Betye Saar, artiste iconique du mouvement Black Arts des années 60, est décédée dimanche à Los Angeles, à l’âge de 99 ans.. Née en 1926, elle aurait fêté ses 100 ans cette semaine.

Betye Saar dans son bureau
Le décès de Betye Saar a été confirmé lundi par ses proches. Figute emblématique du mouvement Black Art, Batye Saar est connue pour ses sculptures qui militaient pour l’identité noire et réalisées à partir d’objets trouvés. C’est une des pionnières de l’assemblage.
Betye Saar explore dans sa pratique l’identité afro-américaine, la spiritualité et les liens entre les cultures. Son œuvre, d’une grande richesse symbolique, a évolué au fil du temps pour refléter le contexte environnemental, culturel, politique, racial, technologique, économique et historique dans lequel elle s’inscrit.
Mme Saar a commencé sa carrière dans le design avant de se tourner vers l’art à l’âge de 35 ans. C’est dans son adolescente, que Betye Irene Brown suit des cours d’art (céramique, histoire de l’art, aquarelle…), puis entre à l’University of California de Los Angeles, où elle étudie le design intérieur et textile, la reliure et l’illustration. Elle a grandi à Pasadena et faisait partie d’une communauté d’artistes noirs à Altadena, non loin de là. Elle citait souvent les Watts Towers de Simon Rodia comme l’une de ses premières sources d’inspiration.
L’art de Saar s’est politisé dans les années 1970, notamment avec l’assemblage « La Libération de Tante Jemima » en 1972. À l’instar de nombreuses femmes ayant pris conscience de leur identité dans les années 1960, Saar fait du mantra féministe « le personnel est politique » un principe fondamental de ses assemblages.

Betye Saar a enseigné dans plusieurs universités américaines
Devenue enseignante dans diverses universités américaines, comme le souligne Camille Paulhan dans awarewomenartist, elle réalise en 1972 son œuvre la plus célèbre, The Liberation of Aunt Jemima, qui détourne l’image stéréotypée de ce personnage de femme noire, issu des minstrel shows et plus tard repris par des industriels pour vendre des produits alimentaires.
Alors que celle-ci est traditionnellement perçue comme une domestique dévouée aux intérêts de ses maîtres blancs, B. Saar la transforme en icône politique émancipée des dominations passées.
Durant sa carrière – elle a continué à créer jusqu’à plus de 90 ans- elle a utilisé de façon récurrente des photographies anciennes, mariant récits autobiographiques et hommages à des figures féminines noires, comme Biddy Mason ou Rosa Parks. Son engagement le conduira a exporté sob art notamment en Haïti, au Mexique et au Nigeria en 1974.
«Son œuvre, riche en symbolisme, a évolué au fil du temps pour refléter le contexte environnemental, culturel, politique, racial, technologique, économique et historique dans lequel elle s’inscrit», selon Roberts Projects, la galerie de Los Angeles qui la représente.
Son appropriation d’objets de collection, de souvenirs de famille et d’objets utilitaires noirs est transformée par la subversion. Pourtant, malgré son statut de pionnière du mouvement de l’assemblage, l’impact de son œuvre sur l’art contemporain reste encore à reconnaître pleinement et à analyser de manière critique.
Les années 2000 scellent sa reconnaissance institutionnelle, avec sa première grande monographie (2003), puis une exposition à l’Ackland Art Museum, à Chapel Hill, en 2005-2006, où elle présente quarante années de son travail, ainsi que des œuvres de ses filles Lezley (née en 1953) et A. Saar.La pensée de l’artiste demeure portée par un désir vif d’allier la poésie des formes avec la radicalité d’un propos, comme elle le souligne dans le catalogue Betye Saar. Colored: Consider the Rainbow en 2002 : « En tant qu’artiste, mon but est de créer des œuvres qui exposent l’injustice et révèlent la beauté. »


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