Ibou Fall: « Le bon journaliste, c’est la Probité et le talent »

Comme Didier Raoult qui dit être une star de la science, Ibou Fall est une star de la presse. Depuis le Sopi au P’tit Railleur, journal satirique qu’il a fondé, en passant par le Témoin, la plume de ce journaliste de 55 ans fait autorité. Plume acerbe dans un caractère bien trempé, le bonhomme est d’une ténacité à toute épreuve. La preuve, il vient de porter-plainte contre le Ministre de la Communication pour avoir fait bénéficier au tristounet chanteur Mame Gor Djazaka à l’aide à la presse. La figure emblématique de la presse satirique peut l’avoir amer et avec lui, tous les partisans d’une presse libre et démocratique. Kirinapost l’a rencontré histoire d’ échanger sur la vie des médias.

 

Kirinapost: tu as déposé une plainte après avoir découvert que l’artiste Mame Gor a bénéficié de l’aide à la presse. Il a plus 2000 vues sur son Facebook ou Instagram. Ces deux réseaux sociaux ne sont-ils pas de nouveaux médias ?

Ibou Fall: La réponse à ta question sera une question : préfères-tu que les journalistes des générations à venir aient pour référence dans le métier, Mame Gor Diazaka ou Ibou Fall ? Le ministre de la Communication, pour sa part, a tranché.

Kirinapost: beaucoup d’observateurs parient sur la disparition des médias classiques. Tu y souscris ? Ou bien tu penses comme la prédication de la mort du cinéma qu’on attend toujours, la presse classique, journaux etc, a encore un avenir ?

Ibou Fall: Le journalisme est un sacerdoce. Quand on ne le comprend pas comme ça, on peut prédire sa mort. Mais tant qu’il restera des journalistes qui feront ce métier parce qu’ils en sont habités, la presse continuera d’exister.

« La satire n’a pas de discernement »

 

Kirinapost: Le P’tit Railleur est spécialisé satire. Le journalisme satirique est-il plus efficace en démocratie ou en dictature ?

Ibou Fall: La satire n’a pas de discernement. Elle s’exerce en tout lieu quel que soit le contexte. La meilleure définition que j’en ai eue : « conspuer inlassablement les puissants, les poseurs et les satisfaits ». Ces gens-là peuvent s’habiller de l’habit des démocrates comme des despotes…

Kirinapost: Comment se porte le P’tit Railleur ?

Ibou Fall: En stand-by. Les investisseurs se font désirer.

Kirinapost: Aujourd’hui le traitement de l’information au Sénégal te paraît-il bon ?

Ibou Fall: Le seul jugement que je m’autorise, est sur mon travail. Chacun fait ce qu’il peut, comme il peut. Il faut surtout saluer les efforts des journalistes de bonne volonté. Pour les autres, je n’ai rien à en penser.

« Un journaliste est un intellectuel »

 

Kirinapost: Le fait que des hommes d’affaires, opérateurs économiques contrôlent la plupart des médias ne nuit-il pas à la qualité de l’information ?

Ibou Fall: L’économie des médias a besoin d’investisseurs. Il faut que les moyens matériels puissent permettre aux médias de développer une économie prospère. Et pour cela, il faut des investisseurs. Ceci dit, la qualité de l’information tient d’abord à celle du travail de journaliste. Il lui faut de la probité et du talent. Un journaliste ne se laisse pas impressionner par les hommes de pouvoir, ne faiblit pas devant des avantages matériels. Il fait son travail, quoi que ça lui coûte.

Kirinapost: On entend souvent parler de la neutralité du journaliste. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Ibou Fall: C’est plutôt d’objectivité qu’il est question. Faire son travail honnêtement, respecter la sacralité des faits. Pour ce qui est de l’homme, il a toujours une opinion qui n’est jamais neutre. Mais elle doit être réfléchie. Un journaliste est un intellectuel.

Kirinapost: Si tu devais parler à un journaliste débutant…

Ibou Fall: Si tu n’aimes pas ce que tu fais, autant changer de métier tout de suite.

Pour mieux connaitre Ibou Fall… Il est aussi écrivain et éditeur. Procurez-vous ses recueils de « Sénégalaiseries »: Dieu le pire (2009), Banc Diakhlé (2010), Les Egocrates (2012) et NTS, les Nouveaux Types de Sénégalaiseries (2013). Tous édités par Forte Impression S.A

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