Clap fin sur la CAN 2025. L’une des meilleures de l’histoire a clamé la plupart des observateurs dès le début du tournoi. Il faut dire que le Maroc, pays organisateur, avait mis la barre très haut. Les stades étaient splendides, les hôtels somptueux, la réalisation télé magistrale et cerise sur le gâteau, le champion est beau. Tout le long du tournoi les Lions ont montré une maîtrise affolante même dans les moments difficiles. La victoire du Sénégal consacre la meilleure équipe d’une très belle compétition qui était à deux doigts de finir en eau de boudin. Sanction ou pas, le champion est beau et l’Afrique peut-être fière d’un tel vainqueur !

Le peuple sénégalais est un peuple de connaisseur, si leur équipe n’avait pas mérité sa victoire sur le terrain, il ne sortirait jamais massivement pour les accueillir.
Le Sénégal est devenu dimanche dernier, au Maroc, champion d’Afrique pour la deuxième fois. Il est beau, le champion. Dans un match haletant et de haut niveau, le Sénégal a battu une très belle équipe du Maroc. Les deux formations, dans un combat de gladiateurs, se sont renvoyées coup pour coup.
Si le Maroc, après le but refusé au Sénégal, avait gagné sur ce penalty de Brahim Diaz, cette CAN aurait eu un goût d’inachevé. Le fait est que les deux décisions de l’arbitre, poussette de Abdoulaye Seck sur Hakimi et accrochage El Hadj Malick Diouf – Brahim Diaz, ont failli gâcher quelque peu le spectacle.
Les deux décisions arbitrales peuvent se défendre, mais dans la manière de procéder, le juge de la partie a clairement manqué de psychologie. On ne peut pas refuser la VAR aux Sénégalais, sortant même des cartons contre ceux qui la réclamaient avec insistance, et l’accepter quelques minutes plus tard pour les Marocains qui la réclamaient avec la même véhémence.

Face aux décisions arbitrales catastrophiques, Sadio Mané a préféré en rire…
Le « deux poids deux mesures » était manifeste, surtout qu’il avait l’air compatissant à la demande de Brahim Diaz. Un grand arbitre n’arbitre pas seulement avec les textes, mais il prend aussi en compte le contexte. Après avoir refusé le but sénégalais dans ces conditions, il ne pouvait pas accorder un penalty aux Marocains, sur une action où le hors-jeu est, de surcroît, avéré. Pas à ce moment-là du match…il ne restait que quelques secondes !
Assez pour penser que ça frise le coup de pouce, d’autant plus que les Lions de l’Atlas, qui n’arrivaient pas à défaire l’étau sénégalais, étaient bien dominés dans le jeu, on peut dire même une grande partie du match.. Dans une CAN où les erreurs d’arbitrage s’étaient succédées de manières anormales jusqu’à celles de la finale, en ajoutant les étranges malaise de Krepin Diatta, Pape Matar Sarr, Ousseynou Niang et l’hallucinant épisode du vol de serviettes du gardien sénégalais et les maltraitances sur son second, il y avait tous les ingrédients pour faire exploser la cocotte- minute !
Le football a son côté dramatique Var ou pas

Avec la pluie, les serviettes sont importants pour les goals et leurs gants mouillés. Y Diouf gardien remplaçant du Sénégal malmené pour avoir tenté de proteger les serviettes de son coéquipier que les ramasseurs de balles volaient systématiquement. Scène surréaliste !
Revenons au match. Tactiquement, les marocains ont bien annihilé la préparation sénégalaise qui partait de Sarr et Gueye en pressant haut. Dans le même temps, ils utilisaient bien les couloirs pour avoir de bonnes incursions dans la défense sénégalaise.
Du côté du Sénégal, les Lions, calmes, sereins, ont insisté, malgré le pressing adverse, sur les sorties de balles propres et ont rehaussé leur niveau pour se procurer de belles brèches. Plus la partie se déroulait et plus le Sénégal dominait son sujet, même si le Maroc arrivait à placer quelques situations dangereuses.

Tout joueur sénégalais qui protestait avait droit au carton…
Le pénalty de Brahim Diaz à la dernière minute du match et surtout la décision de Pape Thiaw demandant à ses joueurs de quitter la pelouse pour protester contre la décision de l’arbitre, apportèrent à la finale sa part de dramaturgie. Le football a son côté théâtral, dramatique même parfois. C’est inhérent au foot. VAR ou pas VAR.
Le coup de boule de Zidane, c’était un scénario dramatique que même l’écrivain Boubacar Boris Diop, grand amateur de football, ne pourrait pas inventer. Le sélectionneur du Sénégal qui demande à ses joueurs de sortir du terrain, ce n’est pas un acte à conseiller aux autres entraîneus même si on peut le mettre sous le coup de l’émotion et de l’humain. Quelle issue en 1986, si les Anglais étaient sortis du terrain après la main de dieu ?

Une image qui vaut mille mot…
Toutesfois, Pape Thiaw n’est pas le premier acteur d’un match à demander à son équipe de quitter la pelouse ainsi. Messi l’a fait avec l’Argentine. Galliani l’a fait avec le Milan AC pour dire que ce n’est point une affaire de foot africain ! Le football est un et universel !
Néanmoins, Thiaw a bien fait de revenir avec ses hommes pour devenir champions d’Afrique dans les faits ! Ils l’étaient déjà dans les imaginaires.

Pape Thiaw a demandé pardon au football…
La petite « pause » sénégalaise aura le mérite, d’afficher les tares du football continental
Heureusement qu’ils sont revenus. Le Sénégal aurait été suspendu X années et le Maroc aurait été un vainqueur pas beau. C’aurait été la plus grosse défaite du Sénégal. Heureusement, les gaindés ont été ramenés en grande partie par Sadio Mané grâce à Claude Leroy, El hadj Diouf et Mamadou Niang et bien sur le coach Thiaw.
C’est décidément bien plus qu’un jeu pour parler comme Pape Diouf, ancien président de l’OM. C’est dans ces circonstances et en vue des éventuelles futures sanctions qu’on a une profonde pensée à l’endroit de personnages comme Pape Diouf, Abdoulaye Fofana tout-puissant président du Jaraaf, Lamine Diack, ancien président de l’IAAF, El Hadj Malick Sy «Souris», ancien président de la fédération de football ou encore évidemment, le mythique Mawade Wade, éminent expert FIFA qui nous a tant apporté niveau litige et règlement. Sans oublier, Salif Diallo, vaillant reporter sportif qui nous aurait raconté comme personne les événements de la nuit marocaine. Ils nous manquent terriblement !

Les sanctions contre le Sénégal ne peuvent concernées que l’Afrique pas le mondial. De toute façon le rôle de la FIFA dans la CAF est une des grandes questions…
La petite « pause » sénégalaise aura le mérite, non seulement d’afficher à la face du monde les tares du football. Là où argent, politique, pouvoir, conflits d’intérêts, s’entremêlent. La petite pause aura le mérite d’avoir mis une grosse pression à l’arbitre et au tireur du fameux penalty. Brahim Diaz, meilleur buteur de la CAN, se vit un instant, en Zoro du royaume, en Zidane plus exactement et a tenté une panenka. Leçon d’humilité !

Bon s’il avait marqué, il aurait été décrit comme un génie…
À ce stade de la compétition, c’était de la pure folie et de l’arrogance. Il a voulu humilier Doudou Mendy. Il s’est humilié tout seul, Zizou Diaz. Les dieux du football tenaient coûte que coûte à sauver la belle CAN 2025 et envoya Pape Gueye dans une folle chevauchée, allumer la lucarne marocaine.

Pape Gueye a délivré tout un pays.« Ce que Pape Gueye fait sur son but avec sa chevauchée et son pied gauche. c’est du Louis Camara pour ceux qui n’ont pas vu jouer cette légende des années 60-70’S» a commenté Abdoulaye Diaw
Une frappe somptueuse qui donna l’avance aux lions… Le but de Pape Gueye est tout un symbole. Celui d’un garçon dont certains doutaient de la pertinence de sa titularisation, le décrivant comme trop lent, etc… Le joueur de Villareal a été monstrueux tout au long de la CAN et sa finale gigantesque ! Le champion est beau !
Pape Thiaw, coach de la CAN

Si Pape Thiaw n’avait pas passer ses diplômes d’entraîneur, on aurait oublié qu’il fût international. Le Sénégal oublie ses héros…
Bravo Pape Thiaw, tacticien hors pair. Passé de 4-3-3 à 3-5-2 pour aller chercher la victoire sur la pelouse d’un pays organisateur devenu subitement inhospitalière pour gagner leur CAN, il faut le faire.
Sadio Mané, grand seigneur, a été majestueux, Gana Gueye taulier imprenable, Niakhaté robuste et Mamadou Sarr bluffant de maturité du haut de ses 20 ans.
Pape Thiaw a imposé un jeu séduisant. Rien que pour cela, il a réussi son pari car ce n’était pas facile de remplacer Aliou Cissé qui lui était sûr de son coup.

Les Lions ont fait tournoi parfait de bout en bout. Le Sénégal est la première équipe à remporter 2 fois la CAN à 24 équipes.
Grand gagnant de la compétition dimanche, le Sénégal reste la deuxième nation africaine en gagnant sept positions pour prendre la 12e place, juste devant l’Italie et la Colombie. Là encore, les Lions de la Teranga n’ont jamais figuré en si bonne position dans leur histoire, après avoir été fréquemment dans le Top 20 ces quatre dernières années.
Cependant, demeure un chantier: celui du football local. Le championnat national n’est pas une référence au niveau africain. Les dirigeants de la fédération n’ont pas de stratégie pour développer le football. Ils s’appuient sur la valeur des lions.

L’accueil des Lions à Rabat sans sécurité était un manquement grave. Désormais sur les 300 supporters du 12eme Gaïndé, 20 peuvent être du GIGN… à voir…
Au Maroc, le feuilleton du voyage des joueurs de Tanger à Rabat et l’accueil mouvementé est un cas d’espèce. L’hôtel, le terrain d’entraînement, tout ceci devait être supervisé dès les demi-finales.
Sur ce terrain d’entraînement d’ailleurs, le président de la fédération a révélé avoir refusé le complexe Mohamed 6 au prétexte que le Maroc aurait eu toutes les infos de leur préparation. Il m’a fait rire ! Où au Maroc ne pourront-ils pas être espionnés ?
Les héros de Rabat rentrés lundi soir à Dakar et accueillis par le président de la République et son premier ministre ont été fêtés par le peuple mardi au cours d’une parade géante qui s’est terminée au palais présidentiel par des cadeaux.

« Le Président et le Premier ministre représentent les deux étoiles de notre pays, à l’image de celles qui figurent sur notre maillot» a dit le capitaine Kalidou Koulibaly lors de son discours…(ici remettant la coupe au président)
Honorer les lions en 2025 demande plus de réflexion d’ingéniosité
Les cadeaux, parlons-en ! 75 millions FCFA et un terrain de 1500 m² à chaque joueur. Suivant cet adage hors contexte de Abdou Diouf qui dit : «ku def lu rëy am lu rëy.» Le président Diouf, lorsqu’il parlait ainsi, justifiait des appartements offerts aux lionnes du basket fraîchement championnes d’Afrique.
À l’époque, la plupart des basketteuses internationales ne sont pas professionnelles et jouent dans le championnat local. Leur offrir un toit était une belle récompense ! Calquer les schémas du passé, ce n’est pas ça la rupture et le changement systémique tant chanté.
Dans ce contexte 2025 de Jub Jubbal Jubbanti, les autorités auraient pu faire preuve de plus d’ingéniosité afin de célébrer les lions. Tous les lions… Tant qu’à faire, le champion du monde de récitation de Coran ne mériterait-il pas 1500 m² et 75 millions FCFA ! Plus que quiconque ! Mais commençons par respecter davantage les anciens.

La star sénégalaise Youssou Ndour était à l’accueil des Lions
Là, où l’Égypte affrète un avion pour la CAN à ses anciens champions d’Afrique, le Sénégal refuse l’entrée au stade à l’ancien capitaine des Lions héros de Caire 86. Le cri de cœur de Victor Diagne doit être entendu. Je revois Victor Diagne au sortir de la CAN 92, drainant des foules monstres à chacune de ses apparitions dans les rues de Dakar ! Nous ne savons pas célébrer nos légendes. Si El Hadj Diouf n’était pas une grande gueule on l’aurait oublié comme Omar Gueye Sène, Badou Gaye…
Abdoulaye Diaw, emblématique journaliste sportif à qui nous souhaitons longue vie, pourrait vous en dire davantage sur ces grands noms du sport sénégalais qui ont honoré le pays. Qu’il aurait éte utile à un poste de conseiller spécial pour tout ministre des Sports ! S’il y a un seul double champion d’Afrique en dehors des 28 lions et du staff, c’est Abdoulaye Diaw !
Il n’ y a pas que le foot !
En attendant, le peuple sénégalais est fier de ses lions et n’attend pas les félicitations du Maroc ou de la CAF. À ce titre d’ailleurs, le journaliste algérien d’Al Jazzera, Hafid Derradji tacle la FIFA et la CAF : « C’est un précédent étrange dans l’histoire de la compétition. Près d’une semaine s’est écoulée depuis la finale de la Coupe d’Afrique des Nations, sans aucune félicitation officielle ni du site web de la CAF, ni de celui de la FIFA, contrairement à l’habitude. Mais surtout, le monde entier a félicité le Sénégal et l’histoire ne l’oubliera pas » a-t-il déploré.

Le Maroc a réussi une très belle CAN. À bien des égards, le royaume cherifien est un exemple pour le continent ! Chapeau !
Oui l’Afrique est notre terre mère, avant les particularismes. Il est crucial de se pencher sur cet aspect des choses. Revoir la souveraineté de nos instances, leur gouvernance, les conflits d’intérêts et l’arbitrage. Si l’Afrique veut être respectée, elle a un nettoyage à faire.
Le Maroc s’est résolument tourné vers le développement. En termes d’infrastructures, routes, transports communication, hôtellerie, services en tout genre, le royaume est un exemple à suivre. Il nous hisse dans les standards internationaux.Reste maintenant à en faire autant en Afrique et dans nos instances fédérales. Organiser une CAN ne veut pas dire qu’on doit la gagner.

Pape Thiaw et ses hommes entrent dans l’histoire…
Au final, le champion est beau. C’est la seule chose à retenir. Pape Thiaw quelques jours avant la finale avait magnifiquement relativisé et nuancé toute cette grosse agitation autour du foot, lorsqu’un journaliste lui demanda pourquoi laissait-t-il ses joueurs aller à la mosquée.
«On est sorti du Sénégal, on a fait des milliers de kilomètres pour venir jusqu’au Maroc jouer une CAN, ne peut-on pas sortir de l’hôtel, faire quelques mètres et aller à la mosquée pour accomplir notre prière. Après tout, il y a plus important que le football. »








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