Approche communautaire, oui, mais c’est quoi même approche communautaire ?

Face à l’impossibilité d’inverser la tendance de l’explosion des malades du coronavirus, particulièrement des « cas issus de la transmission communautaire », et à l’augmentation exponentielle de la mortalité, des mesures urgentes s’imposent.

Partout, il est décrié une « mauvaise communication » de la part des autorités du Ministère de la Santé qui, pourtant se battent bec et ongles, pour sensibiliser les populations sur les gestes qui pourraient permettre d’endiguer la propagation impossible à maitriser de la maladie.

Beaucoup d’experts estiment que l’accent doit être mis sur « l’approche communautaire », ce qui n’est pas nouveau puisque, depuis plus de trois mois, c’est le même discours qui revient. Doit-on en conclure que les spécialistes de la communication ne connaissent pas cette approche ? Ou bien ne savent-ils pas ce qu’on doit comprendre par « approche communautaire » à moins qu’ils aient des difficultés à adapter l’approche à nos réalités ?

On peut comprendre par approche communautaire cette approche « de santé publique au niveau local impliquant la participation des habitants pour identifier les problèmes auxquels ils sont confrontés et y trouver des solutions avec l’aide d’animateurs et de professionnels ». Cette approche est, pour la plupart, très efficace. Et dans le cas précis de notre pays, les populations connaissent bien le problème de santé publique qu’il faut identifier. Ils sont suffisamment informés sur les modes de transmission et les mesures qui peuvent sauver des vies, mais le problème est de les emmener à adopter des comportements responsables et à en faire un mode de vie.

Et pourtant la communauté (ou les communautés) n’a pas attendu le gouvernement pour parler de la maladie, distribuer des masques et des gels, mettre des points de lavage partout. Des groupes de jeunes ont organisé de campagnes de sensibilisation dans les maisons, dans les quartiers, dans les marchés, sur les réseaux sociaux, etc. en utilisant tous les types de supports pour emmener les gens à se rendre compte de la gravité de la situation, mais il semble que cela n’a servi à rien. C’est aujourd’hui qu’on voit que des personnes ne semblent même pas se soucier de la présence partout dans le pays.

Ils ont même eu à montrer un excès de zèle mais le temps a eu raison de leur engouement et l’habitude de vivre avec le virus a fait perdre à certains la mesure de la situation. Et il y a, semble-t-il, une volonté manifeste d’enfreindre les règles en toute connaissance de cause. Malheureusement, ils sont confortés par les discours qui cherchent toujours des responsables à des comportements irresponsables. Au lieu de les emmener à revoir leurs comportements et à les changer, on leur trouve des excuses qui les confortent dans cette posture.

La seule communication qui vaille, c’est celle qui met chacun face à ses responsabilités. Aussi futé et expert qu’on soir, on ne peut rien face à des gens qui enfreignent délibérément les règles et se cherchent des excuses pour ces comportements qui les mettent en danger et nous mettent en danger.

Puisque le seul langage que certains comprennent est celui du bâton, il faudrait, peut-être l’agiter pour leur remettre les idées en place. Il s’agit d’une question de sécurité nationale

©:msf.fr

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Spécialiste des cultures urbaines et de questions de jeunesse, Mamadou Dramé, Docteur d'Etat ès Lettres, est l'auteur, entre autres, de ''Parlez-vous hip hop ?''éditions Afroquébec. Cet enseignant à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar a été reporter dans plusieurs quotidiens et radios. Ses analyses succulentes sur l'urbanité et l'avenir de l'Afrique sont sur Kirinapost.

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