Autrefois délogé de la Knesset, le kahanisme, ce courant extrémiste religieux suprémaciste, irrigue désormais le champ politique dominant. En portant la promesse de l’exclusivité juive, cette idéologie ne se conçoit pas sans la violence — une violence d’État dont les Palestiniens sont les victimes fondamentales et dont les Israéliens, demain, seront les cibles collatérales. Source: Orient XXI

Jérusalem, 15 juin 2021. Le député Itamar Ben Gvir, élu quelques mois plus tôt à la Knesset, lors d’une marche de l’extrême droite israélienne à Jérusalem-Est.
© Shay Kendler/Creative Commons
La loi, en Israël, émane-t-elle des citoyens, via des institutions représentatives, ou bien l’autorité est-elle conçue comme divine, ethno-religieuse, au point que l’État et ses citoyens deviennent les instruments d’une volonté sacrée ? À mesure que cette fracture s’intensifie, elle se manifeste moins dans les textes juridiques que sur le terrain – en Cisjordanie d’abord –, là où se décide concrètement qui est protégé, qui est abandonné, et qui a le droit d’exercer la force.
Israël traverse une mutation idéologique et institutionnelle qui menace de transformer la nature même de sa souveraineté. Pendant des décennies, la religion a été une composante, certes centrale, mais partielle, de l’identité israélienne. Même au sein du sionisme religieux historique, une forme de responsabilité à l’égard de l’État (mamlakhtiyout) et de ses institutions maintenait une tension entre sacré et profane. Or, ces dernières années, cette vision recule au profit d’une autre logique : une souveraineté juive nationale-religieuse absolue, où l’égalité devant la loi, les droits humains et l’existence de mécanismes constitutionnels de limitation du pouvoir ne sont plus perçus comme des garanties démocratiques, mais comme des obstacles à la rédemption et à la pleine souveraineté juive. Dans ce cadre, la loi civile et les normes universelles cessent d’être des bornes : elles deviennent des obstacles à contourner, à neutraliser ou à corriger.
Ce basculement n’est pas propre à Israël. Il s’inscrit dans une vague mondiale de nationalismes religieux et de populismes identitaires qui fragilisent les démocraties libérales : droite chrétienne aux États-Unis, nationalismes chrétiens en Europe centrale, hindutva1 en Inde, nationalisme bouddhiste au Myanmar. En Israël, il prend une forme particulièrement explosive, car il s’associe à une politique expansionniste en Cisjordanie, où sont développées des pratiques de pouvoir et d’impunités qui gangrènent l’ensemble d’un système de double régime : l’un civil pour les colons israéliens, relevant du droit israélien, l’autre militaire pour les Palestiniens, soumis au droit militaire.
Du messianisme d’État à la révolte contre l’État de droit
Pour comprendre la dynamique actuelle, il faut rappeler la trajectoire d’une partie du sionisme religieux : des rabbins Kook à nos jours, à travers les conséquences de la guerre de 1967.
Dans la pensée du rabbin Abraham Isaac Kook (Grïva [Lettonie] 1865-Jérusalem, 1935), le sionisme laïc était l’instrument historique, parfois inconscient, d’un processus rédempteur : le profane précédait le sacré, l’État pouvait être imparfait sans être illégitime. Son fils, le rabbin Zvi Yehuda Kook, transforma cette vision en programme politico-messianique plus explicite après 1967 : revendication de la « terre d’Israël » intégrale – c’est-à-dire de toute la Palestine historique –, sacralisation de l’armée et de l’État, centralité de la colonisation comme accomplissement. Mais cette sacralisation était l’objet d’une tension interne : que devient un État sacré lorsqu’il signe des retraits, négocie des compromis, ou limite l’expansion territoriale ? Lire la Suite ICI






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