FAUT-IL BRÛLER LES LANGUES AFRICAINES (PART IV & FIN)

À l’heure de la mondialisation à sens   unique et de la libéralisation sauvage de l’économie ; où l’Afrique fait face à un besoin toujours grandissant et pressant d’intégrer ses peuples à tous les niveaux ; politique, économique, social, culturel. Que comptent et que doivent faire les africains de leurs langues ?…

Les militants pour la promotion des langues africaines ne baissèrent pas pour autant bras et armes. Au risque de leur liberté, et de grands préjudices en qui concerne leurs activités.

Le contentieux qui avait opposé le Président poète au cinéaste Sembene Ousmane, en est si besoin en était, une parfaite illustration.

Pour avoir géminé le D compris dans le titre de son film « Ceddo »

Sembene vit tout simplement son film interdit d’écran pendant deux ans parce que pour SENGHOR « Ceddo » ne devait s’écrire qu’avec un seul D. Était-ce une mesure déguisée pour ne pas encourir le courroux des hommes religieux, car le film est archi-anti Islamique, où comme le disait Sembene lui-même « DU FASCISME LINGUISTIQUE » où encore comme l’a avancé récemment dans Jeune Afrique le Premier Ministre d’alors Abdou Diouf « le film va à l’encontre des intérêts français ».

Cet épisode de la fameuse gémination dans Ceddo fut précédé par l’expérience du journal KADDU le premier journal édité en langues nationales, toujours sous l’initiative de Sembene le ceddo. En fait KADDU (la parole), était plus un creuset d’idées exprimées dans les langues locales par des intellectuels de gauche en mal de cause, qu’un journal.

Aujourd’hui l’aventure Kaddu se prolonge en une véritable entreprise viable t et fiable à travers les Editions Papyrus dédiés exclusivement à l’édition d’œuvres écrites en langues africaines, et d’un journal mensuel qui parait en Wolof et en Pulaar.

  La pressante demande des populations à être informées et formées et l’évidente incapacité des langues étrangères à poser les fondements d’un développement durable donneront un droit de cité aux langues locales dont le triomphe fut la création d’un ministère chargé des langues nationales et un décret obligeant l’inclusion d’un volet d’alphabétisation dans tous les projets de développement.

Si cet acte en soi est une étape d’une importance incommensurable à tous les niveaux : culturel, identitaire, sanitaire, économique etc.….

Il n’en demeure pas moins qu’il est loin de régler la problématique de l’usage des langues locales. Parce que n’étant pas sous tendue par une politique linguistique véritable. Par politique linguistique nous entendons : Toute action des décideurs politiques et administratifs en vue de la réglementation effective et efficiente de l’utilisation des langues en présence sur le territoire national.

Un tel concept de politique linguistique qui ne se limitera pas uniquement à l’éducation bien qu’elle constituera toujours son laboratoire et son baromètre, mais qui embrassera toutes les activités de la vie humaines allant des sciences exactes les plus complexes, au parler quotidien, en passant par la métaphysique, la science politique, l’information etc…..

 C’est alors en ce moment, et en ce moment seulement que la problématique des langues locales se posera à nous avec sa complexité et sa plus grande acuité.

 On aura alors à parler de la multiplicité des langues qui peut être source de balkanisation et de repli sur soi voir même de discorde et de tension.

 Dès lors il sera question de se prononcer sur les voies et moyens à prendre pour transcender les barrières linguistiques au niveau national et continental

 Ce concept de politique linguistique tout en posant les problèmes de fond aura en même temps à régler un autre non moins crucial qui est « le gap »qui existe entre nos langues et celles dites vivantes à tous les niveaux mais surtout au niveau des TIC

 En termes de politique linguistique, les cas de la grande ile (Madagascar) et de L’Afrique du Sud deviennent très intéressants, et méritent une attention particulière.

 Faisons un petit détour dans la région des grands lacs pour faire l’état des lieux du virage opéré par le Rwanda en passant du statut de pays francophone à celui de pays anglophone sans aucune forme de procès.

 Ailleurs en dehors de l’Afrique le cas du Japon est assez intéressant pour mériter qu’on s’y attarde un tout petit peu. Parait-il que depuis le début des années 90 ce pays est en stagnation économique, du fait notamment de son insularité, mais surtout de la barrière de sa langue qui accentue d’avantage son isolement.

Comme le disait H Segbo « S’il est vrai que le développement d’un pays ne saurait être l’œuvre d’une poignée d’individus prétendue élite, s’il est vrai que le développement est une dynamique du plus grand nombre, l’enseignement des langues nationales demeure un impératif » Quelle part les organismes mis en place par des africains pour le développement de l’Afrique avaient réservé où réservent aux langues du terroir ; je veux nommer : La défunte OUA et maintenant l’UA.

  L’ONU aussi, à travers L’UNESCO, et les autres organismes internationaux mis en place par les anciennes puissances coloniales ; le Commonwealth et l’OIF quelle part réservent-ils aux langues africaines ?

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