Cinq mois d’arriérés. Et c’est lui le gourmand ? 

Ce qu’on ne vous dit pas dans la toute nouvelle campagne de diabolisation de Pape Thiaw.Cinq mois. C’est le temps que la Fédération sénégalaise de football a laissé son sélectionneur national sans salaire, sans contrat, à la veille d’un Mondial. Et c’est lui qu’on accuse d’être gourmand.

Depuis 48 heures, un récit s’installe. Patiemment. Méthodiquement. Un récit qu’on distille par petites touches, sur un plateau télé un dimanche, dans un entretien un lundi, comme s’il fallait laisser infuser une vérité qu’on n’ose pas dire d’un bloc.

Abdoulaye Seydou Sow a ouvert le bal dimanche, sur la RTS1. Bacary Cissé, tout « nouveau » président de la Commission communication de la FSF, a enfoncé le clou ce lundi, dans L’Observateur et Xalima. Le message, à peine voilé : Pape Thiaw aurait été gourmand. Ses exigences auraient plombé les négociations. Retardé son contrat. Empoisonné toute une campagne.Reprenons les faits. Tous les faits — pas seulement ceux qu’on choisit de raconter.

Ce que personne, pas même Abdoulaye Seydou Sow,  ne conteste 

Depuis février 2026, Pape Thiaw travaillait sans contrat signé. Cinq mois. Il a fallu que Sport News Africa expose publiquement la situation pour que ses arriérés de salaire soient réglés — dans l’urgence, et seulement après. Son contrat suivant ? Signé trois à cinq heures avant le coup d’envoi contre la Norvège. Trois à cinq heures. Pas trois à cinq jours. Des heures.

Un sélectionneur national. Cinq mois sans salaire. Sans contrat. À la veille d’un Mondial.Ça, personne ne le conteste. Pas même Abdoulaye Seydou Sow l’homme qui, aujourd’hui, joue l’offensé.

Les chiffres. Les vrais 

Selon Bacary Cissé lui-même — pas selon nous — la demande initiale de Pape Thiaw tournait autour de 50 millions FCFA mensuels, primes comprises, pour un total avoisinant 1,4 milliard FCFA. Un chiffre qu’on peut discuter. Une négociation, comme il s’en fait dans tout sport, sur toute la planète.

Voici ce que la campagne actuelle prend bien soin de taire : après l’intervention personnelle du président de la République Bassirou Diomaye Faye, Pape Thiaw a revu ses prétentions à la baisse. Trente millions. Pas cinquante.

Même le narrateur se pers dans son histoire 

Il y a mieux encore. La prime de signature change de montant selon la version de Bacary Cissé qu’on écoute. Dans un entretien relayé par Senego, il parle de 120 millions FCFA. Dans un autre, relayé par L’Observateur et repris par Xalima, il évoque 440 millions FCFA. Même homme. Mêmes faits. Deux chiffres, à plus de trois cents millions d’écart.

Un récit qui varie d’un plateau à l’autre n’est pas un récit. C’est une improvisation — et une improvisation qu’on nous demande de prendre pour argent comptant contre la parole d’un homme qu’on limoge, lui, sur la base de faits qu’on présente comme incontestables.

Trente millions FCFA par mois. Pour l’homme qui a qualifié le Sénégal pour la Coupe du monde. Pour Pape Thiaw, qui a conduit les Lions à un sacre continental à la CAN — sacre encore suspendu à la validation de la Commission d’Appel de la CAF, disons-le pour être exacts, mais un sacre décroché sur le terrain, à la sueur et au mérite, pas au bureau.

Le marché, lui, ne ment pas

Trente millions FCFA. Environ 45 700 euros. Posons ce chiffre à côté de ce que touchent, ou touchaient, les noms qu’on murmure déjà pour le remplacer.

Habib Béye, sénégalais lui aussi, émargeait à 230 000 euros bruts par mois à l’Olympique de Marseille — troisième salaire d’entraîneur de toute la Ligue 1, derrière Luis Enrique et Paulo Fonseca, selon L’Équipe. Patrick Vieira touchait 220 000 euros à Strasbourg, et en touche encore, selon Sportune, autour de 150 000 au Genoa — en Série A, loin des sommets.

Faites le calcul vous-même. Habib Béye touchait cinq fois ce que Pape Thiaw réclamait — pour diriger un club, pas un pays. Patrick Vieira, même revu à la baisse en Italie, en touche encore plus de trois fois autant.

Alors on repose la question, calmement : de qui ces fédéraux se moquent-ils exactement ?

Gourmandise ou aveu de gestion calamiteuse 

Un sélectionneur qui a rempli son contrat sportif a le droit de discuter une revalorisation. Ce n’est pas un caprice. C’est le fonctionnement normal du football, à tous les étages, sur tous les continents. Le demander n’est pas une faute.

Le retarder cinq mois, en revanche — ça, c’en est une. De gestion. Institutionnelle. Documentée.

Alors de qui vient réellement la faute ? De l’homme qui a négocié, parfois durement, ce qui est son droit le plus strict — ou de l’institution qui a laissé filer un sélectionneur national sans salaire pendant cinq mois, jusqu’à devoir lui faire signer son contrat à la sauvette, dans un couloir, quelques heures avant un match qui allait sceller le sort de toute une nation ?

Il y a un monde entre gourmandise et incompétence organisationnelle. Et ce n’est pas Pape Thiaw qui tenait l’agenda des signatures.

Ce que Pape Thiaw a raté et ce qu’il ne mérite pas 

Soyons clairs, sans complaisance aucune : la gestion de l’effectif par Pape Thiaw avant et pendant la Coupe du monde a légitimement déçu. Son coaching durant les quatre matchs a été, sur bien des points, difficile à défendre et oublier. Ce n’est pas ce dossier-là qu’on rouvre ici. Il reste entier, et il mérite d’être traité pour ce qu’il est.

Mais le dossier salarial est distinct. Et sur celui-là, faire porter à un seul homme le poids d’une gestion contractuelle chaotique — dont la FSF et l’État portent, selon les mots mêmes d’Abdoulaye Seydou Sow, une responsabilité au moins égale — ce n’est pas de l’analyse. C’est une opération de diversion, exécutée avec un sens du timing qui devient, chez Abdoulaye Fall, Abdoulaye Seydou Sow et Bacary Cissé, une signature. Pas un hasard.

 

Le football sénégalais mérite un débat honnête sur ses résultats sportifs. Il ne mérite pas qu’on lui vende un règlement de comptes financier déguisé en indignation morale.

 

 

 

 

 

Droit de réponse ouvert à Abdoulaye Fall, Abdoulaye Seydou Sow et Bacary Cissé, Pape Thiaw — sans condition, sans délai.

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