De la nécessité de changer les formes de lutte

Si Ousmane Sonko n’était pas présent sur la scène politique, elle serait bien terne. Il faut le dire, le leader de PASTEF, mais aussi Barthelemy Dias et un tantinet moindre le Congrès de la Renaissance Démocratique (CDR), regroupant Thierno Alassane Sall, Abdoul Mbaye et Mamadou Lamine Diallo apportent une fraîcheur, une bouffée d’oxygène à notre vie politique. Ce n’était pas évident avec une majorité qui avait fini de réduire au silence toute voix critique. Heureusement, de nouvelles voies en ce qui concerne le combat politique s’ouvrent. Il faudra sans cesse en inventer de porteuses.

Face à un régime qui biaise le débat, obstrue la justice et qui sans cesse cache la vérité à son peuple, comme le rappelait le Khalife des Tidianes sur la  gestion de la Covid-19, Ousmane Sonko aide à voir plus clair et à faire entendre un autre son de cloche.

Le fait est que l’ancien Inspecteur des impôts a apporté une nouvelle façon de faire de la politique dans la cité. D’abord, en se positionnant en une sorte de lanceur d’alerte, il a réussi à être dans l’actualité et à faire la Une des journaux. Certains diront qu’il a trahi un « pseudo » devoir de réserve alors qu’en réalité, il est tout simplement de par sa formation, mieux outillé à lire les publications officielles.

Actions citoyennes

Depuis que nos États, signataires de conventions internationales sur la bonne gouvernance ont l’obligation de rendre public leurs activités, vérifier leurs possibles malversations est devenu plus accessible.  Par ailleurs, dénoncer les délits en tant que fonctionnaire est fortement encouragé par les organismes internationaux et dans plusieurs pays.

« Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l’exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit est tenu d’en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs » renseignent les textes en France par exemple.

Ensuite, l’idée de publier un ouvrage sur sa vision politique et de le présenter en grande pompe au cours d’un grand show à l’américaine fût innovant. En se soumettant aux questions des journalistes devant un public conquis par l’exercice fût un grand moment politique.. Enfin, organiser des dons de sang et lancer ces Vacances Agricoles Patriotiques sont autant d’événements qui font de Sonko un homme au cœur du jeu.

Solidarité, Ensemble

Toutefois, ce n’est pas assez !  En face de l’opposition, la  majorité travaille sans relâche pour conserver son pouvoir. C’est normal, dans une démocratie, la majorité gouverne et l’opposition s’oppose. Oui, il faut une opposition. N’en déplaise à celui qui professait vouloir « la réduire à sa plus simple expression« . Seulement, même si on a rarement vu autant de bêtise en une phrase, son auteur est en bonne voie de le réaliser tant nous assistons à une forme de répression qui ne dit pas son nom et qui tue petit à petit notre démocratie.

L’appareil d’Etat est au service exclusif de la propagande. La justice est plus prompte à emprisonner un opposant qu’une autorité publique. Les médias sont pour la plupart des affidés du régime. Les marabouts comme Mame Abdou Aziz Dabakh manquent. La plupart ne font que remercier le régime en place tout en demandant aux opposants de cultiver la paix. Dans ce contexte, les revendications syndicales et les luttes politiques ne sont plus audibles. Quant aux scandales et malversations, ils sont accueillis par le citoyen avec un fatalisme décourageant. Plus aucune lutte n’aboutit ou ne mobilise.

L’avenir des partis politiques, des syndicats, du journalisme, du droit de savoir, de la justice sont en jeu

Ce qui est en jeu au fond c’est la question du droit de s’opposer, le droit de revendiquer et le droit de proposer. Au-delà de ces questions, il est important de s’interroger sur l’avenir des partis politiques, des syndicats, du journalisme, du droit de savoir, de la justice, ou encore de l’Etat.

Dès lors, il est nécessaire que de nouvelles formes de lutte voient le jour si on veut une alternative crédible à cette pensée unique rampante. Revoir les stratégies et changer la manière d’aborder les revendications est primordiale.

Manifester c’est bien, mais il serait plus pertinent aujourd’hui de tenir des rencontres dans des collèges et lycées pour sensibiliser la jeunesse. Les 14-15 ans seront majeurs aux prochaines élections. Pour l’organisation de marches, il serait judicieux de les faire en banlieue, dans les régions et surtout choisir des itinéraires pour lesquels l’autorité n’aurait pas à priori des raisons de refuser.

Il ne faut plus parler aux dominants

De nos jours, grâce aux réseaux sociaux, la vidéo d’une marche pacifique dans un bled perdu peut rapidement devenir virale et s’avérer plus efficace que la manifestation classique. La marche devant la prison du Camp Pénal qui a abouti à la libération de Guy Marius Sagna est un bon modèle. Malheureusement, c’était de la réaction alors qu’il faut aller vers l’action. Ousmane Sonko, mais aussi Barthelemy Dias, le maire de Mermoz Sacré-Cœur l’ont compris.

C’est cette proactivité que préconise parfaitement, le philosophe et sociologue Geoffroy de Lagasnerie dans son essai «Sortir de notre impuissance politique» aux éditions Fayard.  Pour lui, il ne faut plus parler aux dominants qui savent déjà. Il faut parler aux futurs électeurs et décideurs. Reprendre l’initiative politique, se substituer à l’Etat et le mettre sur la défensive. La tournée  économique du Président Sall et ses photos dans les champs de mil suite aux images de Sonko dans les rizières de Casamance quelques jours plus tôt, est un bel exemple d’action directe. Demander le soutien financier de ses militants et sympathisants est une nécessité. Quand la cause est juste, il faut participer à l’effort de guerre.

Il vaut mieux faire un live sur Facebook que de passer aux 20 heures

Au lieu de répondre aux invitations des médias qui, de toute façon, ne feront pas passer votre message comme vous le souhaiteriez parce que partisans (coincés par les impôts et accrochés aux pubs de l’Etat) il vaut mieux multiplier les Live sur les réseaux sociaux, trouver des relais et parler aux plus jeunes. Il s’agit même de faire finalement le travail du journaliste (enquête, recoupement, vérification) pour éclairer l’opinion avec précision. Par ailleurs, lorsque l’on a une cause à défendre, l’action solitaire ou les grèves de faim ne semblent plus efficaces. Il faut travailler en équipe.

Dans les nouvelles formes de lutte, il s’agit de mobiliser juristes et experts de la loi, des financiers et les inviter à scruter les textes, les rapports, les décisions afin de collecter les failles, incongruités et malversations. Cela servira pour les éventuelles futures batailles juridiques et les mobilisations nationales et internationales. Surtout, ne pas hésiter à mettre sur la table du débat, les décisions de justice quand elles semblent anti-démocratiques.

Parler aux populations, aux électeurs

Ce qu’il faut éviter, c’est d’être embrigadé dans ces termes creux qui ne veulent absolument rien dire lorsqu’ils sont entre les mains de brigands. Ils sont nombreux. On en citera que trois : « on ne commente pas une décision de justice », « obligation de réserve », « Secret d’Etat. » Quand il n y a plus d’Etat, il n’y a plus de secret qui tienne !

En attendant, le chantier de l’opposition et de la société civile est vaste. L’attente des populations est énorme mais il faut les convaincre. Ce n’est pas gagné d’avance et le régime actuel ne reculera devant rien.

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