COVID 19 au Sénégal :100 jours après

100 jours que l’épidémie à coronavirus a fait son apparition au Sénégal distribuant par-ci, par-là son lot de malades, de décès, d’emplois perdus et causant une angoisse existentielle et une peur constante en chacun d’entre nous. Cette peur est telle que nous avons l’impression que nous ne sommes jamais assez propres, jamais assez prudents et-jamais assez prévenants, ayant toujours une pensée pour les gens que nous aimons et à qui nous ne souhaitons surtout pas transmettre cette saleté.

Chaque matin, telle la délibération d’un examen de fin de cycle, nous sommes scotchés à la radio ou nous avons les yeux rivés sur les réseaux sociaux ou la télévision, attendant avec impatience que le Ministère de la Santé et de l’Action Sociale nous donne les chiffres de la douleur en espérant, tout au fond de nous, que le nombre de tests positifs soit le plus bas possible mais que les personnes contrôlées négatives soient toujours plus nombreux. Pour les morts, on prie aussi pour qu’il n’y en ait pas du tout.

100 jours que nous nous battons auprès de cette masse inconsciente qui ignore, parfois délibérément, les gestes qui sauvent qui sont si simples et s’exposent tout en nous exposant, n’ayant aucune conscience des risques qu’ils nous font courir. Nous leur expliquons, réexpliquons sans nous lasser en espérant qu’ils finiront enfin par comprendre.

100 jours que des collectifs d’artistes autour notamment du graffeur Docta et du manager Ati Diallo, sensibilisent le long des murs de Dakar. Mention spéciale au UNDUGRAFFITI et au RBS CREW aux graffitis les plus en vue dans cette sensibilisation. 100 jours que des tailleurs ou  des stylistes-designers comme Cheikha confectionnent des masques, 100 jours que des inventeurs, étudiants en sciences, produisent du gel et toute sorte d’appareils susceptibles d’aider le personnel de santé et les populations.

Figure emblématique de la lutte contre la Covid-19 au Sénégal: Pr Seydi, Chef de Service Maladies infectieuses de l’Hôpital Fann

100 jours que des hommes et des femmes, en première ligne contre cette maladie, ont perdu le sommeil et sont éloignés de leurs familles, se battant jour et nuit pour tester, isoler, soigner, accompagner les personnes malades, leurs familles, leurs proches, leurs contacts, se mettant en danger pour nous sortir du danger. 100 jours qu’ils imaginent des stratégies, essaient des les adapter aux contextes changeants et aux comportements de nos concitoyens.

100 jours qu’ils souffrent de voir que certains ne prennent pas conscience qu’eux aussi ont envie d’aller voir leur famille, passer du temps avec leur conjoints et leurs enfants mais, que tant que cette maladie n’est pas vaincue, ils n’auront pas de répit.

100 jours que leurs efforts sont annihilés par le refus de les aider à réaliser leur mission.

100 jours que les forces de défense et de sécurité sont sur le terrain, jour et nuit pour essayer de faire respecter les recommandations des autorités et à jouer à cache-cache avec des gens qui n’ont pas compris ou font semblant de ne pas avoir compris que c’est pour leur bien qu’on leur exige certains sacrifices.

100 jours que des plaisantins, souvent malintentionnés ou ayant un agenda lugubre, se plaisent à torpiller tous les efforts en vue d’éradiquer le mal en distillant, en diffusant, en relayant et en encourageant la diffusion de fausses informations sans jamais s’inquiéter des conséquences sur des gens crédules qui croient en tout ce qu’ils lisent ou entendent.

100 jours, c’est déjà trop. Et chaque jour qui s’ajoutera sera encore un jour de trop. Il est de notre responsabilité que le virus ne fasse pas dans notre pays 200 jours.

Share

Spécialiste des cultures urbaines et de questions de jeunesse, Mamadou Dramé, Docteur d'Etat ès Lettres, est l'auteur, entre autres, de ''Parlez-vous hip hop ?''éditions Afroquébec. Cet enseignant à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar a été reporter dans plusieurs quotidiens et radios. Ses analyses succulentes sur l'urbanité et l'avenir de l'Afrique sont sur Kirinapost.

One Comment

  1. Abdoulaye Mbaye Reply

    Merci Grand Mamadou Dramé pour ce beau post plein d’enseignement. 100 jours que le Sénégal vie avec la covid19. Et presque 200 jours que le monde est impuissant face à ce pandémie qui paralyse tous les secteurs.
    Que Dieu nous sauve face à ce fléau.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *