Quand nos ressources sont pillées par des multinationales étrangères, on ne les entend pas. Ils se targuent même d’être des « apporteurs d’affaires ». C’est le cas de Tahirou Sarr.

Sur tous les sujets qui fâchent, ils ont un seul mot à la bouche : « les étrangers». © Boubacar Touré Mandemory
Quand nos terres sont dilapidées ( le dernier cas en date étant celui de l’îlot de Dionewar) ils sont aux abonnés absents. Les débats sur la souveraineté, la reprise en main de nos actifs, la révision du Code du travail ou encore la réforme du système éducatif ne les intéressent pas outre mesure. Sur ces questions, ils n’ont pas d’opinion.
Leur seul sujet politique, ce sont « les étrangers». Et il ne mettent dans cette catégorie que les africains qui vivent au Sénégal.
Le nationalisme exploite ainsi des situations réelles ( l’anarchie institutionnalisée) pour construire un récit tendancieux, creux et extrêmement perfide pour susciter l’indignation. Il parle des « étrangers qui achètent un état civil », du « Guinéen qui occupe la rue », de « la Nigériane qui se prostitue aux Almadies » ou encore de « l’étranger qui vole l’emploi du jeune xoslumaan sénégalais ».
Mais, au-delà de l’émotion et de l’indignation que suscite le désordre dans notre espace public, regardons la question avec lucidité: qui a rendu possible la vente de faux documents d’état civil ? Qui a laissé l’anarchie s’emparer de nos rues et de nos places publiques ? Est-ce les «étrangers» qui en sont responsables, ou ont-ils simplement exploité, comme les nationaux d’ailleurs, un laisser-aller institutionnel et une corruption érigés en règles de gestion ?
Le Maroc, la Côte d’Ivoire et la Guinée équatoriale accueillent de nombreux ressortissants ouest-africains. Pourquoi ne sont-ils pas confrontés aux mêmes dérives et au même laisser-aller que ceux que nous déplorons chez nous ? La réponse tient en grande partie au sérieux, à la rigueur et à la capacité de leurs autorités à faire respecter les règles.
À Paris, la Chapelle, la Goutte-d’Or sont des quartiers ou se mêlent drogue, de vente à la sauvette, prostitution mais les pouvoirs publics n’incriminent pas les étrangers, ils interpellent leur propre responsabilité.
Chassons tous nos frères et sœurs africains, le problème resterait entier, car il n’est pas conjoncturel, il est fondamentalement structurel. L’origine du mal est sénégalais : la mauvaise gouvernance, la corruption, l’absence de politique d’urbanisation, une mauvaise application de la loi… Notre exigence doit être dirigée vers nos pouvoirs publics.
Photo Une © Boubacar Touré Mandemory








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