Thiaroye 44: 80 ans plus tard, l’État français condamné pour avoir dissimulé les circonstances du massacre 

L’Etat français vient d’être condamné par la justice pour avoir dissimulé les circonstances du massacre de Thiaroye 1944.

Plus de 80 ans après la tragédie de Thiaroye 44, rapporte l’AFP, la justice française a condamné l’Etat français pour avoir dissimulé les circonstances de ce massacre perperté par l’armée coloniale. Un massacre contre les tirailleurs africains, qui réclamaient leur solde après avoir combattu pour la France.

Commise le 1er décembre 1944 dans le camp de Thiaroye, près de Dakar, cette tuerie est frappée par la prescription, relève vendredi le tribunal administratif de Paris, saisi par un ressortissant sénégalais, fils d’un de ces combattants. Il n’a donc pu reconnaître la faute de l’Etat pour le décès de cet homme.

En revanche, explique le tribunal dans un communiqué, la « faute » de l’Etat peut être reconnue et sa responsabilité engagée pour ne pas avoir mis en œuvre les « moyens susceptibles d’éclairer les circonstances précises » de la mort violente de cet homme. Au titre du préjudice moral sont accordés 10.000 euros au fils de ce combattant, que le tribunal ne nomme pas.

Le 4 novembre 1944, quelque 1.300 de ces combattants coloniaux, ex-prisonniers de guerre des Allemands, embarquent depuis Morlaix, dans le nord de la Bretagne, pour être rapatriés, après avoir combattu pour l’armée française lors de la Seconde Guerre mondiale. Après leur arrivée au camp de Thiaroye, ils se révoltent contre le retard du paiement de leurs arriérés de soldes.

Au matin du 1er décembre 1944, l’armée coloniale française et les gendarmes ouvrent le feu sur ces tirailleurs. Les circonstances de la tuerie, le nombre de tués et leur lieu d’inhumation restent à élucider. Depuis lors,  des chercheuses comme Armelle Mabon se battent pour que la vérité éclate.

« C’est une nouveauté dans l’ordre juridique français la responsabilité mémorielle… La décision sera dans toutes les revues juridiques. Le Tribunal considère – c’est tout à fait nouveau et je n’en espérais pas tant – que la faute de l’Etat est caractérisée notamment au regard du retentissement mémoriel. Sur le plan juridique c’est inédit.Mais l’état français va certainement faire appel sinon pour moi, il est acculé à reconnaître enfin le mensonge d’État et ce serait une bonne chose » a réagi l’historienne.

– « Mort pour la France »

Les autorités françaises de l’époque avaient donné un bilan allant jusqu’à 70 tirailleurs tués. Les « estimations les plus crédibles avancent les chiffres de 300 à 400 » morts, dont certains sont inhumés dans le cimetière, selon le Livre blanc. Les historiens sénégalais réclament notamment la liste des 1.300 soldats embarqués à Morlaix.

Le tribunal administratif de Paris relève que « dans les années qui ont suivi le décès » du soldat concerné, la France avait menti à sa famille, « en indiquant qu’il avait été déserteur, que sa solde lui avait été intégralement versée et que les tirs des soldats français étaient une réaction proportionnée ».

Si elles ont ensuite reconnu que ces éléments « ne correspondaient pas à la vérité historique » et ont admis en 2019 qu’il n’était pas déserteur puis en 2024 qu’il était « mort pour la France« , les autorités n’ont toutefois « pas mis en œuvre tous les moyens (…) à leur disposition pour faire la lumière sur les circonstances précises de sa mort ainsi que sur son lieu de sépulture ».

Le corps français des « Tirailleurs sénégalais », créé sous le Second Empire français (1852-1870) et dissous dans les années 1960, rassemblait des militaires venus du Sénégal, du Mali (Soudan français selon son appellation coloniale), du Burkina Faso (alors Haute Volta) et de Guinée.

Le terme de « tirailleur sénégalais » a fini par désigner l’ensemble des soldats d’Afrique qui, sous le drapeau français, ont participé aux deux conflits mondiaux et aux guerres de décolonisation.

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