Boubacar Touré Mandémory lauréat 2020 du prix de l’association de la presse Panafricaine

Le photographe militant Boubacar Touré Mandémory a reçu le prix de l’association de la presse Panafricaine MOKANDA pour sa série: « Couleurs et visages de Ndingler ». Ndingler est le nom de ce village sénégalais dont les terres avaient été octroyées de façon peu orthodoxe à une entreprise agroalimentaire. Touré Mandémory avait pris son appareil pour se rendre sur place et témoigner entre autres de la dignité et de la résistance de ces paysans spoliés. Lorsque l’entreprise fit marche arrière laissant les villageois retourner aux champs, le photographe se rendit à nouveau à Ndingler pour assister cette fois aux récoltes. C’est ce formidable travail qui vient d’être honoré.

Boubacar Touré Mandémory, lauréat photographie 2020 du Prix l’association de la presse panafricaine

Boubacar Touré Mandémory est à la fois surpris et ému de recevoir le prix de l’association de la presse Panafricaine car avoue-t-il, il ne savait pas que son action était arrivée dans ces sphères.

« Je suis ému et surpris car je n’ai participé à aucune compétition, donc décrocher un prix pour ce travail est une grande satisfaction. Une satisfaction pour avoir accompli mon devoir de témoignage. Je l’ai fait en ayant en tête que c’était ma modeste contribution pour combattre une injustice. Il reste entendu qu’en traitant Ndingler, je voyais toutes les terres du Sénégal qui avaient subi ce fléau. » a réagi le photographe militant à l’annonce de la nouvelle.

L’association MOKANDA est née en 2018, à l’occasion du Salon Livre de Paris. Elle a pour mission de distinguer les auteurs d’Afrique subsaharienne. En effet, ses initiateurs sont partis du constat que la France distribuait chaque année plus de 2 000 prix littéraires à des auteurs francophones. De plus, des prix attribués par des jurys dont les membres sont essentiellement constitués de personnalités issues… du nord. « Et l’Afrique dans tout cela, devrait-elle se contenter de la portion congrue ? » se sont t-ils demandés. Dés lors, l’idée de donner une meilleure place à la littérature et aux cultures africaines s’est avérée nécessaire. Le mot « MOKANDA » tiré du lingala signifie à la fois lettre, papier, peau ou parchemin, livre. En clair: l’écrit et son support.

Mandemory, photographe-militant © Matar Ndour

Pour la première édition 2018 seuls deux auteurs (l’Ivoirien Venance Konan pour Si le Noir n’est pas capable de se tenir debout, laissez-le tomber  et la Gabonaise Honorine Ngou pour l’ensemble de son oeuvre) étaient récompensés. Par la suite, il était demandé aux organisateurs – sans même attendre la fin du Salon Livre Paris – que soit étendu le Prix de la Presse Panafricaine à d’autres disciplines que l’écriture. C’est ainsi que les bandes dessinées, les livres d’art, la photographie, la peinture, la musique et en l’occurence la photographie viendront élargir le champ des distinctions possibles.

Boubacar Touré Mandémory le lauréat photographie 2021 est fier d’avoir pu « hisser » la photographie d’auteur à un cran au-dessus avec ce prix. Il est convaincu également que la distinction va ouvrir d’autres perspectives afin que plus de monde ( videastes, journalistes écrivains et activistes ) défendent d’autres foyers de tension chaque fois que de besoin.

« Ce travail à Ndingler était animé aussi par la volonté de montrer que quand l’intérêt financier n’est pas la préoccupation d’un auteur, c’est à partir de ce moment que le travail se fait sans aucune contrainte. Ce prix donne un coup de massue à ces dirigeants et prédateurs industriels afin qu’ils soient conscients que leur prédation est audible à travers le monde »  a-t-il conclu.

Terres de Ndingler ©:Boubacar Touré Mandémory

Boubacar Touré Mandémory se définit comme un photodidacte. Né en 1956 à Dakar, il commence la photo à une période où les portraits studios font de plus en plus place au reportage et au documentaire. En compagnie de Bouna Médoune Seye, Djibril Sy, Mamadou Touré dit Behan Moussa M’Baye, il participe à cette grande évolution de la photographie sénégalaise. Mandémory c’est un style unique. Son super grand angle, ses contre- plongées, d’un esthétisme rare, décrivent avec une lucidité déconcertante la société sénégalaise voire africaine et racontent d’une manière originale leurs tremblements, leurs combats et leurs évolutions.

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