L’HISTOIRE D’UNE CHANSON:NJAAJAN NJAAY

 La chanson « Ndiadiane Ndiaye (Njaajan Njaay en Wolof ou walaf) » de Youssou N’Dour ou l’hommage au créateur mythique de l’état Wolof, l’homme de MBengeen Booy. « Ndiadiane Ndiaye » est un des chefs-d’œuvre de Youssou N’Dour. Elle fait toujours partie de sa setlist. A l’instar des titres tels que Birima, Thioul Anta, Daby, entre autres, la chanson Ndiadiane Ndiaye prend racine dans le vaste répertoire musical traditionnel des griots Wolof.

Le patronyme Ndiaye (ou N’Diaye) est un nom sénégalais originaire du royaume du Djolof et du Saloum. Il est présent dans une bonne partie de la population sénégalaise et est présent à travers tout le pays dans plusieurs ethnies Wolof, Sérère, Djola et Haalpulaar.

Si vous vivez en Afrique de l’Ouest ou que vous êtes originaire de cette partie du continent, il est fort à parier qu’il y ait des N’diaye parmi vos connaissances. Le premier à se nommer ainsi ne fut autre que le mythique Ndiadiane Ndiaye. » (source: nofi)

Voilà, cela étant dit, maintenant, un peu d’histoire.

Retour sur la naissance d’un des plus grands classiques de la musique traditionnelle Wolof

Ndiadiane Ndiaye est une des plus belles ballades de Youssou. Ainsi à chaque fois qu’il reprend une chanson traditionnelle, il se l’approprie en donnant à la chanson plus de caractère afin qu’elle traduise les émotions avec un maximum d’intensité. De ce fait il la rend exceptionnelle grâce aussi à sa voix unique, remarquable et remarquée. Et avec Ndiadiane Ndiaye, Youssou ne déroge pas encore à la règle.

L’histoire de l’ancêtre des Wolof, cet être dont on ne sait pas s’il fut homme ou génie

La chanson est un air composé en l’honneur du roi Ndiadiane Ndiaye qui est considéré, selon la tradition orale, comme l’ancêtre du peuple Wolof. Il fut le premier « Bourba Djolof » (titre donné aux rois du Djolof, un empire situé dans l’actuel Sénégal). Mais la vie royale de Ndiadiane ne commença pas au Djolof mais plutôt dans le royaume du Walo (au nord-ouest de l’actuel Sénégal, dans la région du fleuve). C’est à partir de là que Ndiadiane Ndiaye réunit toutes les populations d’ethnie Wolof (ainsi la tradition orale confirme que le berceau de la culture wolof fut le delta du fleuve Sénégal au Walo (ou Waalo en Wolof), N.D.L.R.).

Ndiadiane Ndiaye devint ainsi le créateur mythique de l’État Wolof et aurait fondé successivement le premier royaume, le Walo, puis celui du Djolof où il régna vers 1360. Ainsi c’est ce qui fait de lui le fondateur de l’unité culturelle des Wolofs qui constituent actuellement le plus important groupe ethnique du Sénégal.

D’après la tradition orale wolof, il était le fils dAbou Bakr ben Omar, plus connu sous le nom d’Abou Darday, un chef de guerre almoravide et de la princesse Haalpulaar (Peul) Fatoumata Sall, originaire du Fouta Tooro. Mais La tradition orale des Sérères, tout étant d’accord que la mère de Ndiadiane était Fatoumata Sall, contredit en même temps le conte Wolof selon lequel Ndiadiane était le fils d’Abou Darday. Ainsi certains ont avancé l’argument selon lequel, son père était Lamane Boukar, un Sérère du Walo. Selon les Sérères, à la fois le nom et le prénom de Ndiadiane Ndiaye seraient d’origine sérère.

Ainsi selon le professeur Cheikh Anta Diop : « L’histoire nous apprend que le roi N’Diadiane N’Diaye du Djolof, le premier roi du peuple Wolof, avait une mère Toucouleur (Haalpulaar), et d’un père arabe. Mais il existe des preuves de contradiction ici. Le fils d’un Arabe ne peut guère supporter le totémique nom N’Diaye. Et il est de notoriété publique que, à la fois le nom et le prénom de ce roi viennent de l’exclamation « C’est N’Diadiane N’Diaye ».

Ainsi, toujours est-il que selon la tradition orale Sérère son vrai nom est Ahmadou et qu’il doit son surnom au mystère qui a entouré sa présence à « MBengeen Booy » (un village de la contrée du Laf qui est l’un des premiers villages Wolof). Les habitants de « MBengeen Booy » sont ensuite allés voir un marabout pour lui parler de l’être mystérieux qui était sorti du fleuve (ou qui vivait à côté du fleuve, N.D.L.R.). Et le marabout Sérère, Meïssa Waly Dione, leur a dit “ça c’est Ndiadiane” ce qui signifie en sérère “ça c’est mystérieux” … mais son vrai nom c’est Ahmadou ».

Selon les Sérères, c’est de là que lui viendrait le nom de Ndiadiane Ndiaye qui signifierait « Extraordinaire » ou « mystérieux » dans la langue locale sérére. Ainsi, impressionnés par cet être dont on ne sait s’il fut homme ou génie, les habitants de la contrée nommèrent Ndiadiane Ndiaye à la tête du Walo. Quelques années après son installation au pouvoir, en qualité de Premier Brack du Walo (roi du Walo, N.D.L.R.), il quitta la région pour s’installer au Djolof. C’est à partir du Djolof (un empire situé dans l’actuel Sénégal) qu’il fonda l’empire en réunissant les Lamanes (« maître de la terre » ou « chef propriétaire du sol » en langue sérère, désigne l’aristocratie terrienne, mais c’est aussi le titre des anciens rois sérères du Sénégal, N.D.L.R.)

Ndiadiane Ndiaye, l’air des griots du Walo

Les griots du Walo le disent; l’histoire du royaume du Walo, pour ce qui est de ses origines, est indissociable de celle de l’empire du Djolof. Même si le règne de Ndiadiane NDiaye à la tête de l’empire du Djolof est plus long que sa souveraineté sur le trône du Walo, force est de reconnaître que le plus bel air qui lui a été dédié vient du Walo du fait que les aspects mythiques de la vie de Ndiadiane ont plus marqué les Walo-Walo que les Djolof-Djolof (n’oublions pas la sortie mythique de Ndiadiane du fleuve de MBengueen Booy, N.D.L.R.) Il n’est donc pas surprenant que les griots du Walo soient les meilleurs interprètes de la chanson « Ndiadiane NDiaye ». Partout où l’on jouera cet air, on se souviendra toujours des grandes voix du Walo telles que Adja MBana Diop, Samba Seck Walo, entre autres. D’ailleurs si on prête un peu attention à la première version de Ndiadiane NDiaye de Youssou, on sent nettement une influence de Samba Seck Walo sur la manière d’interprétation de ce dernier.

Youssou N’Dour s’approprie la chanson « Ndiadiane NDiaye » et en fait un chef-d’œuvre.

Nous sommes en 1981 et Youssou monte son propre groupe et doit sortir son premier album local (communément appelé au Sénégal à l’époque, volume. Et cette première cassette sera le volume 1, N.D.L.A.). La première version de Ndiadiane N’Diaye apparaîtra dans cet opus sous le nom de « L. N. Diop Tafsir ». Elle fera d’ailleurs très souvent partie de la setlist de You au Sénégal. Jusqu’aujourd’hui, il la chante encore. Cette chanson fera l’objet de plusieurs versions mais, à mon sens, elle atteindra son excellence qu’en 1995 dans la cassette « Dikkaat» exclusivement réservée au marché sénégalais. Je trouve que c’est la meilleure version de ce chef-d’œuvre. Elle est l’une des meilleures performances musicales de Youssou et de ses acolytes virtuoses du Super Étoile au sommet de leur art.

Ainsi on a pas besoin de chercher loin pour constater que le Walo est la région la plus chantée dans le répertoire de Youssou. J’ai remarqué que quand You reprend les chansons traditionnelles sur le Waalo ou les classiques wolof, il les transcende. Il en fait quelque chose d’autre, de plus grand. Il se les approprie. Cela m’a toujours impressionné. Je ne sais pas comment l’expliquer. C’est comme si c’était de la magie. Je ne sais pas ce qui lie You au Waalo, mais ça doit être quelque chose de très fort. Il s’est non seulement approprié la chanson Ndiadiane Ndiaye mais aussi il la restitue mieux que les Gawlos wolof et en fait une chanson vertigineuse qui envoie de l’émotion à haute dose.

Une ballade épique du berceau du peuple wolof qui nous replonge dans les grandes batailles d’antan où le Jom (le sens de l’honneur), le Ngor (la noblesse de caractère), le Fit (le courage) étaient au rendez-vous. Ces éléments qui constituent quelques unes des valeurs sur lesquelles la société wolof s’est édifiée pour assurer son équilibre et sa perpétuation. Le chef-d’œuvre Ndiadiane Ndiaye (version K7 Dikkaat) est une chanson reconnaissable dès les premières notes de l’intro du guitariste Mamadou Mbaye a.k.a. Jimi Mbaye. Sa guitare est mise en avant tout au long de cette merveille.

La particularité de ce chef-d’œuvre est qu’il est caractérisé par la sobriété et l’efficacité dont font preuve les musiciens du Super Étoile au sommet de leur art, sans démonstration inutile de leur virtuosité remarquable et remarquée. À l’instar de Birima (version originale), N’Diadiane N’Diaye (version K7 Dikkaat, 1995) est une merveille qui mêle avec brio douceur et puissance mais aussi simplicité et profondeur. La remarquable voix de Youssou y est envoûtante et se déploie majestueusement dans la douceur de ses inflexions fascinantes qui font de cette merveille musicale une chanson inusable.

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