La dure réalité de l’exercice du pouvoir

La posture de critique est toujours la plus confortable. On réfléchit au conditionnel et on a toutes les solutions. On prend l’exercice du pouvoir comme une épreuve aisée. Mais c’est quand on est au cœur du système qu’on en connait les réalités et qu’on se rend compte que tout n’est pas si simple qu’on le pensait.

On a toutes les solutions quand on n’a aucune responsabilité. Et cela, tous ceux qui ont été engagés dans une opposition politique avant d’accéder au pouvoir le savent. En effet, c’est hors de la sphère de décision, ils ont les meilleures idées et les meilleures solutions. Ils ne sont sujets à aucune obligation et pensent qu’avoir des idées, et de bonnes idées suffit pour gouverner un pays. Cependant gouverner un pays, ce n’est pas gérer un groupe de discussions sur Facebook ou sur WhatsApp. Ils peuvent se permettre toute excentricité et toute proposition aussi fantaisiste les unes que les autres. Ils font toutes les promesses possibilités dans le but de séduire les populations et de les emmener à voter pour eux. Ils pensent que tout est rose et que les solutions sont là, accessibles et faciles à mettre en œuvre.

Hors de la sphère de décision, on pense que les techniciens les ministères sont des idiots, des personnes mal formées qui n’ont aucune éthique et dont le niveau de réflexion ne dépasse pas celui d’un gamin de 5 ans. On oublie aisément que ce sont des personnes qui, pour la plupart, ont été sélectionnées sur la base d’un concours très sélectif et ont été formés pour la tâche qui leur a été confiée. C’est pourquoi ils sont persuadés que les techniciens du dehors sont meilleurs que ceux du dedans et que ces derniers corrompus et vendus ne méritent pas d’être écoutés ou encore entendus.

Mais confrontés à l’épreuve de l’exercice du pouvoir, ils se rendent compte que leurs certitudes étaient en réalité des chimères auxquels ils se sont accrochés en méconnaissance de cause. Ils se rendent compte qu’ils doivent jouer les équilibristes et sont entre mille feux, chaque feu pensant que sa préoccupation est la seule qui soit digne d’intérêt et doit recevoir une attention particulière.

Ils se rendent compte qu’un pays ne repose pas seulement sur un pilier, mais sur plusieurs et ils doivent s’occuper de l’ensemble de la population. Ils doivent faire face à l’adversité, à la calomnie, à la traitrise ou encore à la félonie. Ils se rendent aussi compte que les collaborateurs qui travaillent avec eux n’ont pas tous la même loyauté. Ils ont chacun leur agenda caché ou révélé et se battent plus pour assurer leur avenir que pour se concentrer sur l’avenir du pays. Malheureusement, ils peuvent cacher leur jeu pendant des années et ne les révéler que lorsqu’ils sentent que le vent est en train de tourner en leur faveur ou en leur défaveur.

©: burmatec.com (Photo Bureau Présidentiel)

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Spécialiste des cultures urbaines et de questions de jeunesse, Mamadou Dramé, Docteur d'Etat ès Lettres, est l'auteur, entre autres, de ''Parlez-vous hip hop ?''éditions Afroquébec. Cet enseignant à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar a été reporter dans plusieurs quotidiens et radios. Ses analyses succulentes sur l'urbanité et l'avenir de l'Afrique sont sur Kirinapost.

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