Coronavirus et Tourisme: Ensemble pour un tourisme nationalisé

Ainsi, la crise du tourisme ne sera pas que passagère, elle a de fortes chances d’être longue et difficile. Avant le Covid 19, le secteur était déjà en léthargie avec la pandémie que va-t-il advenir ? Pourtant de réelles et belles perspectives s’offriraient à lui….

Dans le creux de la vague actuellement, à cause de la pandémie du Coronavirus, le tourisme se trouve également dans une situation compliquée avec la supposée colère du chef de l’Etat Macky Sall à son encontre.

Ce dernier, selon le quotidien L’Observateur, n’aurait pas apprécié que certains grands hôteliers refusent d’ouvrir leurs portes au confinement des cas contacts de patients du Covid-19 alors qu’ils sont pris en charge par l’Etat pour une pension journalière de 50 000 FCFA. Une somme non négligeable en ces moments de crise où aucune rentrée d‘argent n’est constatée dans ce secteur.

Lors des explications sur le Plan de résilience économique et sociale doté de 1000 milliards FCFA et destiné à faire face aux conséquences de la propagation du Covid-19, le ministère du Tourisme et des transports aériens a précisé que les réceptifs « ayant refusé » cette mesure « ne bénéficieront pas du soutien de l’Etat ».
Toutefois, la colère de l’Etat ne s’abattra pas sur tous les acteurs qui ont joué le jeu. Ainsi, une enveloppe financière de 77 milliards FCFA en faveur des secteurs du tourisme et des transports aériens a été dégagée. 15 milliards de FCFA seront alloué au crédit hôtelier et touristique qui été jadis de 3 milliards FCFA, tandis que 12 milliards de FCFA vont être affectés au paiement des hôtels réquisitionnés pour le confinement des cas contacts du Covid-19. En outre, 200 milliards de FCFA serviront à alimenter un fonds de garantie et de bonification qui permettra aux entreprises du secteur de disposer de crédit de trésorerie et des prêts rapides auprès des établissements financiers.

Mais ces seules mesures seront-elles suffisantes ? Parce que l’impact de la crise du coronavirus sur l’ensemble de la filière touristique (transports, lieux de visite, restauration, réceptifs, agences de voyages, compagnies aériennes, commerçants dans les stations balnéaires…) est d’autant plus importante au Sénégal qu’elle va affecter deux saisons de suite, sinon plus. Celle qui est en cours et qui ne sera pas bonne et celle qui suit et qui sera à l’image de la précédente à cause du réflexe humain qui consistera à faire des provisions et renflouer les épargnes avant de songer à voyager de nouveau, surtout chez les populations occidentales qui représentent la quasi-totalité des touristes.

Il faut donc réfléchir à une solution de sortie de crise qui irait au-delà de l’appui de l’Etat pour passer la crise. Ma solution, est l’ouverture des réceptifs aux nationaux. Oui, faire la promotion du tourisme national avec les nationaux. En somme, je demande aux Sénégalais de faire des choix sénégalais et allez en vacances au Sénégal. Soyez malin et soutenez notre économie ! Petite Côte, Casamance, Kédougou, Saint-Louis, Louga, Lac Rose, sont autant de destinations qui viennent à mon esprit. Des lieux paradisiaques encore méconnus du grand public et qui pourraient faire le bonheur de tout le monde. Mais d’abord, c’est le tourisme au Sénégal en chiffres ?

Les chiffres ?

L’offre touristique est de 744 établissements en 2015, pour 18 200 chambres, et génère 28 000 emplois directs selon les chiffres du cabinet AD Conseil qui a compilé les données du ministère du Tourisme et des Transports Aériens. Selon cette même étude les données statistiques aux frontières (terre, air, mer) donnent le chiffre de 1 014 000 arrivées, dont 1 007 000 touristes en 2015, en progression de 4,5 % sur un an. Ces chiffres recoupent celles des données statistiques hôtelières de 1 076 000 arrivées de touristes en 2015, mais en diminution de 11 % par rapport à 2014. Le taux d’occupation des chambres est de 35 %, pour une durée moyenne de séjour de 2,3 jours.

Que les dirigeants donnent l’exemple

L’image du docteur Mary Teuw Niane en compagnie des Lions dans la ferme de Phatala dans les Iles du Saloum me vient à l’esprit. Cela avait déclenché chez beaucoup de compatriotes un sentiment de fierté et une envie de faire la même chose avec ces fauves. Quelques mois plus tard, sur les réseaux sociaux plusieurs sénégalais Lambda l’avaient reproduit. « Dresseur de Lion » : leur légende favorite était partagée et les demandes de renseignement sur le lieu et les conditions de voyage toutes aussi importantes avaient été notées. Tout ça pour dire qu’il existe des possibilités d’attirer les Sénégalais vers un tourisme national attrayant avec une qualité de service et des produits qui peuvent sauver une saison qui s’annonçait perdue d’avance. Si nos dirigeants sont tous aussi prompts à s’afficher devant caméras et photos pour montrer le bon exemple dans la lutte contre l’insalubrité et le Covid-19, je ne doute pas de la réussite de cette opération. Le Président de la République en premier, ses ministres et directeurs généraux doivent aller sur le « terrain », occuper des lits en compagnie de leur famille et vanter la beauté des lieux à leurs concitoyens. N’ayons pas peur du chauvinisme !
Toutefois, je les invite, dès à présent, à éviter de polluer le message avec leurs propres photos ou celles de leurs enfants sur les réseaux sociaux, se glorifiant de leur présence dans des lieux paradisiaques, ailleurs qu’au Sénégal.

Que les fonctionnaires et leurs familles soient fortement incités à le faire

Le tourisme français est l’un des plus dynamiques au monde parce qu’il est d’abord national. Ce sont les français qui visitent la France. Par vagues de milliers, ils visitent les différentes régions de leurs pays à la découverte des spécificités régionales, architecturales et historiques de leurs terroirs. Il n’y a aucune honte à s’inspirer des modèles qui marchent. Le modèle français est bon et il est au centre des attentions de l’Elysée. Inciter les Sénégalais à visiter leur pays à la découverte des trésors régionaux est une option tout à fait crédible. Les chutes de Dindefelo et la région de Kédougou feraient un excellent lieu de repos pour le gouvernement et ses fonctionnaires. A l’image des Conseils des ministres décentralisés qui avait boosté le taux d’occupation des réceptifs, une vague de vacanciers avec un pouvoir d’achat supérieur à la normale de la région serait un coup de fouet pour toute l’économie locale. Avec les fonds de l’Etat et cette rentrée d’argent inattendue, tous les acteurs pourraient moins ressentir les effets des conséquences du Covid 19.

Des forfaits étudiants

Jeunes et instruits, ils sont nombreux, disposent d’un pactole de fin d’année et sont de futurs prospects pour les hôtels. En ces périodes de Covid 19, les étudiants sont la cible idéale des hôteliers pour présenter le produit du tourisme national et récupérer quelques sous dans l’opération. Il ne s’agit pas pour autant de gagner de l’argent mais d’investir sur l’avenir en initiant ces jeunes sénégalais aux délices du tourisme, tout en espérant qu’une partie d’entre eux se prêteront au jeu. Entre des chambres non occupées, des charges sociales à payer et des impôts non encore réglées, relancer une activité touristique presque morte serait déjà une aubaine. Avec des « prix étudiants » qui n’empêchent pas un service de qualité beaucoup d’hôtels de la région de Saint-Louis et de Matam pourraient faire des affaires. Des visites guidées sur les sites historiques comme le village de Nder avec des explications des autochtones. Un tour dans l’île des Tortues ou dans le fort de Podor pourrait intéresser certains d’entre eux.

DDD et Air Sénégal comme clé de voute

Pour que la boucle soit bouclée, tous ces mouvements de Sénégalais doivent être canalisés et gérés par des régies de transports nationaux comme Dakar Dem Dikk et Air Sénégal International pourvu qu’eux aussi bénéficieront de cette manne financière. Des départs et des arrivées régulières dans des moyens de locomotions confortables et spéciaux inciteront bon nombre de Sénégalais au voyage. Des rentrées exceptionnelles d’argent et un entretien du parc pourront se faire grâce à cette initiative. Avec l’appui de l’Etat et des subventions sur les billets, plusieurs jeunes profiteront des offres pour faire leur baptême de l’air. L’avion a toujours son charme pour beaucoup et pouvoir se payer ce luxe serait assez tentant pour franchir le pas. Si on ajoute à cela une raison festive de prendre l’avion, la tentation n’est que plus grande. Un départ de Dakar par les airs, un transit vers le lieu d’hébergement par les bus de DDD avant un retour par le même chemin ferait du bien aux deux sociétés. Le pavillon national retrouverait une activité après ses mésaventures avec des passagers supposés infectés du Coronavirus tandis que Dakar Dem Dikk renforcerait sa toile et son maillage du territoire national.

Les acteurs culturels impliqués

Combien de Sénégalais sont prêts à faire le voyage Dakar-Kédougou ou Dakar-Cap Sikkiring ou Dakar Podor s’ils savent qu’il y aura plusieurs prestations de Youssou Ndour, Baba Maal, Waly Seck ou Dip Doundou Guiss ? Des milliers à mon avis ! Il est temps aussi que les grands acteurs culturels comme le leader du Super étoile jouent leur partition dans cette dynamique et offrent des concerts dans tous les lieux touristiques qui accueilleront cette nouvelles clientèle. La Scandinavie, l’Europe et le Canada profitent des vacances estivales pour favoriser le tourisme de masse. Ils organisent des Festivals avec beaucoup d’artistes au programme. Leurs fans affluent par milliers au grand bonheur des hôteliers du coin. Toute l’économie de la zone est boostée durant quelques jours. Les caisses de la mairie sont remplies, la production artisanale locale est promue et la notoriété internationale du pays confortée.

Marketing territorial d’enfer

C’est la base de tout. Un volontarisme politique affiché et une compagne de publicité importante. Le prix qu’il faut doit être payé pour arriver à réussir ce pari. Convaincre les Sénégalais de toutes catégories d’âge qu’il est bénéfique pour eux et pour l’économie nationale de sortir de son cocon un peu pour découvrir de nouveaux paysages. Il s’agit donc d’amener le consommateur sénégalais à comprendre l’importance de consommer des produits (dont le tourisme) qui créent de la valeur ajoutée nationale grâce la transformation de matières premières locales. Sur ce point, comme le souligne assez souvent Phillipe Barry de RSE Sénégal, il incombe à l’Etat dans le cadre des axes « Economie sociale et solidaire » et « Industrialisation » du PSE2, de prendre l’initiative d’accompagner la dynamique du consommer local en facilitant la promotion, dans les organes nationaux de presse, des promoteurs de ces petites entreprises à forte valeur ajoutée, de leurs produits/marques, au lieu de se focaliser juste sur l’appui au financement. Par exemple, subventionner très fortement les tranches horaires à la télévision, radio et journal d’Etat pour ce type de voyage. Une telle décision permettrait d’avoir un écosystème favorable à l’éclosion du tourisme national. Le ministère du Tourisme et des Transports aériens, le Directeur général de l’Agence Sénégalaise de Promotion Touristique (ASPT) sont attendus au tournant.

Un soutien qui doit se mériter

S’il faut déclencher un plan Marshall pour le tourisme au Sénégal qui permettrait aussi de soutenir plusieurs familles qui vivent directement ou indirectement de cette activité, il faut aussi que les principaux acteurs jouent le jeu. Les hôteliers doivent éviter de donner du grain à moudre à leurs détracteurs en montrant qu’ils sont aussi impliqués qu’un parieur qui joue sa dernière chemise. Cela passe par comprendre la situation et agir en conséquence. D’abords respecter leurs engagements avec l’Etat pour bénéficier du fonds de résilience dégagé à leur endroit. Puis, accepter de faire des efforts de réduction des prix pour attirer cette nouvelle clientèle qui n’a pas encore le réflexe de faire du tourisme dans son propre pays. Mais aussi garantir une certaine qualité dans les services pour que le nouveau client soit tenté de revenir la prochaine occasion en payant le vrai prix des bonnes choses pour paraphraser la pub. Les standards de qualité qui ont fait les lettres de noblesse du service touristique sénégalais ne doivent pas être ébranlées pas la crise. Mamadou Racine Sy président du Syndicat patronal de l’industrie hôtelière au Sénégal est attendu au tournant. Il ne faudrait pas que son combat pour un soutien appuyé de l’Etat ne soit pas juste perçu comme une manière de renflouer uniquement les caisses des promoteurs hôteliers.

 

mtta.gouv.sn

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