens du rythme qui extraordinaire avec le mbalakh mais nous restons parfois trop focalisés sur nos propres codes. Pour rivaliser et élever le niveau, nos jeunes doivent s’ouvrir aux autres genres (jazz, classique, salsa). Nous plaidons beaucoup afin que l’État, structure des écoles de musique et les rende accessibles. La base est là… le reste ce n’est que du travail.

Kirinapost : À propos de travail, travailles-tu beaucoup ton instrument ? 

Ndiaw Macodou : Oui, je travaille énormément. Les gens voient la magie du concert mais derrière, il y a des heures et des heures de studio. En ce qui me concerne, je travaille tous les jours les rudiments, le métronome et la recherche de sonorité. Même après des années de carrière, le corps et l’esprit ont besoin de cette discipline quotidienne pour rester fluides et précis.

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