« Plan de traitement » pour ne pas dire «Restructuration »

Le Droit de Réponse de l’Amphi : L’Acrobatie et le Réel

L’Étoile et la Cité — Université de l’Hivernage Amphi du Débat Citoyen et de la Révolution du Discernement

Module 8 : Cartographie de l’Échiquier Politique – Acteurs, Forces Systémiques et Alliances de Survie 

Chronique 3 : Le Droit de Réponse de l’Amphi : L’Acrobatie et le Réel

Quand le verbe étatique s’épuise dans des contorsions d’équilibriste, ce n’est plus de la pédagogie financière : c’est de la prestidigitation politique. La sortie du ministre des Finances, Cheikh Diba, s’employant à rebaptiser la « restructuration » de la dette en un pudique « Plan de traitement », offre à notre Module 8 son illustration la plus spectaculaire. Nous y voilà, en plein cœur du réacteur : le «bippage sémantique » élevé au rang d’art de gouverner. Le ministre vient de valider l’évaluation avec mention excellente en gymnastique discursive.

En économie, travestir une restructuration en « plan de traitement », c’est exactement comme le Sérère de notre anecdote qui « bippe » sa femme : c’est envoyer un signal flou pour ne pas affronter la réalité de la marmite.

Pour les auditeurs de l’Amphi, voici le décodage chirurgical de cette contorsion où les forces systémiques font plier les récits d’acteurs.

I. Le Lexique du Camouflage : Traitement vs Restructuration

Dans le dictionnaire du FMI et du Club de Paris, ces deux termes recouvrent une identité de fait : le pays n’a plus les moyens d’honorer ses échéances et sollicite officiellement ses créanciers pour réviser les règles du jeu — qu’il s’agisse d’un allongement des délais, d’une baisse des taux ou d’un effacement partiel. Pourquoi, dès lors, ce flou artistique ?

Le paravent politique

Le mot « restructuration» résonne comme un aveu de faillite technique. Il brise instantanément le récit de la « rupture interne » et du « Projet» salvateur.

Prononcer ce mot interdit avant le grand oral de la Déclaration de Politique Générale (DPG) eût été un aveu de vulnérabilité ; inventer un euphémisme médical permet d’anesthésier l’opinion en attendant les arbitrages de l’hémicycle.

L’anesthésie des marchés

Les agences de notation, à l’instar de Moody’s qui a rétrogradé le Sénégal à la note critique de Caa2, scrutent Dakar.

Évoquer une restructuration équivaut à déclencher l’alerte rouge du défaut de paiement. Le terme « traitement » revêt une connotation clinique, plus propre : on soigne un malade, on ne liquide pas une entreprise.

Cette acrobatie linguistique prouve que le pouvoir maîtrise l’art de la guerre sémantique, mais qu’il commence à buter sur le mur des réalités comptables.

On peut modifier l’étiquette de l’austérité, le liquide conserve le même goût amer pour le citoyen lambda : coupes sombres dans les subventions, flambée du panier de la ménagère, fiscalité ciblée et rigueur budgétaire.

II. Le Choc des Doctrines : De l’Idéal Endogène au Pragmatisme Comptable

Le diagnostic posé par Boubacar Tall sur ce basculement doctrinal met à nu le grand paradoxe du moment. La doctrine de souveraineté endogène — ce pari audacieux d’un patriotisme économique affranchi des diktats extérieurs — vient de se heurter de plein fouet au mur d’une dette réelle à 132 % du PIB. En acceptant l’oxygène sous condition du FMI, l’Exécutif n’achète pas la rupture : il finance son sursis budgétaire.

La cartographie du basculement doctrinal qui s’opère sous nos yeux met en relief la tension systémique entre trois visions:

La Rupture Endogène (Doctrine Sonko) :

Le « Plus d’État, mieux d’État ».

Ce modèle reposait sur un pari de souveraineté financière audacieux mais coûteux : emprunter plus cher sur le marché régional pour acheter sa liberté de gouverner, en garantissant l’emprunt sur la nationalisation de nos actifs stratégiques (ICS, Yakaar-Teranga). C’était substituer le patriotisme économique aux diktats de Washington.

Le Pragmatisme Comptable (Doctrine Diba) :

La confrontation directe avec le réel résumé par la formule « Moins cher pour l’État, mais moins libre pour gouverner ».

Le « Plan de traitement » est le nom poli donné à la capitulation face aux créanciers.

En acceptant les 2,2 milliards de dollars du FMI, l’Exécutif achète du temps et de la solvabilité immédiate. Le prix de ce temps, c’est le Citoyen Collectif qui le paie cash au marché : l’oignon flambe, le bœuf devient un produit de luxe, et le ciblage social des subventions ressemble pour l’instant à un mirage statistique.

L’Arbitrage Global : Le FMI ne s’impose pas au Sénégal par la force ; il profite simplement de nos bégayements intérieurs. La priorité du FMI est la soutenabilité de la dette, celle du peuple est la soutenabilité de la vie. C’est ici que l’analyse s’élève au rang de choix de civilisation économique. Le Citoyen Collectif doit arbitrer le match.

III. Le Manifeste du Discernement : L’Exigence d’un Inventaire

La souveraineté n’est pas une incantation de meeting ni un slogan de tribune ; elle est une discipline de production et une rigueur comptable.

Tant que nous importerons nos denrées de base, la montre républicaine s’enrhumera au moindre décret du FMI.

Tant que le « traitement» consistera à couper les subventions du riz et de l’électricité pendant que les privilèges d’en haut restent intacts, le Projet ne sera qu’une parodie sémantique.

C’est ici que la responsabilité de notre Amphi impose une objectivité sans concession.

Nous refusons de nous draper dans l’indignation partisane des « revenants » du passé, tout comme nous refusons de valider l’esquive permanente des nouveaux maîtres du verbe. On ne soigne pas une économie en changeant l’étiquette du poison de l’endettement.

Le vernis lexical a craqué sous le poids du réel. Le Citoyen Collectif n’écoute plus la musique des mots, il examine la mécanique des actes.

Exigeons la transparence absolue sur la destination et l’usage de chaque franc de ces 2,2 milliards de dollars injectés.

Refusons que les technocrates liquident l’avenir de nos phosphates et de notre gaz au nom de la solvabilité du jour.

Le discernement n’attend plus des concepts cosmétiques pour rebâtir notre dignité souveraine.

L’Amphi s’empare du dossier, que chacun prenne ses responsabilités !

©Boubacar Touré Mandémory

 

 

 

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Khady Gadiaga est une communicante de profession. Elle a capitalisé 25 ans d'expérience professionnelle dans différentes entreprises où elle a respectivement occupé les postes de Product Manager, Directrice Commerciale et Marketing, notamment dans les secteurs de l'industrie médicale et textile en Europe et en Afrique. Ancienne directrice du marketing du Festival Mondial des Arts Nègres (FESMAN) de 2005 à 2010, elle a coordonné et orchestré le volet communication et marketing de ce grand rendez-vous culturel. Khady est passionnée de culture, des grandes idées et des mots, elle met sa plume au service des causes justes, parmi lesquelles, la paix et la concorde et la liberté. À ce titre, elle a été directrice de la rédaction, à Debbo Sénégal. Cette ancienne étudiante en Langues étrangères Appliquées à l'économie et au droit à University of Nice Sophia Antipolis, est aujourd'hui Directrice générale à Osmose (Agence de communication Globale) et depuis 2011, met en pratique sa riche expérience en qualité de Consultant expert Sénior en accompagnant les organisations du secteur privé, public et institutionnel en terme de conseils, de coaching et de suivi-évaluation de projets et programmes. Les chroniques de cette dame de aux centres d'intérêts éclectiques, sont désormais sur Kirinapost.

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