Le décès subite de Daddy Bibson a plongé le pays dans une émotion particulière. Légende du rap Galsen, Bibson incarnait parfaitement l’originalité du Hip-hop made in Sénégal. Qui mieux qu’un membre du mouvement Hip-hop pour lui rendre hommage ?
Natif de Dakar Plateau, Féhé Sarr, tombe amoureux du Rap très tôt en allant suivre les enregistrements de Battles à l’émission Hip Hop Feeling… et en écoutant Bibson.

Cheikh Boucounta Coly, A.K.A Daddy Bibson, véritable légende du rap avec des titres devenus des classiques
Féhé Sarr • Le rap, je l’entendais en passant, avec les oreilles insouciantes d’un enfant. Je le voyais quelques fois passer à la télé et le regardais avec curiosité ; intrigué par son langage corporel et sa verve. Je le sentais accompagner mes aînés dans leur passage de l’adolescence aux prémices de l’âge adulte. Me revient un vague souvenir de l’effervescence que l’album « Frères Ennemis » de Xuman et Bibson avait créé à la Maison.
« Benn ci yaw ñaar ci man.Cool Daddy Bibson Gunman Xuman Bul laajte ku man… »
Mes grand frères le faisaient tourner en boucle et appuyaient constamment sur la touche pause de la radio pour jubiler et commenter les phases des deux Emcee. Ces images défilent encore dans ma tête…
Quelques années plus tard, j’entre dans mon adolescence dakaroise et le breakdance me permet de mieux socialiser avec mes pairs du collège, plus que les vers que je griffonnais dans un cahier et qui me poussaient à m’isoler.
Un jour, je ne sais plus pour quelle raison, mon grand frère Alibeta m’offre un CD gravé gris, il y avait écrit dessus « Daddy Bibson Jassbu » en rouge. Il m’expliqua rapidement que c’était la maquette de l’album à venir de ce dernier. Alibeta, à cette époque, confirmait son choix de faire de la musique et traînait avec la clique de rappeurs et artistes qui gravitait autour de la Medina, du Lycée Lamine Guèye et du BSI : Sen Kumpa, Ama Diop, Bisbi Clan, Simon, Gaston, Maxy Crazy, Beneen Diwaan, Omzo, Biddeew Bu bees, Dippi Dëpp, Wagëblë,Y-Dee, Meta Crazy, etc.
Je crois que c’était un peu un démembrement ou une suite du Cartel Underground ; les grands qui se posaient en face du British à Tëgëzëgën…
La synchronicité était telle que ce CD m’avait été offert au moment même où je venais de recevoir un lecteur CD offert par ma grande sœur venue passer ses vacances au Sénégal en provenance des US. Elle m’afait offert ce lecteur accompagné de plusieurs albums de RAP US : Mos Def, Kanye West..Ce moment marque celui de ma rencontre avec Daddy Bibson. Je ne l’oublierai pas, parce que ce moment est aussi celui de ma rencontre avec le Rap Galsen.
Tout a commencé avec « Jassbu »
Un après-midi comme les autres, au cours d’une des nombreuses courses que j’effectuais pour mes aînés ou mes parents (j’étais le coursier de la maison), je décidais donc de mettre cette maquette de Daddy Bibson dans mon nouveau lecteur pour ne pas m’ennuyer en chemin.
Premier titre, premières notes sinistres et sérieuses, premières phases tranchantes, je suis happé dans un cyclone dont je ne suis jamais sorti.
« Déclarer nga xeex waaye di nga am xare, ndax du yem ci texte yi ak next yi, protègeel sa bopp ndax maa ngi fexe nu ma ko xaree… »
Ce premier morceau, c’était « 1st Round », je le connais encore par cœur.
J’ai appris plus tard que c’était en fait le dernier morceau de l’album « Jassbu », la maquette que j’avais commençait par la fin.Comme pour dire que l’histoire est plus cyclique que linéaire.« Jassbu » fut ma porte d’entrée dans l’univers du Rap Galsen et Daddy Bibson m’a ouvert cette porte.
Il s’agissait littéralement d’un Jazb pour moi.
Ce concept soufi que Bibson a choisi comme titre de son 4Ème album solo fait référence à une idée d’attirance, d’attraction spirituelle du cœur du cheminant vers sa source divine.
Je retrouvais dans cet album la dose de poésie, de combativité, de vérité sans concession, de colère et de sensibilité, mais aussi de spiritualité et de connaissances que mon être avide et en formation était contraint d’aller puiser dans des espaces différents et quelques fois antagonistes.
Cet Album, Jassbu — et le Hip Hop plus tard — m’ont rassemblé. Il m’a permis d’arrêter de me disperser pour sentir, savoir, faire et dire. Je pouvais enfin puiser toutes mes eaux au même puits.
Ce disque, je l’ai tellement tourné que j’ai commencé à le réciter, puis plus tard à cracher mes propres rimes dans ce langage qui était devenu le mien au même titre qu’une multitude d’autres êtres de mon quartier et de l’autre bout du monde.
Je reviens constamment à lui parce qu’il constitue mon repère dans l’univers du Rap Galsen. C’est à partir de « Jassbu » que je suis retourné écouter mes classiques et m’imprégner de tout ce qui se faisait avant cet opus, mais c’est aussi à partir de cette œuvre que j’ai passé ma vie à suivre tout ce qui s’est fait après sa sortie. Je suis Emcee aujourd’hui parce que j’ai écouté et fini par incarner « Jassbu » de Daddy Bibson.
Ces lignes que j’écris deux jours après son décès sont un moyen pour moi de lui témoigner de manière plus explicite ma reconnaissance. La première fois que nous nous sommes vus, j’ai pu lui dire que si je rappais c’était grâce à lui. La seconde fois que nous nous sommes vus, j’étais sur scène et j’ai pu me produire devant lui et l’entendre apprécier ma prestation.
J’ai aussi pu lui témoigner cette reconnaissance dans mes lyrics sur un beat mais ce n’est toujours pas assez. Je n’ai pas fini de recognize et de célébrer la légende qu’il est sur des projets en cours.
Il y a plusieurs dimensions de son art et de son impact à faire connaître : au niveau de son écriture, de son rapport au storytelling, au sampling et au clash, de sa subversivité, de l’introduction de la voie soufie dans le Rap sénégalais, de son engagement social et politique, de l’impact direct qu’il a eu sur la vie de milliers de hip-hoppers, sans oublier les nombreuses dynamiques collectives dont il a été le moteur.
« Ndax ay junni Bibson a envahir town bi ni gàngóor, wicked ni ñàngóor… » Mais tout cela, je ne suis pas en mesure d’en parler maintenant car la douleur est intense. « Sometimes mu ruff… » .Mais en même temps, l’espoir est immense. « Sometimes mu slow…».
Je ne peux que dire MERCI à Daddy Bibson, saluer sa mémoire, son héritage et célébrer la légende du Hip Hop Galsen qu’il est.

Daddy Bibson (1974-2026)
Une semaine après son rappel à Dieu aux États-Unis, Bibson a été accompagné hier mercredi 08 avril, à sa dernière demeure au cimetière de Yoff par une foule impressionnante.
Que son Âme repose en paix et que son Aura reste puissante.



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