Yo-Yo Ma séduit Dakar

Yo-Yo Ma, le violoncelliste américain d’origine chinoise a donné mardi dernier un concert exceptionnel à Dakar. 27 eme étape de sa tournée mondiale consacrée au projet Bach, le Grand Théâtre Doudou Ndiaye Rose a vécu un grand moment de musique.

Le virtuose seul sur scène ©Austin Mann

C’est la première fois qu’il joue à Dakar et pour une première ce fut un grand succès. D’abord, connaissant le public sénégalais, peu de personnes, auraient parié pour un concert à guichet fermé d’un violoncelliste, qui plus est seul sur scène. Dés 20 heures pourtant, la salle affichait presque  » Sold Out ». Il est vrai qu’une grosse partie du public était composée de ressortissants européens et américains vivant au Sénégal.

À 20h passées de quelques minutes donc, Yo-Yo Ma, en tunique bleue de nuit et pantalon noir, entre en scène et entame ses suites. Une « suite » une série d’airs écrits dans la même tonalité (majeure ou mineure) mais de rythme et de caractère différents.

La première suite fait voyager. 20 minutes d’évasion, de silence, de recueillement, de mélancolie… Dés l’entame on sait que l’on affaire à un virtuose. Yo-Yo Ma démontre d’entrée, qu’il n’a pas reçu 19 Grammy Awards par hasard.  » Dieureujeuf » sont les premiers mots que l’instrumentiste adresse au public dakarois visiblement conquis. Ravi des applaudissantes nourris du public, il lui lancera, toujours dans un wolof quasi parfait: « Ko beug, beug neuleu »…Le public séduit, il dédiera la 3eme suite à l’esprit de partage et d’ouverture du Sénégal. Un peu plus tard dans la soirée, il aura une pensée pour tout humain touché un jour par le blues, le doute… la fragilité de la vie.

« La suite qui va suivre, quand je ne vais pas bien, je la joue ou je l’écoute. C’est pourquoi je la dédie à toutes les personnes dans cette salle qui ont perdu quelque chose, un être cher ou qui sont à la recherche d’un peu de dignité » dira t-il s’adressant au public. Cette suite fut un pur instant de béatitude.

Une des réflexions qui traverse l’esprit par ailleurs dans ce genre de concert, est le contraste saisissant entre le public occidental, très concentré, très posé (un peu trop d’ailleurs pour certains) et le public sénégalais, plus agité, chuchotant et murmurant quelquefois, au risque même par moment, de perturber le silence que requiert ce genre de performance. Le public sénégalais à son corps défendant aussi, n’est peut-être pas dans son univers habituel, plus proche du rythme et de la danse. Pour beaucoup, ce concert de Yo-Yo Ma aura été une belle découverte et une belle initiation. Partout dans le monde ce genre de rencontre doit permettre de découvrir l’autre, d’apprendre de l’autre, de comprendre les attitudes et surtout d’évoluer dans sa façon de voir les choses. C’est cela le but de l’échange. Moussa venu avec son épouse voir le concert ne dit pas le contraire.

« Vivement que ce genre de concert se renouvelle pour continuer à initier le grand public à ces musiques. C’est la première fois que j’assiste à un concert avec un seul instrumentiste sur scène mais mon scepticisme du début s’est vite envolé. Expérience à refaire avec plaisir » confie t-il.

En tout cas, univers habituel ou pas, l’exercice rappelle à bien des égards, la cour des Rois dans l’Afrique ancestrale avec ce griot, seul, xalam ou kora en main, qui animait le palais du Brack ou du Damel. Nous ne sommes plus au temps des rois, mais ce concert fait remonter de lointains souvenirs…

Moment de dialogue des cultures- Mamy Kanouté (chants) debout entourée de Yo Yo Ma (violoncelle) et de Noumoucounda (Kora) ©Austin Mann

D’ailleurs, l’arrivée sur scène, vers les coups de 22 heures, du koriste Noumoucounda Cissokho et de la chanteuse Mamy Kanouté, tous les deux invités de marque de Yo-Yo Ma, a renforcé l’idée de ce lointain souvenir. Et la fabuleuse reprise de  » Tara » cher à El Hadj Omar par ce trio d’un soir, témoigna et plaida en faveur du nécessaire dialogue des cultures… quelle belle conclusion pour cette soirée si exceptionnelle… elle sera accueillie par un standing ovation rarement vu au Grand Théâtre Doudou N’Diaye Rose du nom de l’emblématique percussionniste disparu en 2015. À propos de Doudou Ndiaye Rose, il aurait sans doute adoré donner la réplique à cet artiste si friand de rencontre.

Yo Yo Ma aime les échanges. Lui même d’origine chinoise, ayant fait ses premières armes au conservatoire de Saint-Germain-en-Laye (Paris où il est né) et vivant aux Etat-Unis, est une belle fusion. Ouvert naturellement aux autres formes de musique, Jazz ou Tango notamment, Yo-Yo Ma a non seulement étudié la musique traditionnelle chinoise, mais il a également étudié la musique des célèbres Bochiman d’Afrique Australe. C’est dire, s’il est ouvert aux sonorités du monde. Le Polar Music 2012 a collaboré, entre autres, avec la diva béninoise Angelique Kidjo, le maitre koriste d’origine malienne Toumani Diabaté, le vocaliste et chef d’orchestre américain Bobby McFerrin ou encore le guitariste et compositeur américain d’origine mexicaine Carlos Santana. Excusez du peu !

Autour de la thématique des femmes et de leur émancipation, l’étape dakaroise de la tournée du fameux violoncelliste fut une belle réussite. « Messagers de la paix » de l’ONU depuis 2006 avec Winton Marsalalis,Luciano Pavarotti, Yo-Yo Ma a mis à profit son séjour en terre sénégalaise pour rencontrer l’association de femmes Genji hip-hop et les jeunes filles de l’école d’excellence Mariama Ba, convaincu aussi par le fait que la culture doit être au service du développement et de la… paix.

 

©Austin Mann

 

 

 

 

 

 

 

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